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Hausse du taux directeur : les temps seront durs

La Banque centrale vient de hausser le taux directeur, passant de 5 % à 10 %. Cette situation provoquera la hausse des taux d’intérêts pour les crédits octroyés par les banques commerciales. Cela, au moment où les entrepreneurs alertaient déjà sur la problématique d’accès aux financements.

Le taux directeur pour le quatrième trimestre 2023 est désormais fixé à 10 % par la Banque de la République du Burundi (BRB). Ce taux était jusque-là à 5 %.  Pour plus de compréhension, le taux directeur, c’est le taux pratiqué par les banques centrales pour ses interventions aux marchés financiers ou monétaires. Il s’agit du coût auquel les banques commerciales en besoin d’argent doivent emprunter.  

Il est adopté comme un instrument de politique monétaire selon la BRB. « La conjoncture économique actuelle pose des défis considérables à la stabilité des prix, tout en exigeant des politiques de soutien à l’économie ». La BRB est donc confrontée à la délicate mission de concilier deux objectifs contradictoires : stabiliser l’inflation (qui se table à 27,2 % pour le troisième trimestre 2023 contre 19,8 % le même trimestre en 2022), et stimuler l’activité économique. 

Une situation qui va s’empirer ?

Suite à la hausse du taux directeur, les « banques commerciales sont désormais obligées d’ajuster les taux d’intérêts, et par conséquent le coût du crédit sera aussi revu à la hausse », clarifie Roger Guy Ghislain Ntwenguye, président de l’Association des Banques et Établissements Financiers du Burundi (ABEF). 

La hausse des taux d’intérêt par les banques va intervenir alors que ces derniers étaient déjà élevés. Une situation qui ne va pas faciliter les opérateurs économiques et la population en général qui contractent des crédits. 

Par ailleurs, les opérateurs économiques sont confrontés à la problématique d’accès aux financements. C’est d’ailleurs l’un des points qui a retenu l’attention des participants dans le forum national sur le secteur privé qui vient de se dérouler à Bujumbura. 

Claudette Ngendandumwe, entrepreneure, déplore des conditions difficiles pour accéder aux crédits et des procédures bancaires longues : « Il y a environ 4 mois, avoir un crédit pour acheter un véhicule de service m’a pris tout un mois dans une banque dans laquelle je traite depuis longtemps ». Les garanties ou hypothèques sont également difficiles à avoir. Et ce n’est pas le gouverneur de la BRB qui dit le contraire. Edward Normand Bigendako précise que les garanties sont dominées par l’immobilier.

Mme Ngendandumwe, quant à elle, note que le système bancaire burundais est faible. Selon elle, actuellement, les petits entrepreneurs se rabattent aux tontines. « Et même les agents des banques recourent aux tontines alors qu’ils devraient bénéficier des crédits facilement ». 

Olivier Suguru, président de la Chambre Fédérale du Commerce et de l’Industrie, se lamente que le cadre de refinancement des secteurs porteurs de croissance par la BRB (mis en place depuis 2019) a été suspendu. « Je n’ai pas compris pourquoi ce cadre a été suspendu de façon unilatérale. Différents projets sont à l’arrêt suite au désengagement de la Banque centrale, sans toutefois consulter les parties prenantes notamment les promoteurs et les banques ». Jusqu’en 2022, cette politique de refinancement a vu une injection de plus de 600 milliards de Fbu selon le gouverneur de la BRB.

Des charges additionnelles prévues par la loi budgétaire

Les temps seront encore plus durs pour les opérateurs économiques selon les propos du président de l’ABEF. Les charges additionnelles sur le crédit (inscription hypothécaire obligatoire au niveau du titre foncier par le client qui a contracté un prêt à la banque et la taxe de 8 % d’activités financières à la charge des institutions bancaires), nouvellement introduites dans la loi budgétaire 2023-2024 contribuent aussi à la cherté du crédit. Les banques commerciales n’auront pas la possibilité de financer les grands projets, étant donné que les bénéficiaires de ces crédits auront du mal à supporter la charge d’intérêts. Au final, l’activité économique sera touchée.

La hausse du taux directeur ne touchera pas uniquement les opérateurs économiques, la population en général sera affectée. Les données de la BRB montrent d’ailleurs que les crédits destinés à l’habitat viennent en deuxième position. En 2022, ils représentaient 429, 8 milliards de Fbu contre 928,4 milliards de Fbu pour le commerce.

Crédits octroyés par les banques commerciales en 2022 par secteur

SecteurCrédits octroyés en 2022 (en millions de Fbu)
Commerce928451,6
Habitat429892,9
Agriculture259906,4
Industrie258263,9
Autres constructions121573,6
Café103988,5
Hôtellerie et tourisme40241,5
Artisanat4446,1
Autres702563,2

Source : BRB

 

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Les commentaires récents (2)

  1. So tired of this amateur journalism! Do a little research before posting this! Nulle part est mentionné l’inflation galopante (plus de 20% depuis le début de l’année). Augmenter le taux directeur est l’une des mesures pour faire baisser l’inflation (rappel de la mission de la banque centrale: stabiliser les prix). Its like Econ 101. Quand les gens se plaignent que les autorités ne font rien contre la coût de la vie devenue insoutenable, guys, this is a good policy! Shame on you Yaga for not doing your work.

    1. Mbisa1 il semble que vous travaillez à la BRB selon ton commentaire. On dirait que vous n’avez pas lu le texte parce que justement ce que vous évoquez se trouve dans le paragraphe 2. « Il est adopté comme un instrument de politique monétaire selon la BRB. « La conjoncture économique actuelle pose des défis considérables à la stabilité des prix, tout en exigeant des politiques de soutien à l’économie ». La BRB est donc confrontée à la délicate mission de concilier deux objectifs contradictoires : stabiliser l’inflation (qui se table à 27,2 % pour le troisième trimestre 2023 contre 19,8 % le même trimestre en 2022), et stimuler l’activité économique.

      2. Si c’est même pour stabiliser l’inflation, la mesure n’aura pas des effets négatifs sur l’accès aux financements, (qui est déjà problématique selon les propos de ces banquiers)? L’article évoque en grande partie la problématique de l’accès au financement au Burundi.

      Vous contredisez le banquier Roger Guy, ADG de la BCB et actuel président de l’association des banques? : les « banques commerciales sont désormais obligées d’ajuster les taux d’intérêts, et par conséquent le coût du crédit sera aussi revu à la hausse ».