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Environnement : parole aux experts pour sauver Gatumba

Depuis des années, Gatumba fait parler de lui dans les médias et dans les débats, non pas pour ses lieux attractifs, mais à cause des inondations et de ses déplacés environnementaux. Aujourd’hui, des experts estiment qu’il est temps de prendre le taureau par les cornes et de sauver ‘’ Abanyagatumba’’. Analyse. 

Tout a commencé en 2016. Cette année-là, Gatumba, une zone de la commune Mutimbuzi, province Bujumbura, située à la frontière burundo-congolaise, à l’ouest du Burundi a subi des inondations, causant des dégâts énormes. Destructions des maisons, inondations des écoles, déplacement de la population, etc. Depuis lors, c’est devenu récurrent. Quelle serait la solution pour éviter aux habitants de Gatumba de devenir des éternels migrants environnementaux ? 

« Gatumba est une zone à risque, inondable, mais qui continue à s’élargir et dont l’occupation du sol connaît une croissance spatiale incontrôlée », analyse Jean Marie Sabushimike, géomorphologue et professeur d’Universités. 

Il déplore le manque de culture du risque chez les Burundais. Pour sauver Gatumba, cet expert en matière de prévention et de gestion des catastrophes indique qu’il faut oser, et avoir le courage de décider une fois pour toutes la délocalisation des habitants de cette zone. « La première responsabilité incombe à l’Etat. C’est à lui que revient le rôle de protéger sa population et leurs biens », souligne-t-il, ajoutant que la seconde part de responsabilité revient aux habitants eux-mêmes de Gatumba, qui sont par ailleurs, « les premières victimes des inondations et devraient être conscients du danger qui les guette en permanence », glisse-t-il. 

Une zone agricole par excellence 

Contacté, Tharcisse Ndayizeye, un autre environnementaliste abonde dans le même sens : « Tout simplement, Gatumba n’est pas habitable dans le contexte de changement climatique avec des évènements extrêmes dont les inondations », décortique-t-il. A ceux qui pensent que le changement climatique est un phénomène passager, la réponse est tranchante : «  Il est irréversible. Nous devons nous adapter, trouver des moyens d’atténuation et être résilients. » 

Pour appuyer son argumentaire, il rappelle que cela fait déjà plusieurs années que nous assistons aux inondations à Gatumba et que c’est devenu répétitif. « Qu’attendons-nous pour nous rendre compte qu’il est temps d’agir conséquemment ? », lance M. Ndayizeye.

Pour lui, Gatumba peut être réservée à d’autres activités plus rentables pour le pays, pour la région : « Cette partie du Burundi peut être une zone agricole par excellence. Elle peut nourrir Bujumbura, l’est de la RDC. Il suffit de la transformer en zone rizicole et réservée à d’autres cultures vivrières », suggère-t-il, mentionnant d’ailleurs qu’une fois instituée en zone agricole, « il y a mille moyens de produire toute l’année avec l’irrigation »

Un autre agronome soutient cette idée. « C’est une zone très fertile. Les sédiments, les alluvions apportés par les crues de la rivière Rusizi sont riches en éléments nutritifs dont les plantes ont besoin », confie-t-il. 

S’exprimant sous anonymat pour des raisons personnelles, il déplore d’ailleurs que Gatumba soit habité : « Le grand problème est que nos décideurs semblent ne pas faire des projections à long terme. Il devrait y avoir des superficies, des zones de la plaine de l’Imbo réservée à l’agriculture semi-industrielle ou industrielle. A voir la proximité de Gatumba avec le lac Tanganyika, la rivière Rusizi, il y a moyen de la transformer en zone agricole susceptible de nourrir tout le pays et fournir des quantités à exporter. »

Et dans ce cas, glisse-t-il, cette eau qui est devenue aujourd’hui un cauchemar pour les gens de Gatumba va devenir une opportunité pour le pays, une richesse comme c’est le cas pour les pays arides. Il donne d’ailleurs l’exemple de l’Egypte : « C’est grâce aux crues du fleuve Nil que les Egyptiens cultivent, se nourrissent et parviennent à avoir des denrées alimentaires à exporter. Et voilà, la Rusizi nous apporte du fumier, des alluvions en provenance du Rwanda, de la RDC, … et nous pleurons au lieu d’y tirer profit. »

Et d’insister : « Il faut déplacer tous les habitants de Gatumba et réserver cette zone aux activités agricoles et peut-être aussi y installer des usines agricoles. »

Des digues ? Une solution éphémère 

En ce qui est de la construction des digues pour protéger Gatumba, les experts estiment que ce n’est pas une solution durable. Ils évoquent d’abord que c’est un projet colossal et qui nécessite des études multidisciplinaires : « Gatumba n’est pas seulement menacé par les crues de la rivière Rusizi. Il y a aussi la montée des eaux du lac Tanganyika », souligne M. Sabushimike, qui évoque le phénomène de diffluence. Ce qui fait, selon lui, que le lac Tanganyika repousse l’eau en provenance de la Rusizi.

Bref, la canalisation de la rivière Rusizi ne viendrait que résoudre de façon partielle, et à court terme, la question des inondations de Gatumba. 

 

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Les commentaires récents (1)

  1. A mon avis, si la localité Gatumba n’est pas vable comme habitat, il n’est pas adroit de suggérer qu’il soit viable pour l’agriculture et les usines liées à l’agrobusiness. En plus, l’analyse devrait intégrer la donne culture et la biodiversité. Rien ne devrait freiner la volonté de bien canaliser la Rusizi, développer le tpurisme autour du Parc de la Rusizi et profiter des avantages de la position de Gatumba à la frontière avec la RDC. Pour la petite histoire, vers 1960, es USA avaient envisagé d’y installer une base militaire. Penser géopolitique, pourquoi pas? En plus, le tracage de la voie ferrée Tanzanie-BDI-RDC en passant par Gatumba ainsi que le projet de Zone économique spéciale devrakent faire réfléchir en termes d’opportunités que la délocalisation des habitants rendrait improductives. Il faut mettre les moyens là où l’intérêt de la population se trouve et éviter des politiques égocentristes, délétères.