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Vivre de la sueur de son art au Burundi : faut-il inventer un autre modèle ? 

La loi naturelle veut que les espèces qui savent s’adaptent soient celles qui durent. Cette loi pourrait bien s’appliquer au monde culturel burundais. Le mode de consommation inadapté aux normes de vente des produits artistiques en usage n’est pas à même de pourvoir des émoluments aux artistes. 

« Ici chez nous, difficile de trouver quelqu’un qui s’en est sorti grâce à la musique », se lamentait Pacifique Nzitonda dans Izere, il y a plus de 15 ans. À cette époque, la musique burundaise est une vraie fabrique de stars locales grâce à la prolifération des maisons de production. « Mais à vrai dire nous chantions pour notre plaisir et pour épater les petites du quartier », avoue en riant Ally, un ancien chanteur et danseur des premières heures des Black is black, le groupe des Soso K et compagnie.

Plus de deux décennies après, la situation n’a pas changé tant que ça. Il suffit de tendre l’oreille à B-Face dans son morceau Ibiri ku mutima. Le rappeur connu pour ne pas avoir son flow dans la poche tance l’industrie musicale burundaise où « un artiste voit sa chanson primée dans une radio et rentre bredouille ».

Cela ne se limite pas aux musiciens. Le monde du septième art est également touché. « Avec le manque de salles de cinéma au Burundi, comment voulez-vous que les cinéastes se démènent pour leurs droits ? Ils ne produisent pas des films que l’on peut exporter sur des plateformes de streaming », trouve un observateur de ce secteur.

Beaucoup de cinéastes essaient alors de s’adapter en mettant carrément leurs productions sur Youtube ou en vendant quelques CDs. Mais, cela n’est que faute de mieux. « Les CDs sont achetés par quelques amis et les vues sur Youtube ne rapportent que quelques miettes venues des annonceurs locaux  », explique une réalisatrice qui a requis l’anonymat. 

Une audience locale déphasée des réalités du marché à dompter

Le gros du marché actuel se trouve sur le numérique. Pour que les artistes burundais puissent tirer leur épingle du jeu, il faudrait qu’ils jouissent d’une grande audience sur les plateformes numériques. Pour ce faire, ils doivent avoir une assise significative localement et se vendre à l’international.

Ce n’est pas gagné d’avance. C’est du moins l’avis de Chançard Abimana, producteur et manager d’artistes : « Les Burundais ne sont pas vraiment sur la toile. La plupart utilisent les forfaits WhatsApp-Facebook et très peu utilisent les plateformes de streaming par exemple », explique-t-il

Pour sortir de cette spirale, M. Abimana trouve que « les artistes burundais doivent jouer la carte de qualité pour briser la barrière de la langue, chanter des morceaux qui peuvent enticher d’autres audiences ».

C’est dans ce même sens qu’abonde Shabani Ramadhan, directeur de Marahaba, organisation à l’origine d’un festival éponyme qui promeut les artistes burundais à l’international. « Il faut que nos artistes rehaussent le niveau pour séduire au delà de nos frontières. Et que leurs managers sachent se tisser des réseaux pour la promotion ».

Il ne faut pas non pus négliger l’audience locale. Shabani Ramadhan prône une sorte de protectionnisme artistique. « Comme ça se fait en Ouganda, soutient-il, il faudrait un certain quota de musiques locales imposé. Cela pourrait générer une autre forme de modèle économique adapté ».

L’espoir de vivre de son art au Burundi reste un mirage pour un grand nombre d’artistes, en grande partie à cause du modèle de consommation. Mais cela n’est pas une fatalité. Si d’autres ont réussi à le faire, c’est que les Burundais peuvent également le faire, en adoptant des mécanismes en adéquation avec leur marché. 

 

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