Sous le sol burundais se cachent des trésors insoupçonnés. Mais l’exploitation rentable de cette richesse se fait attendre. L’espoir commence à naître avec la récente exportation lancée par le Chef de l’Etat. Cela étant dit, l’exploitation minière reste souvent entravée par certains petits malins qui travaillent encore dans l’illégalité. A ce sujet, un administrateur vient d’être limogé. Comment le pays pourrait-il tirer le maximum de son sous-sol ? Ce blogueur pense qu’il faudra peut-être creuser la vérité avant de creuser la terre.
Ces derniers temps, au Burundi, la question des minerais est sur toutes les lèvres. Depuis que le président Évariste Ndayishimiye a officiellement lancé la campagne d’exportation des minerais, les discussions vont bon train. Chacun y va de son commentaire. Beaucoup estiment qu’avec cette décision, le pays disposera enfin de devises pour acheter du carburant, des médicaments ou d’autres produits essentiels. Mais derrière cette joie collective, une question demeure : nos richesses souterraines peuvent-elles vraiment impulser le développement du pays ?
Lors d’une récente émission diffusée sur la chaîne Umukubito, Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, a fait une révélation qui a refroidi plus d’un. Selon lui, les prévisions budgétaires pour 2024-2025 indiquaient que le Burundi devait recevoir environ vingt-six milliards de Fbu issus du secteur minier, alors que la contribution réelle de ce secteur au budget de l’État est… de zéro franc. Pourtant, dans ces mêmes prévisions, l’État espère percevoir plus de sept milliards de recettes. Rufyiri affirme que, malgré tout, les minerais burundais continuent d’être vendus illégalement, car les recettes de la vente n’entrent pas dans les caisses publiques.
Pourtant, on dit souvent que notre sous-sol est pauvre, mais les faits racontent une autre histoire. Dans un livre sur l’histoire du Burundi sous la colonisation belge, l’historien Joseph Gahama raconte que l’exploitation minière était, à l’époque, le troisième secteur employeur du pays, juste après le gouvernement et les missions religieuses. Étonnant, quand on sait que les sources coloniales affirmaient que le sous-sol burundais était pauvre. Peut-être que la pauvreté n’était pas dans le sol, mais ailleurs.
Des histoires et des blagues qui en disent long
Un jour, j’étais assis avec des amis, et l’un d’eux a raconté une histoire qui a fait rire tout le monde. Il disait qu’à Kayanza, un homme d’affaires très connu avait découvert des minerais sur sa propriété. Sans rien dire à personne, il avait commencé à les exploiter et à les vendre discrètement. Les voisins pensaient qu’il vendait du sable. Quelques années plus tard, l’homme était devenu immensément riche et influent. Nous avons ri, mais au fond, cette histoire en dit long : au Burundi, beaucoup ignorent encore ce que cache leur propre terre. Et même lorsqu’ils découvrent une richesse, ils n’en bénéficient pas vraiment, faute d’informations et de moyens suffisants.
Butihinda, le cas d’école ?
On ne peut pas parler des minerais burundais sans évoquer le phénomène de Butihinda, dans la province de Muyinga. On disait que là-bas, l’or coulait presque à ciel ouvert. Les habitants, fiers de leur terre, jouissaient d’une richesse soudaine. Certains racontent qu’ils pouvaient acheter une voiture juste parce qu’elle était belle, sans même négocier le prix. Mais comme souvent, cette prospérité locale a attiré l’attention. L’État a repris le contrôle du site et confié les gisements à des entreprises reconnues. Depuis ce jour, plus personne ne parle de l’or de Butihinda.
Avant de creuser la terre, creusons la vérité
L’histoire du sous-sol burundais ressemble à une vieille chanson que l’on fredonne sans jamais connaître les paroles. On entend parler de minerais, de promesses et de milliards attendus, mais très peu de choses changent dans le quotidien du citoyen. Le sol, lui, continue de garder ses secrets, comme un coffre bien scellé. Ici il nous paraît logiquement qu’une actualisation de la carte minière du pays devrait être le préalable d’une exploitation minière efficiente. Avant de se réjouir de la vente de ces richesses léguées par nos ancêtres, il faudrait peut-être creuser un peu plus profond… non seulement dans la terre, mais aussi dans la vérité.
