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Un dimanche au royaume des anges, et de Mbayahaga

Tantôt pasteur, tantôt politicien, tantôt DG d’une société publique, Mbayaga est devenu une sorte d’influenceur très suivi. Souvent humoristiques, parfois terre-à-terre ou simplement prémonitoires, ses enseignements ne laissent plus personne indifférent. Mais qui est cet homme qui distille ces punchlines qui font fureur sur les réseaux sociaux chaque semaine ? Où trouve-t-il cette énergie inépuisable pour alimenter sa réflexion et animer ses différentes facettes ? Nous avons participé à son culte dominical. 

Je passais un week-end peinard comme je les aime, mais voici qu’un collègue attire mon attention sur le fait que Mbayahaga n’est plus un pasteur ordinaire ou apôtre seulement, ses enseignements font fureur sur les réseaux sociaux.   

Je mets ma plus belle chemise, je rase ma barbe de trois jours, j’allais glisser mon rosaire sur mon cou lorsque je me suis rappeler que les Protestants (nom commercial : born again) exècrent cet accessoire. Souliers bien cirés, cravate…, non, je déconne… je ne vais pas non plus me transformer en clown, mais quand même un gilet fera l’affaire, pour avoir l’air sérieux. 

Me voilà donc tout chic, tout beau, au quartier 10 de Ngagara, devant les portes entrebâillées de l’Eglise Vision de Jésus Christ. Seul bémol : mon haleine de fêtard risque de trahir la taupe que je suis. Les chants religieux très rythmés et très inspirés finissent par vaincre mes réticences. C’est les mains jointes que je me glisse dans la spacieuse bâtisse où les ouailles sont en liesse. C’est Bacchus qui doit bien rigoler en me voyant, lui qui est mon seul confident.  

La danse de Dieu

La clameur me prend d’abord au dépourvu. Je prends le temps de m’acclimater à l’ambiance survoltée du temple. Plus tard, celui qui me semble être le maître des cérémonies invite les femmes à monter sur podium afin de danser pour Dieu. En quelques minutes, c’est le délire. Les unes sautent, d’autres s’égosillent si fort que je plains leurs cordes vocales et mes tympans. A la fin de ce moment de grande euphorie, une femme entre carrément en transe. Prise par une sorte de convulsions, c’est avec de la peine qu’elle parvient à reprendre sa place derrière moi. Des mots saccadés continuent de sortir de sa bouche plusieurs minutes après la ‘’danse de Dieu’’

J’ai l’impression d’être une mouche dans un grand bol de lait. J’essaie de me fabriquer une frimousse d’un ‘’sauvé’’, mais j’ai du mal avec toutes ces bières que j’ai sifflées la veille. Je décide carrément de m’asseoir et d’attendre la suite des événements. Je commence à m’inquiéter, car je n’ai toujours pas vu celui qui m’a amené dans ce temple : Mbayahaga. Je scrute la foule attentivement, un regard circulaire et je le découvre au côté droit de l’autel. Le regard sûr, vêtu d’un ensemble rouge acajou. Il est là, il trône. Je n’attends que lui, je suis venu juste pour lui, pour comprendre d’où lui vient cette magie du verbe qu’on lui connaît. 

Mbayahaga est cash !

J’ai dû patienter plus d’une heure avant de le voir apparaître enfin. Et le sermon a commencé par, bien sûr, une lecture de la bible. Dès le début, il a précisé : « Peut-être que le message que je vais donner ne vous parle pas directement. Mais les concernés se reconnaîtront ». 

