Rurambira n’était jusque-là qu’une colline parmi tant d’autres, perdue dans la brume des hauteurs de Mayuyu. Mais depuis la découverte d’un gisement minier, les regards se tournent vers elle, curieux, fiévreux parfois. Entre émerveillement et interrogations, ce voyageur vous emmène sur les chemins sinueux où se mêlent beauté, croyances et promesses d’avenir.
Si Livingstone a parcouru les continents à la recherche des merveilles du monde, moi, humble voyageur du Burundi, j’ai choisi d’explorer les secrets de Mayuyu, cette zone qui abrite fièrement le géant silencieux : le mont Heha, le plus haut sommet du pays.
Chacun a son Everest, dit-on. Et voici que Rurambira, jusque-là paisible colline, vient d’être consacrée par le hasard des profondeurs : un gisement minier y a été découvert. Comme une traînée de poudre, la nouvelle a embrasé les réseaux sociaux, attisant curiosité, espoir et convoitise. Vous en avez peut-être entendu parler.
Comme chaque dimanche soir, je prends la route de Mukike, chevauchant tantôt une moto au souffle nerveux, tantôt une voiture aux vibrations monotones. Vous savez de quoi je parle, si vous êtes Burundais. Je serpente sur ces routes où le vent vous gifle tendrement le visage tandis que les collines défilent comme des vers de poésie. Après près d’une heure, Ruhororo m’accueille avec les enseignes brillantes d’un restaurant et le panneau sobre de la Poste de Mukike. Le chemin est tracé, mon cœur est déjà ailleurs. Je file vers Mayuyu. Le soleil s’incline lentement, versant sur la vallée une lumière dorée, comme un dernier sourire du jour.
Au loin, la ville de Bujumbura scintille, probablement du côté de Gatumba, telle une constellation terrestre. Merci au courant électrique qui, ce soir-là, n’a pas déserté les foyers.
Curieux comme un enfant devant un mystère, je demande au motard : « Où se trouve exactement le nouveau site minier de Rurambira ? » D’un geste discret du doigt, il trace déjà un avenir imaginaire.
Le lendemain : entre vent et rumeurs
6h30. Le chant du vent me tire du lit. Cap sur Kavôvo, marché vibrant de vie et de rumeurs. Je me glisse parmi une foule de cultivatrices, houe sur l’épaule, semblables à des guerrières de la terre prêtes à conquérir leurs champs. J’entends des murmures sur Agatūnzi, ce mystère, cette croyance tenace selon laquelle « convertir la monnaie pour un autre » (kuvûnjira amahera umuntu) ferait disparaître votre argent comme un mirage sous le soleil…Je ne peux m’empêcher de sourire. On me dit baptisé, certes, mais ici la superstition mène encore la danse, portée par la crainte des esprits invisibles. En quelques minutes, j’atteins le chef-lieu de Mayuyu. Le vent souffle comme un ouragan impatient, décoiffant même l’orgueil des coiffeurs qui, pourtant, se déhanchent au rythme de Prisoner de Lucky Dube.
Un écrin de verdure et de pommes de terre
Autour de moi, les collines se parent d’un vert éclatant, comme si la pomme de terre avait peint le paysage de son pinceau fertile. Oui, Mayuyu est la reine burundaise de cette culture : ici, chaque tubercule raconte une histoire de labeur, d’espoir et de persévérance vers le développement. À quelques centaines de mètres de la paroisse Mayuyu, une pancarte indique le mont Heha. Mais l’ascension n’est pas au programme du jour.
Je poursuis ma route vers Cūmba. Près du hangar de l’Office du Thé du Burundi (OTB), le décor change. Les eucalyptus tombent les uns après les autres, laissant place à de vastes champs. On ne sait trop si les arbres sont replantés ensuite ou s’ils cèdent la place aux cultures. Les houes s’élèvent vers le ciel comme des étincelles de sueur et de volonté.
En empruntant la direction du marché de Gasasira, à la frontière de l’ancienne commune Mutambu, une réalité me frappe : la route menant au site minier de Rurambira est cabossée, épuisée, presque suppliante. De quoi se poser une question essentielle : Comment exploitera-t-on ce site minier si la route reste dans un tel état ?
Au détour du chemin, un habitant me confie, plein d’espérance : « Nous espérons que cette route sera réhabilitée. Cela facilitera le transport du minerai, et nous en bénéficierons tous. »
Une route au parfum d’avenir
Cette route abîmée est bien plus qu’un simple passage : c’est un pont potentiel entre Mayuyu et l’ancienne commune de Mutambu (désormais rattachée à Mugere).
Selon les habitants, passer par Mutambu pour rejoindre la capitale est non seulement plus économique, mais aussi plus rapide. La réhabilitation de cette route pourrait devenir l’artère battante du développement local.
Par ailleurs, Mayuyu dispose de deux marchés stratégiques. L’un, situé près du centre de la zone, attire les populations de Mugamba, Bururi, Mwaro et d’ailleurs. L’autre, celui de Gasasira, à Rurambira, se dresse comme un trait d’union entre Mayuyu et Gômvyi, à la lisière de l’ancienne commune Mutambu.
Une route et un destin
Avant même de songer à extraire la richesse des entrailles de Rurambira, le gouvernement devrait songer à ressusciter cette route qui, aujourd’hui, gémit sous les pas.
Elle n’est pas seulement un chemin : elle est la colonne vertébrale qui pourrait relier des communautés, dynamiser les échanges, transporter non seulement les minerais, mais aussi les rêves et les opportunités.
Car parfois, le véritable trésor ne se trouve pas dans le sol, mais dans la voie qui mène à son exploitation. Et ici, à Rurambira, la route constitue le premier filon.
