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Désinformation vaccinale : l’autre épidémie qui guette le Burundi

Les bottes d’Ebola, qui vient de se faire entendre en RDC et en Ouganda, alertent le Burundi. Si la vaccination avait permis de contenir les précédentes flambées épidémiques, une autre menace, plus diffuse, fragilise aujourd’hui les défenses sanitaires du Burundi : la désinformation. Bienvenue aux traces d’une urgence sanitaire silencieuse.

À l’ère des réseaux sociaux, la circulation accélérée des contenus s’accompagne d’une prolifération des rumeurs et de fausses informations qui alimentent la méfiance envers les vaccins. Comme conséquences, près de 50 000 enfants n’ont reçu aucun vaccin en 2024, la couverture vaccinale recule dans plusieurs districts sanitaires et des maladies autrefois maîtrisées réémergent.

Sur certaines collines du Burundi, il suffit aujourd’hui d’un message WhatsApp pour faire vaciller des années de progrès sanitaire. Une note vocale partagée dans un groupe familial. Une publication Facebook affirmant que les vaccins contre le cancer du col de l’Utérus rendent les jeunes filles infertiles. Puis le doute s’installe. Lentement. Silencieusement. Et avec lui, le refus de se faire vacciner.

La science à l’épreuve de l’émotion

Avec la campagne de vaccination contre le cancer du col de l’utérus, lancée le 29 avril 2026 et destinée aux jeunes filles de 9 à 14 ans, des rumeurs affirmaient que ce vaccin, financé par des partenaires occidentaux, vise à rendre infertiles les jeunes Africaines, afin de réduire la population du continent. Pourtant, de 2017 à 2022, 1 581 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus ont été diagnostiqués au Burundi. Parmi ces cas, 1 126 femmes en sont décédées. Mais dans le tumulte numérique, les faits scientifiques peinent souvent à rivaliser avec les récits émotionnels et complotistes. La Première Dame du Burundi elle-même a dû démentir publiquement à ces accusations. Un fait rare. Et surtout révélateur. Lorsque les plus hautes autorités doivent combattre des rumeurs sanitaires, c’est que la désinformation a déjà gagné une partie du terrain.

Même scénario avec le vaccin contre le paludisme, introduit le 17 mars 2025 dans vingt-cinq districts sanitaires des 9 anciennes provinces. Ce vaccin était plus que nécessaire car le paludisme tue autour de 200 Burundais tous les trois mois, avec un taux d’incidence de 539,7 cas pour 1 000 habitants. Là encore, les interrogations ont rapidement laissé place à la suspicion. Pourquoi certains enfants sont-ils vaccinés et pas d’autres ? Pourquoi commencer par certaines provinces ? Pourquoi tester d’abord ? Ces questions, légitimes au départ, ont parfois été récupérées par des récits de manipulation et de méfiance. Des maladies d’origine inconnue comme celle de Mpanda, sont même aujourd’hui attribuées aux effets secondaires des campagnes de vaccination récentes, toujours par ces mêmes rumeurs.

Le vaccin contre le Covid-19 a sans doute marqué le point culminant de cette crise informationnelle au Burundi. Entre les théories sur de probables « micropuces », les accusations de contrôle des populations et les fausses affirmations sur des effets secondaires catastrophiques, une partie de l’opinion publique a progressivement rejeté le vaccin avant même de comprendre son fonctionnement. Le résultat est sans appel. Fin 2023, le Burundi affichait l’un des plus faibles taux de vaccination contre le Covid-19 au monde, avec seulement 0,3 % de la population générale vaccinée et 0,5 % de la cible des 18 ans en fin 2023.

L’impact négatif

À cause de ces rumeurs, au centre de santé, les infirmiers attendent. Certaines mères ne reviennent plus après la première dose. D’autres hésitent jusqu’au dernier moment. Quelques-unes refusent catégoriquement. Non par ignorance totale, mais parce qu’entre la parole médicale et la rumeur virale, la confiance s’est fissurée.

