Il y a près d’un siècle, des femmes burundaises ont tenu tête à l’armée belge. Aujourd’hui encore, elles sont incontournables dans le développement du Burundi, même si elles restent minoritaires dans les sphères de prise de décisions. Elles sont 10 pour 8 hommes à Butanyerera, mais elles constituent un socle essentiel sur lequel tient une province entière. Loin des projecteurs, elles agissent discrètement mais efficacement en faveur de leurs communautés. Yaga leur rend la parole.
A l’apogée de la la colonisation, alors que les armées du Mwami ont fléchi depuis des décennies face à l’envahisseur étranger, la résistance est venue alors de là où personne ne l’attendait : d’Inamujandi et de ses troupes (les mujandes).
L’histoire raconte que cette femme a tenu tête aux Belges pendant environ 4 mois. Elle raconte aussi, ce que l’on oublie souvent, que d’autres femmes ont bien géré la cité, quand leurs maris étaient absents (les Abatimbuzi). Les messieurs disparus, les dames prenaient le relaie.
Alerte ! Butanyerera se vide de ses hommes
Nous sommes en 2026, plus d’une demi-décennie après le départ des colons belges. L’ennemi a changé de visage : la précarité économique et, par conséquent, la vulnérabilité sociale. Sur les collines de Butanyerera, au nord du pays, elle pousse hommes et garçons à jeter l’éponge, entre exode rural et migration clandestine vers la sous-région. Derrière eux, des ménages monoparentaux. Un reporter de Yaga l’a constaté : sur certaines collines, l’espèce masculine se raréfie. Le recensement général le confirme : le rapport de masculinité provincial est d’environ 88 hommes pour 100 femmes (soit environ 47 % d’hommes pour 53 % de femmes).
Cette prédominance des femmes est particulièrement marquée dans les communes rurales comme Muhanga, où l’on ne compte que 81 hommes pour 100 femmes.
Et pourtant…
Butanyerera tient debout. Entre la qualité de ses grandes plantations de caféiers à Kayanza et Ngozi et son marché régional de l’avocat à Rukeco, un fruit déjà exporté vers les pays de la sous-région, la province reste résiliente.
Au fin fond de ses 790 collines, ses 8 communes éduquent leurs enfants, soignent tant bien que mal, nourrissent et gardent les relations de bon voisinage avec la Tanzanie et le Rwanda. Si la province perd ses hommes, elle ne perd pas sa dignité.
Qui donc se lève avant tout le monde pour que chaque enfant soit sur le banc de l’école avant 7h30 ? Notre sagesse dit « ahari abantu hama urunturuntu » (tant qu’il y a des hommes, il y a toujours de petites querelles). Alors, qui est là pour « gusukamwo mabisi » (assurer la médiation) ? Qui entretient, jour après jour, l’ordre social ? Vous l’avez sans doute deviné : la femme. Deux mots, zéro suspense.
Butanyerera et ses femmes coriaces : le fil rouge du destin
Sociologues, démographes et psychologues s’accordent à dire que « lorsqu’une société devient majoritairement féminine, ses dynamiques comportementales, économiques et familiales s’en trouvent profondément modifiées. » Butanyerera en est la preuve vivante.
Reste la question qui dérange : le Burundi accorde-t-il à ces « mujandes » d’aujourd’hui le crédit qu’elles méritent ? Pas de statue, pas de médaille, parfois même pas un petit merci.
Yaga lance donc, pendant 15 jours, la campagne #Ibirezi257 : les championnes de Butanyerera. A travers des portraits et des vlogs, Yaga donnera la parole à 15 « mujandes » pour raconter leur quotidien, leurs idées et leurs défis.
Et si cela changeait enfin le regard biaisé que le Burundi porte sur ses femmes et ses filles ? Les Belges, eux, ont compris la leçon à leurs dépens.
