Un scanner médical fonctionne désormais à Gitega. Ce n’est pas le premier scanner du pays, mais le premier qui fonctionne réellement en dehors de Bujumbura en 2026. C’est quoi, au juste, un scanner ? Quelle valeur ajoutée pour le système de santé ? Que représente-t-il pour les patients de l’intérieur du pays ? Coup de projecteur.
X, est un patient victime d’un accident de la route du centre ou du nord du Burundi. Il arrive à l’hôpital avec un traumatisme crânien dont la gravité n’est pas immédiatement visible. Le médecin suspecte une lésion interne, mais l’examen clinique ne suffit pas. La radiographie standard ne répond pas à toutes les questions. « Il faut un scanner cérébral », lance le médecin. Jusqu’ici, pour de nombreux patients de l’intérieur du Burundi, cette phrase signifie prendre la direction de Bujumbura.
En réalité, avec le scanner, le vrai problème porte sur sa répartition géographique. Les scanners restaient concentrés à Bujumbura et sa périphérie proche. Les hôpitaux privés comme Kira, Tanganyika et Tereziya en disposent. Les hôpitaux publics comme Roi Khaled et Hôpital Militaire en disposent aussi, tout comme l’Hôpital Général de Mpanda en périphérie de Bujumbura. L’intérieur du pays était jusque là le grand oublié. L’Hôpital Natwe Turashoboye de Karusi en dispose, mais il est en panne depuis plus de cinq ans. Ainsi, le scanner médical de l’Hôpital Régional de Gitega devient une exception. C’est le premier appareil multi-barrettes et fonctionnel installé hors de Bujumbura.
La géographie, un facteur médical
En santé, la géographie n’est pas neutre. Un équipement situé à plusieurs centaines de kilomètres n’a pas la même valeur pour un patient que le même équipement installé à quelques kilomètres de son domicile. Pour une famille, un transfert vers Bujumbura signifie souvent plus qu’un trajet. Il faut trouver le transport. Payer le carburant. Prévoir un accompagnateur. Parfois même, un hébergement et de la nourriture. Dans un pays confronté à des pénuries de carburant, cette contrainte devient encore plus lourde et plus incertaine.
Et lorsqu’il s’agit d’une urgence, le problème n’est plus seulement financier. C’est le temps. « En médecine, perdre du temps peut coûter cher. Certaines maladies permettent d’attendre quelques heures. D’autres, beaucoup moins », explique Dr Diogène Ntakarutimana, prestant à Ruyigi. Avec un scanner fonctionnel à Gitega, une partie de cette chaîne va disparaître. Le médecin peut obtenir plus rapidement les informations nécessaires. La famille peut éviter un déplacement coûteux vers Bujumbura. L’hôpital de l’intérieur du pays peut prendre en charge davantage de situations complexes, et désengorger les hôpitaux de la capitale économique. La décentralisation devient alors une question de qualité des soins, mais aussi d’équité.
Le scanner, c’est quoi au juste ?
Le scanner médical est un outil qui permet de regarder à l’intérieur du corps avec une précision impossible à obtenir par un simple examen clinique ou une radiographie conventionnelle. Il porte aussi le nom de tomodensitomètre, utilise les rayons X et détecte des lésions invisibles à l’œil nu. « Pour mieux comprendre, comme le corps humain a parfois la fâcheuse manie de ne pas être très bavard, la radiographie classique regarde, mais le scanner regarde de plus près », explique Mlle Dorcas, technicienne radiologue de l’Hôpital Régional de Gitega.
Une chute peut provoquer des lésions internes sans signe extérieur. Une douleur peut avoir plusieurs origines. Certains troubles neurologiques exigent une exploration du cerveau. Une maladie peut toucher des structures internes impossibles à examiner directement. Le scanner intervient alors. Après un accident de la route, il recherche une hémorragie intracrânienne invisible sur la radiographie standard. Face à une suspicion d’accident vasculaire cérébral, il aide à orienter rapidement la prise en charge en explorant le cerveau et en identifiant la cause. Devant une douleur abdominale chronique inexpliquée, il informe sur l’état des organes. Face à une suspicion de tumeur, il fournit des éléments que d’autres examens n’apportent pas.
Le hic, pour déconstruire les préjugés, le scanner ne remplace pas le médecin. Il ne pose pas de diagnostic seul, il produit des images qu’un spécialiste interprète. « Gitega dispose justement d’un médecin spécialiste radiologue pour cette tâche », confie Dr Eric Ndihokubwayo, Directeur de l’Hôpital Régional de Gitega.
Gitega, futur pôle de diagnostic ?
L’objectif est-il de transformer Gitega en concurrente de Bujumbura ? Non. La capitale économique conservera de nombreuses compétences et plusieurs équipements spécialisés. Mais un système de santé solide ne devrait pas fonctionner comme un entonnoir dans lequel tous les patients doivent converger vers une seule ville.
Avec le scanner fonctionnel de Gitega, « c’est cet accidenté de Muyinga, Cankuzo, Mwaro, Ruyigi, etc, qui n’a plus besoin de parcourir des kilomètres supplémentaires pour obtenir une imagerie urgente. C’est cette famille qui évite un déplacement coûteux vers Bujumbura. C’est ce médecin de l’intérieur du pays qui va prendre une décision avec davantage d’informations. C’est l’hôpital de Gitega qui va renforcer son offre de soins spécialisés et soulager la pression sur les établissements de Bujumbura. C’est aussi ce patient qui, hier encore, associait la médecine de pointe à Bujumbura et qui découvre qu’une partie de cette médecine peut désormais être disponible plus près de chez lui », explique Dr Jacques Nduwimana, administrateur de la commune Gitega.
Une avancée sous condition
Cette avancée reste toutefois fragile. L’appareil nécessite une maintenance régulière. Il exige une alimentation électrique fiable. Les scanners de Karusi et de l’Hôpital Prince Régent Charles montrent qu’un équipement médical sophistiqué peut finir par devenir inutilisable lorsque la maintenance n’est pas suffisamment assurée. C’est peut-être la leçon la plus importante à garder en tête avec l’arrivée du scanner à Gitega.
Une autre question se pose. « Gitega dispose-t-il des spécialistes nécessaires pour traiter les pathologies que ce scanner permettra de détecter ? », se demande un neurologue prestant à Bujumbura. Sans ces compétences, le schéma resterait incomplet. Les patients feraient leur scanner à Gitega puis redescendraient ensuite à Bujumbura pour se faire soigner.
La balle est désormais dans le camp du ministère de la Santé et des autorités compétentes. À elles de garantir la maintenance de l’appareil, la fiabilité de l’alimentation électrique et la disponibilité des spécialistes. C’est à ce prix que Gitega deviendra un véritable pôle de diagnostic pour le centre du Burundi.