Depuis 2019, la couverture vaccinale diminue. 50 000 enfants burundais n’ont reçu aucun vaccin en 2024. En 2025, plusieurs districts sanitaires n’ont pas atteint les seuils minimaux de 90 % recommandés par l’OMS. Par exemple, en comparant la couverture en vaccin Pentavalent 1 (Penta1) au quatrième trimestre 2024 et vaccin Pentavalent 3 (Penta3) au 1er trimestre 2025 par district sanitaire, compte tenu que les enfants qui ont reçu Penta1 au T4 2024 devraient recevoir Penta3 au T1 2025, il s’observe un léger écart négatif entre les taux de couverture où 16 districts sanitaires ont atteints la cible de 90 % tandis que 40 restent en dessous de la cible avec 3 district en moins de 50 % de la cible. Pour la couverture en vaccin RR1 et RR2, 7 districts sanitaires n’ont pas atteint la cible de 90 % pour RR1, et 40 districts sanitaires n’ont pas atteint cette cible pour le vaccin RR2.

Avec ce recul de la couverture vaccinale, l’immunité collective commence à se fragiliser. Des maladies autrefois éliminées, comme la rougeole, la méningite et la poliomyélite réapparaissent dans certaines régions du Burundi. 25 cas de rougeole et 40 cas de paralysie flasque aigue ont été notifiés au T1_2025.

Des causes opportunistes

Derrière ces chiffres, se cache aussi le déficit massif de communication sanitaire. Selon plusieurs enquêtes, plus de la moitié des personnes non vaccinées évoquent le manque d’information fiable comme principale raison de leur hésitation. Pour le vaccin contre Covid-19, le manque d’information a été cité par 53,6 % des personnes non vaccinées interrogées. D’autres naviguent seules dans un océan de rumeurs contradictoires, et n’accordent pas du temps à la vaccination. Environ 8,2 % des parents n’ayant pas fait vacciner leurs enfants rapportent un manque de temps pour se rendre aux points de vaccination.

Lorsque la population commence à douter des vaccins, il commence aussi à fragiliser l’un de ses plus grands acquis sanitaires. Pendant des décennies, la vaccination a constitué l’une des politiques publiques les plus efficaces du Burundi. Depuis l’introduction du programme élargi de vaccination dans les années 1980, avec un calendrier vaccinal pour six maladies, des millions d’enfants ont été protégés contre des maladies autrefois meurtrières, grâce à une couverture vaccinale qui dépassait déjà les 80 % dans les années 1990. Aujourd’hui, le Burundi dispose d’un calendrier vaccinal couvrant douze maladies évitables.

Reconstruire la confiance

La désinformation prospère toujours là où l’information crédible est absente. Lorsqu’une population ne comprend pas pourquoi une campagne est menée, lorsqu’elle n’a pas accès à des explications simples dans sa langue, lorsqu’elle ne voit pas de communication régulière et transparente, alors la rumeur finit par occuper ce vide.

La réponse à cette crise ne peut donc pas être uniquement médicale. Elle se jouera dans les quartiers, dans les églises, dans les écoles, dans les radios communautaires et sur les téléphones portables. Le Burundi doit sérieusement investir dans une véritable communication sanitaire de proximité. Il faut des campagnes en Kirundi, adaptées aux réalités locales, expliquant clairement les bénéfices, les limites et les éventuels effets secondaires des vaccins. Les agents de santé doivent être formés à répondre aux peurs et non simplement à administrer des doses. Des journalistes capables de vérifier les informations scientifiques et de déconstruire les rumeurs. Des contenus numériques produits par des médecins et chercheurs burundais afin de réduire la perception de « programmes étrangers imposés » qui alimente la méfiance et les rumeurs.

La bataille contre la désinformation est avant tout une bataille pour la confiance. Et cette confiance ne s’impose pas. Elle se construit. Sinon, le Burundi risque de découvrir trop tard qu’une société peut perdre en quelques années ce qu’elle avait mis plusieurs décennies à construire.

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