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Les Massaïs, experts en négoces : quelle est leur clé de succès ?

D’aucuns s’interrogent sur le peuple Massaï rencontré un peu partout dans la ville de Bujumbura. Leurs manières de vivre et leurs caractères sont loin de laisser indifférents ceux qui les croisent. Ils sont le genre auquel les regards se retournent et ils ne se débrouillent pas mal dans leur petit commerce. Eh bien, c’est quoi l’amulette des Massaïs ?

Un simple tour aux différents coins et recoins de la métropole du Burundi suffit pour tomber sur un groupe de gens à l’accoutrement original qui vendent des sandales. Ce sont des Massaïs, des bonshommes inoffensifs vivant principalement au centre et au sud-ouest du Kenya et au nord de la Tanzanie. Quand on les croise nez à nez, la première curiosité se porte sur leur apparence et leur habillement : des oreilles étrangement percées, un genre de pagne de plusieurs couleurs vives enroulé autour du corps à la manière des tambourinaires du Burundi, des bijoux traditionnels autour du cou et des bras, un dialogue effréné entre eux dans leur dialecte… bref une personne hors pair complètement différente des autres. 

Ils mènent leurs petites affaires dans le centre-ville du pays et restent presque toujours en groupe. Ils se livrent sans souci au commerce semi-ambulant. Paradoxalement, telle une avalanche, les agents de la police se ruent sur les commerçants ambulants locaux et les tabassent d’une façon animalesque. Cela donne le souffle coupé d’une injustice inédite. Ce qui reste intrigant est comment s’en sort ce peuple aux us étonnants. 

Un peuple pas comme les autres

Très fondamentaliste et conservateur, ce peuple semi-nomade a une simplicité sans nom. Chez eux, ils appartiennent à la tribu des éleveurs et des guerriers et leur économie tourne traditionnellement autour du bétail qui, selon leur croyance leur a été confié par leur dieu unique, Enkai. Ils ont fini par quitter leurs patries à la recherche de nouvelles terres. Le nomadisme et les nombreuses difficultés qu’ont affrontés les Massaïs ont dû les fragiliser au niveau politique et militaire depuis le 19ème siècle. Ils ne sont plus en mesure de se rassembler et de s’organiser pour sauvegarder leur territoire et leurs intérêts. Ils se sont dispersés à travers toute l’Afrique. Ceux qui sont restés dans leurs pays doivent faire face à de constantes pressions de la part du gouvernement visant à les sédentariser pour leur imposer un style de vie moderne. Mais ce peuple reste fermement cramponné à sa tradition. Les Massaïs s’acclimatent très vite dans les pays d’accueil en menant sans bruit le commerce de petites sandales en cuir. Il faut avouer que leur secret est bien gardé.

Pour tenter de percer le secret de leur talisman

Quelqu’un qui passait en ville s’est demandé pourquoi les Massaïs ne sont pas aussi sujet aux coups de matraque qu’assènent les policiers aux autres commerçants ambulants. Ils sont tranquilles dans leurs coins et écoulent leur marchandise le nez dans l’air. On pourrait objecter que le Burundi est bien hospitalier mais surtout, le peuple Massaï a malicieusement su s’accommoder aux lois des pays de manière à ne pas inquiéter les autorités civiles. Ce qui est encore plus étonnant est la manière dont ils vivent. Ils ne vendent que de petites sandales en cuir, mais logent dans les plus beaux hôtels de la ville. 

Comment se permettent-ils une vie de confort ? C’est certes leur simplicité qui les rend plus économes : pas de rang rover, pas d’habits luxueux, aucun besoin de déambuler sur la plage et de fourrer le nez dans tout ce qui brille. Il y a plus : dans leur culture, ils ne mangent ni le poisson ni gibier ; leurs mets sont moins exquis. A première vue, ils pourraient être taxés d’employer des forces occultes. Bien au contraire, ce sont de braves gens impassibles aux arrivages de la civilisation, mais savent bien s’insérer sans rien déranger dans la grande évolution de l’humanité et s’y complaisent. Les Massaïs font bien leurs affaires, dépensent moins et voilà ce qui explique leur trésor caché. 

Des manies séductrices voilées

Dans leur commerce semi-ambulant, ils étalent leurs marchandises à même le sol et s’asseyent eux même sur le pavement, attirant une large clientèle par des mots assez doucereux et séducteurs. Contrairement aux grands magasiniers qui s’adossent sur leur canapé en tripotant leurs téléphones, traitent les clients avec dédain et dépensent leur argent pour la dernière mode. Ceux qui ont déjà acheté les petites sandales disent aussi que leur qualité est extraordinaire. Dans son ouvrage, Marie-France Planeix, Les Massaï : au-delà du mythe, paru le 1/1/2019, exalte les Massaïs dans leur identité et tente de leur redorer le blason. Le contact avec les étrangers ne change rien de leurs mœurs ni de leurs habitudes. Ils découvrent le monde et s’accommodent mieux aux pratiques des autres peuples sans s’y plier.

Faut-il reconnaître après tout que ce peuple étrange à la mode a déjà compris l’arrière-fond du développement, mais ne le crie pas sur les toits ? Ce sont, peut-on dire, des maitres du négoce. Leur apparence est précaire mais leurs affaires avancent comme sur des roulettes. Faudrait-il que les négociants burundais prennent tout leur modèle ? Non. Il serait comique de voir tous les commerçants en pagne. Toutefois, la manière de faire des Massaïs pourrait les inspirer.  

 

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