Un homme, une pelle et des milliers d’arbres à planter. Jadot Nkurunziza, surnommé « Giti » (arbre en kirundi), n’a qu’une seule ambition : reverdir le Burundi. À 32 ans, ce fils de Nyakabiga s’est imposé comme l’un des visages les plus emblématiques de la lutte pour l’environnement. D’où lui vient cet engagement qui force l’admiration et où en est aujourd’hui son combat pour un Burundi plus vert ? Portrait.
L’histoire commence loin de la capitale, à Bukeye. Entre les rangées de pépinières de son grand-père, le jeune Jadot, deuxième d’une fratrie de cinq enfants et né le 12 juillet 1994, reçoit sa première leçon de vie. « Mon grand-père avait des pépinières et je me plaisais à observer sa manière de les entretenir. Il m’expliquait que, pour vivre, l’homme a besoin de l’arbre. A l’à l’école, les bancs-pupitres proviennent des arbres, tout comme le charbon. Sans oublier que certains arbres nous donnent des fruits que nous consommons. On mange grâce à l’arbre, disait-il ».
Il lui transmet ainsi une vérité presque biblique : « L’homme dépend de l’arbre. » Ces mots, prononcés avec simplicité, vont creuser en lui un sillon profond. Cette éducation nourrit l’univers psychique de Jadot bien avant que les livres ne prennent le relais. Après le baccalauréat, il part en Ouganda pour étudier la protection de l’environnement. Diplômé, il revient au pays, persuadé que le savoir académique n’a de valeur que s’il se traduit en actes concrets, sur le terrain, les mains dans la terre.
« Ça nous concerne tous »
De retour au pays natal, Jadot Nkurunziza ne cherche pas les bureaux climatisés. On le retrouve au bord des routes, les genoux dans la terre, plantant des arbres comme autant de lettres d’amour adressées à une ville qui oublie peu à peu ses forêts. Avec d’autres jeunes partageant les mêmes idéaux, il fonde l’association ‘’Ça nous concerne tous’’ dédiée à la protection de l’environnement et centrée sur le reboisement. Autour de lui, le mouvement prend de l’ampleur. Scouts, activistes écologistes, associations d’aide aux orphelins, ses initiatives mobilisent des milliers de jeunes. Ensemble, ils transforment visiblement le paysage urbain, de Kamenge à Gasekebuye. « Lors de nos activités, nous réunissons plus de dix mille jeunes activistes, membres d’associations de protection de l’environnement, d’associations d’aide aux orphelins, ainsi que des scouts et des guides », explique-t-il,
Les bambous qui bordent aujourd’hui la rivière Nyabagere portent sa signature. « Nous les avons plantés en collaboration avec les habitants de cette localité, et nous en sommes fiers » Il en est de même pour les berges stabilisées de la rivière Mpimba, à Gasekebuye. », confie Jadot Nkurunziza. Une philosophie se trouve derrière toutes ces initiatives : « Nous travaillons avec tout le monde, sans distinction d’ethnie ni de religion. Toute activité qui contribue au développement du Burundi et à la protection de l’environnement mérite notre engagement. »
Un engagement et des récompenses
Le travail de Jadot Nkurunziza n’est pas passé inaperçu. Son engagement dépasse les frontières. Depuis plusieurs années, les distinctions s’accumulent, du niveau local à l’international. Une preuve que l’engagement silencieux finit toujours par se faire entendre. Parmi les distinctions les plus marquantes figure le Prix Wangari Maathai, obtenu en marge du Congrès mondial de l’Union internationale des instituts de recherches forestières, en hommage à la pionnière kényane du reboisement. En 2021, lors de la COP26 à Glasgow, en Écosse, il est désigné meilleur jeune volontaire de l’année.
À cela s’ajoutent le Prix National Geographic/Buffett (2018), le Prix des Jeunes Talents du Burundi (2014), décerné par l’Organisation internationale de la Francophonie, le Prix des Volontaires des Nations unies au Burundi (2019), ainsi que plusieurs décorations nationales remises par le président du Burundi, feu Pierre Nkurunziza, pour ses initiatives en faveur de l’environnement. Il a également été reconnu comme le premier jeune francophone dans le domaine de l’environnement.
Des pépinières où l’avenir prend racine
À seulement 32 ans, Jadot Nkurunziza emploie et mobilise plus de 200 personnes dans ses pépinières établies le long de la rivière Ntahangwa. Deux cents mains qui, avec les siennes, plantent l’avenir. Deux cents histoires liées par une même conviction : la terre mérite mieux que l’indifférence. « Grâce à ce travail, j’aide mon mari à subvenir aux besoins du foyer. Parfois, je paie les frais de scolarité de mon enfant ou le loyer. C’est un plaisir de travailler ici, car je sais que ces projets vont embellir la ville et protéger l’environnement, » témoigne l’une de ses employées.
Jadot n’a pas conquis le monde par les armes. Il l’a simplement reboisé, arbre après arbre. Son histoire prouve, aujourd’hui encore, que la jeunesse peut reverdir la terre.
