galaxy-nebuleuse Le débat sur la démonstration de l’(in)existence de Dieu est l’un des plus existentiels qui intéresse l’intelligence humaine. Il revêt incontestablement d’un caractère philosophique que chaque homme doit à un moment ou un autre commenter. Bien que pour les croyants l’existence de Dieu semble être une évidence, il existe une partie assez considérable d’hommes qui se forcent de prouver l’absence de toute forme de divinité. Mais ce qui concerne cet article n’est pas là. La question qui se pose ici est la suivante : vaut-il la peine d’avancer des arguments pour ou contre l’existence de Dieu ?

J’ai grandi dans une famille catholique pratiquante. L’existence de Dieu a longtemps été une évidence absolue pour moi. Mais à une époque de ma vie, suite à une turbulente adolescence, je me suis retrouvée dans de fâcheuses situations. Je ne voulais pas assumer les malheureuses conséquences de mes actes. Ma vie affective et relationnelle en a pâti. Je prenais le monde pour responsable de ce qui m’arrivait et je ne voulais plus entendre parler de Dieu. Je me disais que Dieu n’existait point. Mais je ne crois pas avoir été athée un seul moment : étant donné que déjà en moi j’avais une idée et une mesure d’un dieu, comment pourrais-je dire que celui-ci n’existe pas ? À mon avis, tous ceux qui se disent athées (comme moi à cette époque), sont des croyants qui se refusent à la pratique, et qui n’acceptent pas la forme sous laquelle nous les croyants concevons Dieu. Pour avancer des arguments sur l’existence ou l’absence d’une chose, il faut que tu en aies déjà fait connaissance. C’est ce que les athées refusent, mais au fond, ils ont une idée de Dieu qui germe en eux, comme une graine dans une mauvaise terre. Ils ne sont donc pas perdus.

Après mon adolescence, Dieu m’a ramené dans sa voie. Pour y arriver, je n’ai pas dû parcourir la littérature philosophique. Et je n’ai jamais vu un reconverti qui affirme avoir été « évangélisé » par cet argumentaire. L’argumentation autour de l’(in)existence de Dieu s’est avérée être une vaine guerre qui voit un argument primer le temps qu’un autre relativement plus solide vienne le détrôner. Sinon, si cela pouvait avoir du sens, comment expliquer  qu’après tant de débats, même les plus calés en philosophie ne se soient pas encore convenu sur une seule théorie à nous proposer ?

Dans le Livre de l’Exode, Moïse a demandé à Dieu qui ce dernier était, pour qu’il puisse le présenter aux Juifs. Dieu lui a répondu qu’il est le Dieu qui est (Exode 3 : 14). En quelque sorte, il n’est d’autres preuves de son existence que sa propre existence, sa propre manifestation. L’approche scientifique dans la démonstration de l’existence de Dieu est à mon avis inapte à convaincre. L’existence d’une divinité ou d’un autre être supérieur quel qu’il soit – adoptons le langage des athées, ça pourrait servir -, nous la percevons à partir de notre quotidien, notre vécu personnel. Autant un nourrisson n’a pas besoin d’une littérature pour percevoir l’existence ou la proximité de sa maman mais la perçoit à partir des faits et gestes maternels, autant on pourrait se passer de vaines théories et chercher plutôt à faire l’expérience de la miséricorde divine à travers ses multiples réalisations. L’homme échoue dans sa quête de Dieu, lorsqu’il le cherche dans les biens matériels et le mal perceptible dans le monde causé par ailleurs par l’homme lui-même. Dieu n’est pas dans l’iniquité, l’argent (Hébreux 13 : 5), la guerre, la maladie… La présence de Dieu s’expérimente dans la vie en communauté, dans les exercices spirituels, dans la pratique de la charité, dans une soumission absolue à la loi…  La Bible nous apprend cependant par le Livre de Job que même le juste peut être atteint par le mal, et que le mal en soi, n’est pas une fin.

En somme, l’existence de Dieu, comme toute autre existence d’ailleurs, ne se prouve pas : elle se manifeste. Je voudrais conclure d’ailleurs par une belle citation tirée des Amoralités familières (1964) de Maurice Chapelan selon laquelle « la foi ne se prouve pas, elle s’éprouve. Les croyants n’ont pas besoin de preuves, mais d’épreuves. »

 

 

Ivan-Corneille MAGAGI III, Lièvre déterminé