En six mois, marchés, galeries et commerces ont été réduits en cendres, emportant avec eux des économies et des espoirs de milliers de Burundais. Alors que les flammes s’enchaînent, la prévention, elle, semble toujours absente. Qu’un incendie survienne, c’est un accident ; rester passif face au risque du prochain sinistre, c’est de l’inconscience.
Il y a, en effet, de quoi s’interroger face à l’ampleur des épreuves. En quelques mois, plusieurs lieux concentrant une importante activité commerciale et constituant le gagne-pain de milliers de citoyens sont partis en fumée. Ce 25 août 2026, c’est le marché de Kinindo, situé sur l’avenue du Large, qui a été ravagé par les flammes. Quatre jours plus tôt, les galeries Ndayizamba et Le Parisien, au centre-ville de Bujumbura, avaient connu le même sort. L’origine de l’incendie reste inconnue, même si le vice-président de la République, Prospère Bazombanza, a évoqué l’hypothèse d’un fer à repasser à charbon. Il s’était rendu sur place pour constater les dégâts et apporter un message de compassion aux sinistrés.
Derrière ces incendies à répétition, une même question demeure. Que fait l’État pour contenir les risques du prochain incendie ?
Un commerce, deux incendies, une vie ruinée
« Quand le marché central a brûlé, j’ai perdu presque tous mes biens. Je me suis endetté pour refaire ma vie ici, à la galerie Le Parisien, et voilà que le feu me rattrape une fois de plus », confie un commerçant, les yeux rougis par les larmes et la fumée. Son témoignage est celui de nombreux commerçants burundais qui, pour la deuxième, voire la troisième fois, voient leur activité réduite en cendres. En quelques mois, plusieurs sites commerciaux ont été frappés par des incendies : le marché de Kinama en avril, celui de Cibitoke en mai, l’atelier de menuiserie de Jabe en juin, le marché de Ngozi en juillet, puis les galeries Ndayizamba, Le Parisien et le marché de Kinindo en août.
Pour ces victimes, il ne s’agit pas seulement de perdre des marchandises. Ce sont des années d’épargne, des investissements, des emplois et parfois toute une vie qui disparaissent en quelques heures. Face à cette succession de sinistres, une autre question s’impose : combien de temps encore les Burundais devront-ils attendre avant que de véritables mécanismes fonctionnels de prévention soient mis sur pied ?
La résilience ne peut pas remplacer la prévention
Le plus préoccupant est peut-être cette tendance à transférer progressivement la responsabilité vers les citoyens. Lorsque les normes de construction ne sont pas respectées, lorsque les accès aux marchés ne permettent pas aux secours d’intervenir rapidement, lorsque les installations électriques sont vétustes ou insuffisamment contrôlées, il ne suffit pas de demander aux commerçants d’être « résilients ». La résilience ne peut pas remplacer la prévention.
En 2013, après l’incendie du marché central de Bujumbura, l’ancien ministre de l’Intérieur Édouard Nduwimana avait présenté le sinistre comme une occasion permettant au Burundi de se doter d’un marché plus moderne. Quatorze ans plus tard, ce marché moderne reste toujours attendu. Entre-temps, les incendies ont continué à frapper des marchés, des galeries commerciales, des bars, des habitations, des prisons et même des installations militaires. Ce qui devrait rester un risque exceptionnel et assurable tend ainsi à devenir une menace récurrente.
Derrière chaque incendie, il n’y a pas seulement des cendres
Le problème n’est donc pas seulement celui des flammes. Il est aussi celui de la prévention, de la transparence et de la responsabilité publique.
Le Burundi n’a pas besoin de prophéties annonçant de futurs marchés modernes, ni de discours demandant aux populations déjà appauvries de financer elles-mêmes les moyens de leur protection. Il a besoin d’enquêtes sérieuses et transparentes, de normes de construction effectivement appliquées, de contrôles réguliers des installations électriques, d’accès adaptés aux services de secours et d’une véritable politique nationale de prévention des incendies. Chaque incendie détruit bien plus que des bâtiments et des marchandises. Il détruit des années de travail, des projets familiaux et l’espoir de milliers de personnes. Le plus inquiétant est qu’après chaque sinistre, la question n’est presque plus : « Pourquoi cela s’est-il produit ? », ni même : « Comment éviter que cela se reproduise ? » Elle devient simplement : « Quel sera le prochain endroit sur la liste ? » À force d’être répétée sans résultats visibles, cette formule finit par sonner comme un aveu d’impuissance.
