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Sécurité routière : quid de la prise en charge des victimes des accidents de roulage ?

Un accident de la route ne s’arrête pas au moment du choc. Pour la victime blessée, une autre course commence : celle des premiers secours, de l’évacuation à temps et de l’accès aux soins nécessaires. Dans cette chaîne, plusieurs acteurs interviennent, des témoins aux secouristes, en passant par les structures sanitaires et les pouvoirs publics. Lorsque l’un des maillons fait défaut, les conséquences peuvent être lourdes. Faisons le tour de la question.

« Plus jamais je ne transporterai un inconnu victime d’un accident de la route. Cette expérience m’a servi de leçon », lance O.N. C’était l’année passée. Alors qu’il se rendait à Bujumbura par la RN7, il a été témoin d’un accident de roulage. Une victime, grièvement blessée, qui saignait abondamment et semblait proche de la mort, avait besoin d’aide. Sans réfléchir, il a décidé de la transporter vers la clinique privée la plus proche pour tenter de lui sauver la vie. Mais une fois arrivé, une autre épreuve l’attendait. On lui a demandé de signer un document par lequel il s’engageait à assumer les frais de prise en charge ou de payer une avance. Il a expliqué qu’il ne connaissait ni la victime ni sa famille et qu’il l’avait simplement trouvée sur la route. Mais face à l’urgence, il a finalement dû payer de ses propres moyens. « Je voulais seulement sauver une vie, mais je me suis retrouvé à devoir payer pour quelqu’un que je ne connaissais même pas. Une somme qui ne m’a jamais été remboursée. » Depuis, cette expérience le fait hésiter à porter à nouveau secours. Une solidarité qui, au lieu d’être encouragée, lui a laissé le sentiment d’avoir été puni pour avoir voulu aider.

À qui revient la responsabilité ?

Malgré les défis qui se posent en matière de sécurité routière déjà évoqués, une autre anomalie apparaît dans la prise en charge des victimes d’accidents de la route. Dans les premières minutes qui suivent un accident, les témoins jouent souvent un rôle déterminant. Pourtant, tous ne savent pas comment intervenir. Certains craignent d’aggraver l’état de la victime, d’autres redoutent les conséquences d’une intervention ou ne savent tout simplement pas vers quel service se tourner. Au Burundi, cette question n’est pas nouvelle. En 2019, le ministère de la Santé avait adressé une correspondance aux directeurs des hôpitaux leur demandant de ne pas exiger de caution aux victimes d’accidents de la voie publique avant 48 heures et de privilégier leur prise en charge urgente.

Mais, dans certaines institutions, cette règle semble ignorée. Dès lors, si une victime doit effectivement verser un acompte avant sa prise en charge, où se situe la faille ? Est-ce une méconnaissance des procédures ? Les difficultés financières des établissements sanitaires ? Une chose est certaine : la différence entre les règles officielles et leur application sur le terrain est patente.

Des conditions de prise en charge encore difficiles

Un professionnel de santé (ayant requis l’anonymat) interrogé explique que, pour les familles ou les proches d’une victime, l’arrivée à l’hôpital peut parfois marquer le début d’une nouvelle épreuve. Lorsque les soins, les médicaments, les examens ou les transferts nécessitent des ressources financières importantes en urgence, ils peuvent se retrouver à chercher de l’argent alors que l’état de la victime exige une intervention rapide.

Du côté des professionnels de santé, la question est également complexe, comme il l’explique. Leur devoir est de prendre en charge le patient, conformément à la déontologie du métier, dont le fameux serment d’Hippocrate est l’un des symboles, ainsi qu’aux exigences médicales. Mais les établissements fonctionnent avec des ressources limitées. Ils doivent notamment assurer l’achat des médicaments, des équipements et des consommables, ainsi que la rémunération du personnel.

Que se passe-t-il lorsqu’une victime d’accident arrive dans une structure de soins sans moyens financiers immédiats ?

Dans les établissements publics, l’accueil des victimes d’accidents de la voie publique devrait être encadré par l’injonction ministérielle déjà citée. Selon le directeur de l’hôpital Prince Régent Charles, Vianney Ndayishimiye, les victimes d’accidents de la route doivent être accueillies et prises en charge sans qu’aucun paiement ne leur soit demandé durant les 48 premières heures suivant l’accident. Il explique que la prise en charge dépend ensuite de la gravité du traumatisme : « Certains patients sont traités aux urgences, tandis que les cas graves peuvent nécessiter une intervention chirurgicale. » Pour le directeur, celui qui porte secours à une victime ne devrait donc pas craindre de se retrouver avec une facture. « Dans les 48 heures, on n’a rien à demander ni au patient ni à celui qui l’a amené », assure-t-il.

Des difficultés peuvent néanmoins se poser lorsqu’il faut assurer la présence d’un garde-malade. Dans ce cas, l’hôpital doit solliciter l’administration locale afin qu’une personne puisse accompagner la victime pendant que les soignants poursuivent leur travail. Une fois la famille retrouvée, c’est à elle que revient la responsabilité de poursuivre la prise en charge financière des soins.

Comment garantir le respect des règles dans toutes les structures de soins ?

Pour le directeur Ndayishimiye, la peur ne devrait toutefois pas empêcher les citoyens d’intervenir. La loi sanctionne la non-assistance à personne en danger, rappelle-t-il, tandis que l’injonction ministérielle protège celui qui accompagne une victime dans les premières heures. « Aujourd’hui, c’est la victime qu’on a vue. Demain, ça peut être toi-même », souligne-t-il, appelant chacun à porter secours lorsqu’il est témoin d’un accident.

Au-delà des textes, des injonctions et des appels à la solidarité, reste donc l’enjeu de leur application effective. Sauver une vie ne devrait pas devenir, pour celui qui s’arrête au bord de la route, le début d’une épreuve financière. La responsabilité est partagée, mais elle appelle aussi une réponse des pouvoirs publics. Ceux-ci doivent garantir que la prise en charge d’une urgence vitale ne dépende ni de la présence immédiate de la famille ni des moyens de celui qui a eu le courage de s’arrêter pour aider.

 

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