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Du banc de l’école au bagne : la descente aux enfers de deux élèves de Ngozi

C’est une histoire comme les internautes les adorent : transgressive, anecdotique, croustillante. Dans une école de Mubuga, en commune de Ngozi, un élève a été arrêté et mis en détention pendant 20 jours pour avoir eu des rapports sexuels avec une condisciple. L’affaire, digne, d’un synopsis de film nigérian, se solda malheureusement par l’abandon scolaire des deux élèves. Chronique.

Le 21 mai 2026, un journal titrait : « Un élève de 14 ans croupit au cachot depuis 12 jours pour avoir eu des relations sexuelles ». Le post a fait recette : plus de 2 500 likes, 798 commentaires, 78 partages, et une pluie de commentaires salaces. Revenons d’abord aux faits. Nous sommes dans la soirée du 12 mai 2026, à l’école d’Alliance de Kayogoro. Deux adolescents, V.B. (un garçon) et A.U. (une fille), s’enferment dans une salle silencieuse de l’école, tard dans la soirée, pour goûter au « fruit défendu ». Selon des témoignages, un troisième élève faisait le guet pour éviter qu’ils ne soient surpris. C’est ce même élève qui aurait, par la suite, vendu la mèche aux encadreurs. À partir de là, l’histoire s’emballe. Mais avant d’aller plus loin, clarifions certains éléments essentiels à la compréhension de cette affaire.

Une histoire, deux versions

L’école d’Alliance de Kayogoro est un établissement sous convention, dont la gestion a été confiée à la Fondation Niyongabo. Un internat y accueille des élèves de milieux modestes, et pas uniquement ceux de cette école : d’autres jeunes scolarisés ailleurs, également soutenus par la fondation, y logent aussi. L’internat relève donc de la responsabilité de la fondation, tandis que le directeur ne gère que l’école. Cette nuance compte pour comprendre la suite des événements : le soir des faits, ni le directeur ni le maître responsable de l’internat n’étaient présents sur les lieux.

Revenons à l’histoire de nos deux adolescents. Après que le troisième élève a donné l’alerte, le garçon aurait aidé la fille à sortir par la fenêtre, la porte étant fermée. Lui n’a pas eu le temps de prendre la clé des champs : c’est dans la salle qu’on le retrouve. Les responsables de l’internat décident de l’amener chez l’OPJ. Après l’avoir entendu, l’officier remet l’affaire au lendemain et demande au garçon de revenir avec la fille. Le garçon en profite pour s’enfuir. Il sera arrêté le 13 mai dans la ville de Ngozi, puis ramené à Kayogoro pour interrogatoire. Le directeur est, à son retour, mis au courant. N’étant pas sur les lieux, il demande au maître responsable d’aller s’enquérir de la situation. Celui-ci ne peut que constater que l’instruction de l’affaire est déjà en cours.

Comment en est-on arrivé là ?

Avoir des relations sexuelles dans l’enceinte scolaire est une faute prévue par le règlement scolaire, punie d’un renvoi définitif. Reste à savoir pourquoi ce règlement n’a pas été appliqué. Le directeur de l’école de l’Alliance, Vianney Bigirindavyi, nous éclaire. Nous l’avons rencontré au Parquet du Tribunal de grande instance de Ngozi, où il avait été convoqué, et avons eu avec lui une longue conversation. « Normalement, j’aurais dû convoquer le conseil professoral pour statuer sur le cas. Sauf que l’affaire a été vite portée devant l’OPJ sans que j’en sois informé. Par ailleurs, l’internat n’est pas sous ma responsabilité. Ce sont ses responsables qui se sont chargés de l’affaire dans la fraîcheur des faits. » Entre-temps, V.B.  a passé 20 en détention au Parquet du TGI de Ngozi.

Nous avons joint le responsable de la Fondation Niyongabo pour recueillir sa version des faits. Il confirme que c’est sa fondation qui a saisi l’OPJ, expliquant que dans la fraîcheur des faits, il était impossible d’affirmer qu’il n’y avait pas eu viol. Jean Marie Niyongabo précise la position de sa fondation dans cette affaire. « Le règlement scolaire punit bel et bien les relations sexuelles entre élèves dans son article 33. Mais l’article 35 prévoit aussi le viol. On ne pouvait pas savoir si dans le cas qui nous concerne il y a eu viol ou pas. D’où on a opté de s’en remettre à l’OPJ ». Nous avons tenté de joindre le procureur de Ngozi pour recueillir son avis : après avoir décliné notre identité, il nous a raccrochés au nez. Nous nous sommes alors tournés vers l’administrateur communal, responsable de l’ensemble des services relevant de son entité territoriale selon la nouvelle organisation administrative. Pour lui, l’élève devrait être libéré sous peu. Il ajoute : « Les deux élèves devraient être renvoyés définitivement, conformément au règlement scolaire. Car d’après les enquêtes qui ont été menées, il y avait consentement, pas de viol donc ».

Nous nous sommes également entretenus avec le responsable du Fenadeb à Ngozi, Jean Bosco Ndayiragije. Pour lui, toute cette affaire aurait dû être réglée dans le cadre scolaire. Il s’interroge en revanche sur l’avenir de ces deux élèves, livrés en pâture sur les réseaux sociaux. « Vont-ils pouvoir reprendre les études avec ce qui vient de leur tomber sur la figure ? Il faudra peut-être des spécialistes psychopédagogues pour les aider à ne pas sombrer dans la dépression. C’est terrible, ce qui leur est arrivé ».

Une affaire dans l’affaire

Le responsable de Fenadeb n’a pas tort. V.B. a été emprisonné, heureusement, nous avons appris plus tard qu’il a été relâché le 03 juin. Il aura passé 20 jours au cachot. Quant à A.U., elle a été obligée de quitter l’internat et l’école. Son père qui a été appelé en urgence de Giteranyi a prononcé une phrase qui a été retenue par ceux qui assistaient à la scène. Il a lancé sa fille « Ntungere inyuma menya iyo uja » (Tu ne rentres pas avec moi, débrouille-toi). Elle était logée chez une tante, quand nous menions notre petite enquête. Dans la foulée des événements, un accord aussi bizarre qu’étrange a été passé entre les familles des deux élèves. La famille de V.B a accepté de payer 600 000 Fbu pour ‘’dédommager’’ la famille de A.U., ce qui jette encore plus d’ambiguïté dans cette affaire digne d’un feuilleton nollywoodien.  Dans tous les cas, les deux élèves ont déjà abandonné l’école et n’y remettrons les pieds pendant un bout de temps, s’ils ne l’abandonnent pas définitivement.

L’histoire retiendra peut-être un élève emprisonné pour une affaire née dans un cadre scolaire. Mais elle devrait surtout rappeler que chaque décision prise à l’égard d’un enfant peut marquer durablement son avenir. Et que la protection de l’enfance commence là où s’arrête le désir de punir à tout prix.

 

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