Le 22 août 2026, à Makamba, un journaliste de Yaga a interpellé le Secrétaire général du CNDD-FDD sur la taxation des serviettes hygiéniques. Surpris, celui-ci s’est tourné vers ses collaborateurs pour s’enquérir de la situation et leur a demandé de noter la question pour y revenir. Examinons, ensemble, cette problématique et les réponses politiques possibles.
Les menstruations font partie intégrante de la vie des femmes et des filles. Chaque mois, elles doivent pouvoir compter sur des protections adaptées pour les vivre dans des conditions dignes. Pourtant, au Burundi, l’accès à ces produits essentiels demeure hors de portée pour de nombreuses familles. Dans un contexte de précarité économique, quelques milliers de Fbu peuvent représenter une somme importante. Une femme doit déjà arbitrer entre l’alimentation, le logement, les soins de santé, la scolarité des enfants et d’autres besoins essentiels. Le faible pouvoir d’achat et le coût des serviettes constituent des freins majeurs, certaines femmes et filles recourant parfois à des tissus, chiffons, feuilles ou sacs en plastique.
C’est précisément cette réalité que la campagne #NtaKoriMukwezi, portée par Yaga en 2019, cherchait à mettre en lumière : pourquoi taxer un produit dont l’utilisation répond à un besoin physiologique incontournable ? La question dépasse le prix d’un paquet de serviettes. Elle touche à la santé, à la dignité, à l’éducation et à l’égalité des chances.
Les données disponibles depuis plusieurs années donnent une idée de l’ampleur du problème. D’après les données citées par l’ONG SaCoDé, plus de 80 % des Burundaises n’ont pas accès aux serviettes hygiéniques. En 2021, UNICEF Burundi tirait la sonnette d’alarme : 83 % adolescentes connaissent des conditions d’hygiène menstruelle très précaires et 70% de filles s’absentent à l’école lors de la période menstruelle.
Bien que ces chiffres méritent aujourd’hui d’être actualisés, ils rappellent néanmoins que la précarité menstruelle n’est pas une question marginale. Elle peut avoir des conséquences sur la scolarité, la santé et la participation des femmes à la vie sociale et économique.
L’outil fiscal n’est pas neutre, il traduit aussi des priorités
La question posée à Makamba conduit naturellement à regarder du côté de la fiscalité. La loi de finances 2026/2027, promulguée le 30 juin 2026, n’accorde pas d’exonération spécifique aux serviettes hygiéniques et restent assujetties au régime fiscal général applicable aux produits importés. Pour l’État, ces prélèvements constituent des recettes tandis que pour les ménages, ils participent au prix final d’un produit dont le besoin revient chaque mois. Or, la fiscalité n’est pas seulement un mécanisme de collecte. Elle peut aussi servir à traduire des choix de politique publique en rendant certains produits plus accessibles ou en soutenant certains secteurs.
Le texte budgétaire en fournit plusieurs exemples. Des mesures fiscales favorables sont notamment prévues pour certains véhicules électriques et hybrides, des équipements de cuisson moderne et le gaz de cuisine, certains équipements de réseaux de télécommunication ou encore des semences certifiées. Ces choix sont légitimes pour répondre à des objectifs économiques, environnementaux ou sociaux légitimes mais montrent surtout que l’État peut adapter son outil fiscal lorsqu’il considère qu’un produit ou un secteur mérite un traitement particulier. Dès lors, une question mérite d’être posée : pourquoi les produits de gestion de l’hygiène menstruelle ne pourraient-ils pas, eux aussi, faire l’objet d’une réflexion fiscale particulière ? La détaxation pourrait être l’une des réponses possibles pour réduire le coût de ces produits, notamment pour les ménages disposant de faibles revenus. Elle ne résoudrait pas à elle seule la précarité menstruelle, mais elle constituerait une mesure concrète en faveur de leur accessibilité.
D’ici 2030, si le temps et les moyens institutionnels sont là, il y a lieu d’espérer
Jouant cartes sur table, Réverien Ndikuriyo a répondu : « Ivy’ama éxonérations [des produits d’hygiène menstruelle, NDLR]… nta wari bwakizane. Nibaza ko bavyanditse abo turi kumwe. » Puisque la question a été posée et qu’elle a suscité la volonté de s’informer davantage, il paraît pertinent d’examiner concrètement ce qui pourrait être fait pour améliorer l’accès aux produits en question.
En demandant que la problématique soit notée pour y revenir, il a ouvert la possibilité d’une discussion qui peut désormais aller au-delà de cette conférence de presse.
Le CNDD-FDD dispose aujourd’hui d’une majorité à l’Assemblée nationale et d’un mandat législatif qui court jusqu’en 2030. Cette configuration lui donne une capacité absolue pour inscrire des questions de politiques publiques dans le débat législatif et budgétaire. L’exercice budgétaire en cours vient certes d’établir le cadre fiscal pour l’exercice en cours. Elle ne prévoit pas de traitement spécifique pour les serviettes hygiéniques. Mais le processus budgétaire offre régulièrement de nouvelles occasions de revoir les choix opérés.
Les discussions autour de la prochaine loi de finances 2027/2028 pourraient ainsi offrir l’occasion d’examiner à nouveau le régime fiscal applicable aux protections menstruelles, à partir de données actualisées et d’une analyse de leurs effets économiques et sociaux, et d’envisager, le cas échéant, l’adoption d’une mesure de détaxation. Cette réflexion pourrait également dépasser la seule question des taxes à l’importation. La production locale, la disponibilité des produits, l’accès à l’eau et aux installations sanitaires ou encore l’information sur l’hygiène menstruelle sont autant de dimensions à prendre en compte.
Mais, il faut bien commencer quelque part. La détaxation des serviettes hygiéniques serait un signal. Celui que l’État reconnaît que les menstruations ne sont pas un choix et que les produits permettant de les gérer dignement ne sont pas des produits de confort.
