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Kick, Karibu, Susuruka Wine… : « Kill me quickly »

Les boissons à fort degré d’alcool sont très prisées. Les disciples de Bacchus, toutes les catégories confondues, se la coulent douce au péril de leurs vies. Attention : ces boissons favorisent le développement des anomalies cardiovasculaires et affectent les facultés mentales. De quoi inquiéter la ministre de l’industrie qui veut combattre la prolifération de ces boissons qui nous tuent à petit feu.

Désormais, dans tous les points de vente, vous verrez des montagnes de boissons de Kick, Karibu, Sapor Wine, Susuruka Wine, … Les connaisseurs les surnomment « kill me quickly » qui se traduit par « tue moi rapidement » pour désigner l’effet immédiat de ces boissons.  

L’histoire d’une sexagénaire se soûlant avec une sorte de ‘’whisky’’ local, en début de matinée m’a beaucoup interpellé. Elle buvait une bonne dose de kick commercialisé au détail pour 1000 Fbu. Un petit tour chez les revendeurs des fûts plastiques usagés renseigne sur la provenance de ces matières premières. Sur les étiquettes, il est mentionné que ces bacs de 200 litres contiennent de l’alcool éthylique 95-99 % concentré, fabriqué en Inde. C’est la société Jepson Commodities  Limited de droit indien qui s’occupe de l’exportation de ces produits de synthèse qui nous envahissent. Avec l’augmentation des prix des produits Brarudi, ces boissons sont à la portée de toutes les bourses et attirent fatalement la convoitise. 

Nième tentative de limiter les dégâts 

Le ministère en charge de l’industrie constate amèrement la recrudescence des fabricants des boissons fortement alcoolisées dont le dégrée d’alcool dépasse 16 %. Il tire la sonnette d’alarme sur les risques et les abus liés à la consommation excessive d’alcool. La consommation régulière des boissons alcoolisées entraîne des conséquences sur le plan individuel, mais également sur le plan socio-économique. 

Pour limiter l’accès, toute boisson dont la teneur en alcool dépasse 16 % doit être emballée en bouteille en verre de 750 ml. En outre, les bouteilles ne respectant pas ces mesures seront retirées du marché à partir du 1er janvier 2024, apprend-on du communiqué du 27 octobre 2023.

En août 2021, le bureau burundais de normalisation et de contrôle de la qualité (BBN) a imposé des restrictions d’emballages et de quantités pour les boissons alcoolisées de plus de 16,5 %. En sommant les fabricants à doubler la quantité, le prix a été revu à la hausse, mais le problème persiste. Les consommateurs achètent au détail de petites quantités. 

L’abus d’alcool nuit à la santé 

Dans une enquête menée par nos confrères du journal Iwacu sur « Karibu », les boissons alcoolisées ont déjà fait des victimes. La plupart des acheteurs sont des jeunes, des gardiens et employés de maison.

Pour y voir plus clair, nous avons posé la question à un professionnel de la santé pour savoir s’il y a un lien entre la consommation d’alcool et la prévalence des maladies cardiovasculaires dans notre pays. La réponse a été sans appel, notre interlocuteur confirme bel et bien que la consommation excessive est source d’anomalies cardiaques. On parle de cardiomyopathie dilatée d’origine alcoolique. C’est-à-dire une atteinte du muscle cardiaque (myocarde). Le ventricule gauche qui se dilate d’où le qualificatif dilaté. Ce qui est à l’origine d’insuffisance cardiaque réversible effectivement avec l’arrêt de l’alcool.

Des mesures qui ne suffisent pas 

La ministre Marie Chantal Nijimbere a formellement interdit le commerce au détail des boissons à plus de 16 % d’alcool, dans les débits de boissons, sauf pour les bars et restaurants de la catégorie B et C. Pour ces deux catégories, les exploitants sont autorisés à vendre des godets de ces boissons à teneur élevée. Quant aux récalcitrants, ils s’exposent à des sanctions administratives, notamment le retrait de la licence d’exploitation, les certificats de production et de commercialisation des boissons alcoolisés. 

Ces mesures à elles seules ne suffisent pas pour décourager la consommation de ces boissons. Le risque est de voir ces boissons commercialisées frauduleusement avec des dommages incommensurables. Si les autorités habilitées détiennent des preuves que ces boissons nuisent à la santé humaine, pourquoi ne pas tout simplement interdire leur fabrication ? L’autre voie de sortie serait de surtaxer ces produits à l’image des vins et liqueurs importés ou de décourager l’importation des matières premières qui entrent dans leur fabrication. 

 

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