À droite, en robe blanche immaculée, la France. Cette même France avec sa vision de la francophonie comme instrument politique à sa solde. Un organisme culturel au départ mais qui se politise de plus en plus, quitte à enterrer les valeurs démocratiques qu’il serait appelé à défendre. À gauche, dans un smoking noir impeccable, le Rwanda, chouchou de la communauté internationale, fin prêt à mettre la bague au doigt à son énième conquête subjuguée grâce à une mystification dont il a seul le secret. Bienvenue dans la realpolitik.
Deux jours que l’on attend parler du Rwanda. Cette fois, il ne s’agit pas d’un opposant tué, enlevé, disparu ou emprisonné et moins encore d’une révélation ou découverte d’un charnier datant de 1994. En cette semaine seulement, le Rwanda est devenu l’un des sponsors du club londonien d’Arsenal. Un pays qui est dans le top 20 des pays les plus pauvres du monde (60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté) mais aussi se veut candidat au poste de secrétariat général de la francophonie. Certainement que cette image à l’extérieur procurera davantage de l’engrais à un « muturage ». Passons, ceci est un autre débat. A chacun sa politique de gouvernance. Mais le plus curieux et le plus inimaginable scénario est le soutien officiel de la France à la candidature de la ministre des relations extérieures du Rwanda.
Ce pays connu non seulement pour son « miracle » économique mais aussi et surtout pour sa place en matière des droits de l’homme, liberté de presse et d’association, n’a pas fini d’étonner. Il voit toujours grand comme ce lutin aux appétits de géant. Accueilli en grande pompe avec les honneurs militaires, le « Messie » de l’Afrique, le très bien aimé sauveur de l’humanité, Kagamé n’a pas eu froid aux yeux : il veut la francophonie en plus du syndicat des chefs D’États Africains qu’est l’Union Africaine. Et Macron d’acquiescer en apportant du soutien à un homme qui ne respecte pas les valeurs que prétend défendre la francophonie. Tout en rappelant que le Rwanda a claqué la porte de la Cour Africaine des droits de l’Homme en se retirant de son protocole additionnel qui permet aux individus et aux ONG de saisir la Cour directement.
Paul Kagame, président de la République du #Rwanda en visite à Paris : « La dictature rwandaise incarne assez mal les valeurs de la #Francophonie » dit Vincent Hervouet#E1Matin pic.twitter.com/PxYZlnPlFo
— Europe 1 (@Europe1) 23 mai 2018
A l’heure où la jeunesse africaine du continent aspire à une véritable démocratie et au respect des libertés fondamentales, la France de Macron se décide à piocher des leaders dans une partie de l’Afrique qui rappelle encore les années sombres des partis uniques et parti-États. C’est de là où les cieux s’obscurcissent que la France trouve des modèles de gestion.
L’homme qui n’hésite pas à aller trouver ses opposants où qu’ils se trouvent pour leur faire subir la plus ignoble des punitions va devoir assurer la protection des libertés fondamentales qu’il a lui-même du mal à garantir dans son propre pays. En assumant au vu de tous ses actes « criminels » que lui-même qualifie de patriotique, le régime rwandais aura l’honneur de diriger une organisation qui agit aujourd’hui avec beaucoup de complaisance.
Les résultats économiques suffisent-ils pour propulser l’un des régimes les plus totalitaires du continent au-devant de la scène internationale et l’ériger en modèle ? Alors Kadhafi devrait se retourner dans sa tombe et demander à diriger aussi la Francophonie. La légende urbaine nous apprend que les Libyens avaient tout… sauf la démocratie et la France avait pris ses responsabilités. On connaît la suite. Mais comme la Cour de l’Élysée décide qui est bon ou mauvais pour les affaires, on peut mettre sous le tapis les déchets encombrants tels que les droits de l’Homme et la démocratie. Ainsi donc Macron compte écrire avec nous, comme promis à Ouaga, l’histoire de ce continent.
Il est clair que la #France se sert de l’@OIFfrancophonie comme elle sert de ses frégates et autres engins. Pour servir ses seuls intérêts. Il faut reconnaître à @EmmanuelMacron le mérite de rendre cela plus clair aujourd’hui. Tu n’aimes pas ? Crée ta Lingalaphonie 🤷🏿♂️ https://t.co/1o74olJqrU
— Jean-Mobert Senga (@jm_senga) 23 mai 2018
P.S : Je vais encore me faire beaucoup d’ennemis parmi mes amis « Kagamephile » !

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