Les 21 octobre de chaque année, le Burundi commémore l’une de ses dates douloureuses. Il a vu « partir » ses dignes filles et fils, du sommet de l’État à la petite colline. Depuis, les sentiments d’injustice, d’impunité nous habitent et pourtant nous connaissons tous le rôle cicatrisant qu’offrent la justice et la vérité. Il y a 25 ans que le temps a été suspendu…
Comme si c’était hier malheureusement. Ces souvenirs qui nous hantent tous les jours et qu’on a du mal à guérir, à repousser hors de nous. Que penser de celui qui arrache la vie à un orphelin ou de celui qui ôte la vie d’un nourrisson ? En me joignant à tous ceux qui ont connu cela et qui ont du mal à panser leurs blessures, il y a des raisons de ne pas croire en l’Homme. D’où était venu ce virus de haine ? Était-ce une semence égarée d’un lointain voyageur qui a fini par germer et porter ce fruit de malheur ?
Des tués, des exilés, des mutilés, des déplacés… il y en avait par dizaine des milliers contre une centaine de drogués, d’ivrognes du pouvoir, d’assoiffés de sang, de cannibales qui avaient pactisé avec le diable. C’est alors que la vie des millions de Burundais a basculé. Elle était passée des espoirs des lendemains meilleurs à l’éternel recommencement. Un autre « Ikiza » se produisit. Le quantième de notre histoire ? Pour certains, c’en était fini. Ils avaient « répondu à l’appel de Dieu » par la volonté des hommes.
Tel un virus, il savait comment acheter les gens. La forme de ton nez décidait de ton sort. On écourtait tes jours sur terre parce que tu en avais un gros dans ma cité. On aplatissait à coup de machette celui qui en avait un aquilin dans le village de mon voisin. Ils avaient réussi à inoculer ce virus dans tout le pays, à monter les uns contre des autres une fois de plus. Plus rien n’était sacré. L’église, la femme, le cimetière, la mosquée, les morts, les vivants, les survivants… Il n’y avait plus que de la place que pour l’humiliation. Nous étions tous devenus réfugiés, exilés, frustrés, malades mentaux, déplacés…
Notre temps s’est alors arrêté. Depuis nous attendons le retour du « Christ » en se remettant entre les mains de la justice divine. Celle des hommes ne s’est jamais présentée ni à son palais, ni à ses nombreux cours et tribunaux. Comme si elle avait aussi peur. Comme si elle évitait d’entendre les pleurs, les chagrins, les plaintes, les accusations, les suspicions, les colères, l’animosité, la cruauté de ses enfants. Elle esquive toujours sa tâche jusqu’à aujourd’hui. Et pourtant c’est par elle que viendra la guérison.

22 octobre 2018 at 21 h 27 min
La justice divine, ailleurs appelée la loi du Karma, agit là où la loi, la justice humaine échoue. La première est parfaite et immuable la seconde n’est ni l’une ni l’autre, d’après les Premiers-nés.
12 novembre 2018 at 17 h 39 min
j’aimerais bien donner mon avis sur le sujet mais malheureusement je n’y connais pas grand chose. Mais par contre, l’ article est merveilleusement bien écrit, c’est poétique meme si le sujet est triste.