Calme, les mots soigneusement choisis, les versets bien pensés. Amos 5, verset 12 : « Car je sais le nombre de vos crimes et la gravité de vos péchés, oppresseurs du juste, exacteurs des présents,  violateurs du droit des pauvres en justice… ».Verset 21 : «  Je hais vos fêtes, je les ai en dégoût. Je n’ai aucun attrait pour vos cultes… ». Je comprends pourquoi il a tenu à préciser que les enseignements ne vont peut-être pas s’adresser aux simples ouailles. Il sort la grosse artillerie en parlant des ‘’Bakozi b’imana’’ qui forniquent dans les chambres de prière. Il cloue au pilori les pasteurs qui mentent, en disant que c’est dieu qui leur a inspiré la parole. « Ukaza wumva ngo imana yanyeretse ko umugore wawe ari umurozi, mais vous détruisez la famille ! ». 

Pas de fausses inspirations pour Mbayahaga, que du vrai, du cash. Vous l’aimez ou le détestez, mais il vous jette les tares de la société à la figure. Il n’épargne pas non plus ses collègues pasteurs ou bishops. Sa force, ne lui viendrait-elle pas justement du fait que ses prêches sont puisés dans la vie quotidienne de ses concitoyens ? N’est-ce pas dans le vécu des gens qu’il puise ses prédications et ses punchlines ? En tout cas, il a parlé du bien et du mal, a dénoncé ces serviteurs de Dieu qui osent prêcher alors qu’ils sont souillés par le péché. 

Pendant qu’il prêchait, des flash-backs sont venus tempérer cette admiration qui commençait à naître en moi : Mbayahaga en tenue du parti Uprona, Mbayahaga en costard 3 pièces de DG de l’Onatour. Qui est donc cet homme finalement ? 

In quoda, veninum

Le culte s’achemine vers la fin. Je bois ses paroles comme si ma vie en dépendait. En fait, je suis obligé de faire attention à ce qu’il dit et retenir certains de ses mots pour pouvoir écrire ce papier. Je ne perds aucune miette de ce qu’il dit. Pas un instant, il n’a parlé dans les langues ‘’Kuvuga mu ndimi’’, ce truc dont certains protestants ont le secret. Il est presque cartésien notre Mbayaga, en tout cas, on sent que ses prêches sont soigneusement préparés. Après le sermon, il prie pour nous, pauvres pécheurs et regagne sa place. 

Le maître des cérémonies reprend le micro et revient sur les moments forts du prêche de l’apôtre. A mon grand étonnement, je l’entends dire : « Tumugurire amata apôtre, muzane igiseke uwufise ashiremwo » ! Je manque d’éclater en fou rire. D’où, a-t-il su que le DG de l’Onatour avait besoin de boire du lait, là maintenant, tout de suite ? Même le ‘’Mukizwa’’ assis à ma droite est étonné.  Et de me poser une question bizarre à ce moment précis : « Tu connais la femme de Mbayahaga ?». Tout ça me dépasse. J’avais déjà donné en offrande, un petit billet tout froissé, rescapé de mes beuveries de la veille. L’autre billet, je comptais m’en servir pour soigner ma gueule de bois… umuriro uvurwa n’uwundi muriro, c’est connu. Je décide bonnement de ne pas donner du lait à Mbayahaga. 

Quelques minutes après les bénédictions d’usage, la petite foule se disperse. Je quitte le temple du dieu de Mbayahaga pour celui de Bacchus. Direction : Kwa Komine. Toute cette histoire m’a donné soif. 

 

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Les commentaires récents (8)

  1. C’est ça le truc des « BAKIZWA » chaque fois CHIMMAMANDA MOSES n’ose de renoncer à ces actes des églises qui ne sont que des actes commerciaux

  2. Murakoze kuriyo nkuru. Gusa birababaje kwumva amakuru nkayo, ariko nibaza ko atari yabibatumye. ukuntu ndamubona canke ndamwumva ivyo ntavyo yotumako. Abaporoti b’amadini amwe amwe haraho bakoresha ibishobisho ugasanga barakoze ikosha ritari ritegekanijwe. Ariko kandi kugirango ubone neza ukuri kw’ibintu, uzosubire usoboke bukebuke usubireyo usubire wirabire indore hanyuma usubire uduhe inkuru.!