Les accidents de la circulation continuent de faire des victimes sur les routes burundaises. Si le comportement des conducteurs est souvent pointé du doigt, les causes des accidents dépassent-elles la seule responsabilité des usagers ? Vitesse, état des véhicules, infrastructures, contrôle routier et prise en charge des victimes, etc., la sécurité routière semble poser un défi qui concerne l’ensemble du système de transport.
Neuf morts et plus d’une dizaine de blessés. Le bilan de l’accident survenu le 14 août 2026 sur la route Gitega, ainsi que d’autres accidents enregistrés ces derniers temps, relancent les interrogations sur la sécurité des routes burundaises. Alors que les autorités évoquent les nid-de-poule comme l’une des causes du drame de Gitega, la question dépasse ce seul accident : les routes, les véhicules et les dispositifs de prévention sont-ils suffisamment sûrs pour protéger les usagers ? Ce drame n’est pas un cas isolé. Sur les routes burundaises, surtout à Bujumbura, un week-end ne passe sans qu’on constate un accident. Les accidents de la circulation continuent de faire des victimes. Mais peut-on réellement parler d’une recrudescence des accidents routiers au Burundi ?
Des accidents, mais quels chiffres ?
Difficile de mesurer l’ampleur exacte du phénomène sans disposer de données récentes, consolidées et régulièrement publiées. Pourtant, selon Pacifique Nsabimbona, responsable du Bureau d’études, expertises et conseils en automobile (BECA), les statistiques officielles montrent une aggravation du phénomène entre 2019 et 2023, tant en nombre d’accidents enregistrés qu’en nombre de décès. Selon l’Annuaire statistique du ministère de la Sécurité publique, 4 425 accidents ont été enregistrés en 2019, faisant 954 morts sur le champ et 4 707 blessés. En 2023, le pays a enregistré 6 343 accidents, ayant causé 1 056 décès et 5 082 blessés. Entre 2019 et 2023, cela représente une augmentation d’environ 43 % du nombre d’accidents, de 11 % du nombre de décès et de 8 % du nombre de blessés.
Pour Pacifique Nsabimbona, ces chiffres sont suffisamment significatifs pour parler d’une tendance préoccupante à la hausse. Mais derrière ces statistiques, il faut surtout s’interroger sur les causes. Celles-ci sont multiples et relèvent à la fois du comportement des usagers, de la formation, du contrôle, de l’état des véhicules et de l’environnement routier.
Des responsabilités qui dépassent le conducteur
Parmi les principales causes ou pratiques à risque, l’expert cite notamment l’excès de vitesse et la vitesse inadaptée, les dépassements dangereux, la conduite sous l’influence de l’alcool et le non-respect des règles de circulation. Il évoque également l’insuffisance de formation de certains conducteurs, l’état défectueux de certains véhicules, la surcharge et le mauvais chargement, l’utilisation insuffisante des équipements de sécurité ainsi que les insuffisances liées aux infrastructures routières. Pour l’expert, il faut donc éviter de faire du conducteur le seul responsable des accidents. La sécurité routière est une responsabilité partagée entre l’usager, le véhicule, la route et les institutions chargées de la réglementation, du contrôle et des secours.
Lorsqu’un accident survient, la première explication avancée est souvent la vitesse. « L’excès de vitesse réduit le temps dont dispose le conducteur pour réagir et augmente la gravité des collisions », explique un chauffeur interrogé sur la situation. Mais, pour lui, réduire les accidents à une question de comportement individuel risque de masquer d’autres facteurs. « Un conducteur peut-il être considéré comme le seul responsable lorsque la route est mal éclairée, mal signalée ou fortement dégradée ? », s’interroge-t-il. Sur certains axes, les usagers dénoncent régulièrement l’état de la chaussée, l’absence ou l’insuffisance de signalisation, le manque d’éclairage ou encore la dangerosité de certains carrefours.
Former avant de sanctionner
Pour l’expert Pacifique Nsabimbona, les failles du système de sécurité routière ne concernent pas uniquement le comportement des conducteurs. Elles résident notamment dans la formation et l’octroi du permis de conduire, qui devraient davantage intégrer la conduite défensive, l’anticipation des risques, la gestion de la fatigue, les premiers secours et, surtout, une véritable culture de la sécurité.
Une attention particulière devrait également être accordée aux conducteurs professionnels, notamment les chauffeurs de poids lourds et ceux affectés au transport rémunéré de personnes. Leur formation, leur qualification et leur certification devraient répondre davantage aux risques liés à ces catégories de véhicules. Mais la prévention ne devrait pas commencer avec l’obtention du permis de conduire. L’expert préconise l’introduction progressive de programmes d’éducation à la sécurité routière dans les écoles, afin de sensibiliser dès le jeune âge les futurs conducteurs, mais aussi les futurs piétons, cyclistes et motocyclistes. L’objectif est de créer une véritable culture de la sécurité routière dès l’enfance.
Cette sensibilisation devrait également se poursuivre au niveau communautaire. Les campagnes ne devraient pas se limiter à des actions ponctuelles, mais être régulières et ciblées, notamment auprès des catégories les plus exposées, parmi lesquelles les motocyclistes, les chauffeurs professionnels et les jeunes conducteurs. L’expert estime également nécessaire de renforcer la rigueur dans l’application des sanctions relatives aux infractions routières.
La sécurité routière commence bien avant la collision
Prévenir les accidents suppose donc d’agir sur plusieurs fronts. Une route conçue pour être sûre, un véhicule entretenu, un conducteur correctement formé, des règles effectivement appliquées et un système de secours capable d’intervenir rapidement constituent autant de maillons d’une même chaîne. Selon Pacifique Nsabimbona, il faudrait également instaurer un programme permanent de formation continue et de partage des meilleures pratiques, afin de permettre aux ingénieurs communaux de rester informés des évolutions techniques et des approches modernes en matière de sécurité routière.
Au fond, la question n’est peut-être pas seulement de savoir pourquoi les accidents continuent de se produire, mais plutôt : « Que pouvons-nous faire pour qu’un accident qui aurait pu être évité ne devienne plus jamais un drame ? », indique l’expert.
