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Les activités politiques au campus : une distraction pour les étudiants ?

Les jeunes burundais sont souvent sollicités par les partis politiques qui cherchent à renforcer leur base électorale. Les étudiants de l’Université du Burundi ne font pas exception. Comment se déroulent les activités politiques aux campus universitaires ? Ont-elles un impact sur les performances académiques des étudiants ?

Des étudiants portant des t-shirts à l’effigie d’un parti politique, des chansons d’un parti politique résonnant à tue-tête dans une chambre, … tels sont les quelques faits qui témoignent de l’engagement politique de certains poillissimes aux campus de l’Université du Burundi. Quand le fanatisme est à son comble pour certains, la situation peut être même explosive, surtout pendant la période électorale.

L’Université du Burundi a toujours été un terrain propice aux enjeux politiques. Dans un pays miné par le chômage, les leaders politiques n’ont pas de mal à trouver de nouveaux ouailles, en recherche désespérée de travail.

Le militantisme et les études, font-ils bon ménage ?

À première vue, on ne soupçonne pas les activités politiques qui se déroulent dans les campus universitaires. Il faut y vivre pour découvrir la réalité.

Tout d’abord, les structures de représentation des étudiants sont calquées sur les institutions politiques. « Les représentants des étudiants sont tous affiliés au parti au pouvoir. Ils sont politisés. Cela remet en question les élections des représentants des étudiants organisées chaque année. », témoigne Reverien*, 25 ans, lauréat de la faculté de droit.

Dans certains campus, les étudiants proches du parti au pouvoir se sont arrogés le rôle de gardiens de la sécurité. N.B, 26 ans, résidente au campus Mutanga, nous décrit la situation : « Ils constituent ce qu’ils nomment le comité de sécurité. Les étudiants de ce comité effectuent des rondes nocturnes (gukizura, Ndlr). Et on a des ennuis si on a la malchance de tomber sur ce groupe en rentrant tard dans la nuit ». Cette étudiante s’interroge sur le sens de ces activités, alors qu’il y a des policiers responsables de la sécurité.

Les étudiants de l’Université du Burundi sont souvent sollicités dans les différentes activités des partis politiques. Moise (27 ans), étudiant en Bac 3 dans la faculté des sciences économiques, le confirme : « Que ce soit dans les campagnes électorales ou dans de simples meetings des partis politiques, à l’intérieur du pays par exemple, les étudiants sont souvent impliqués. »

Miser sur le mauvais cheval ?

Les études à l’Université du Burundi ne sont pas une sinécure. Les performances académiques peuvent être affectées négativement par certaines activités extra-académiques. Christophe Niyongabo vient de terminer le Master en Didactique du Français-Langue étrangère. Il donne son point de vue : « Sans l’ombre d’un doute, certaines activités liées aux partis politiques peuvent distraire les étudiants. Ils perdent du temps et de la concentration. Imaginez un étudiant qui passe ses nuits à patrouiller ou qui sèche les cours pour des meetings politiques. »

Privilégier les activités politiques dans son parcours académique, c’est prendre un mauvais risque. Souvent, les étudiants sont manipulés. Il faut éviter que ces activités n’interfèrent avec la vie académique. « Au lieu de s’adonner à des missions des partis politiques, l’étudiant devrait choisir intelligemment ses occupations. Il doit chercher des opportunités qui complètent sa formation académique en acquérant des soft skills. Avec ces compétences, l’étudiant devient plus créatif, ce qui est un atout sur le marché du travail. », conseille Christophe Niyongabo

Des étudiants lucides

Sur les campus universitaires, ce sont surtout les étudiants adeptes du parti au pouvoir qui manifestent librement leur appartenance. Les autres passent sous silence leurs opinions. Mais tous les étudiants ne se laissent pas influencer par les parties politiques. Floribert*, en Bac 3 dans la faculté des sciences, nous raconte son expérience avec les activités politiques : « Quand je suis arrivé au campus Mutanga, j’ai rejoint le groupe qui faisait les rondes nocturnes. Par après, je me suis questionné sur mon zèle dans ces activités. J’ai pensé aux enfants des grands leaders politiques qui, eux, sont en train de poursuivre tranquillement leurs études en Russie, au Canada ou en Chine, … Après une bonne réflexion, j’ai décidé d’arrêter ces activités pour me concentrer sur mes études. »

Cet étudiant avoue que ces activités le rendaient impopulaire dans le campus. « Alors, pourquoi vivre en mésentente avec des gens dont je pourrai avoir besoin dans l’avenir ? », questionne-t-il.

 

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