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Snober une langue d’apprentissage, c’est une très mauvaise idée

Friands de faits divers de tout acabit, les réseaux sociaux ont été le théâtre d’indignation et de moqueries, face aux nombreuses fautes d’orthographe de français contenues sur des documents qui ont récemment circulé sur la toile. Chacun y est allé de son commentaire. Et si le problème était plus profond qu’une coquille en orthographe ?

On a été servis ! « Diplôme des temps » probablement en lieu et place de diplôme d’Etat, « habitude physique » pour aptitude physique, et bien d’autres frasques du genre.

Authentiques, diffamatoires, ou œuvres de quelques plaisantins comme ils en pullulent sur la toile, une chose est certaine : le niveau du français est en chute libre. Et cela est plus qu’inquiétant, car c’est la langue d’apprentissage.

Au-delà d’un french bashing à deux sous qui veut que « le Français est inutile, qu’il faut se tourner vers l’Anglais qui serait la lingua franca du monde », nous devrions nous inquiéter du simple fait qu’il s’agit du canal à travers lequel sont transmises les connaissances.

Ceux qui assassinent la langue française, s’ils font que les restes de Molière se retournent dans sa tombe, ne broient-ils pas ceux de Shakespeare ?

La langue, ce n’est pas juste qu’une langue

Le niveau catastrophique d’une langue peut être un facteur déterminant dans la compréhension de la matière. C’est un truisme de le dire. Il ne faut vraiment pas être une lumière pour le sentir.

Face à des commentaires houleux dans un groupe WhatsApp, un enseignant s’est fendu d’un amer « cela n’est qu’une infime partie visible de l’iceberg. Dans la section des sciences humaines et sociales, le Français n’a qu’une séance par semaine. Tu dois leur enseigner Platon et Socrate, et l’enfant avance de classe avec 35% ».

Cela ne doit pas se limiter aux seules sciences sociales. Dans une tribune sur Yaga, parlant des défis de notre système éducatif, le sociologue Désiré Manirakiza déplore que « quand vous avez une classe d’élèves qui prennent 10 minutes pour saisir ce que vous dites, parce que le cours est dispensé dans une langue qu’ils essaient de s’approprier non sans difficulté, vous comprenez que l’actualité du programme ne résout pas le problème. »

Un sujet qui ne devrait pas être zappé lors des états généraux de l’éducation

Le Français est victime d’un biais aux dehors pseudo-utilitaristes du genre : « Que va-t-on faire avec le Français dans la vraie vie ? ». D’autres, cramés par le chômage se demandent bien à quoi leur servira le conditionnel de l’imparfait et les séances passées à tourner et retourner les neurones pour un « s » ou un accent. Mais cela ne reste qu’un biais cognitif, facile, caricatural et réducteur.

Le Français, dans sa dimension de canal de savoir est indispensable. Savoir manipuler ses abstractions est transversal par rapport à toutes les sciences. Un chimiste moyen en français aura du mal à étendre sa culture dans sa science s’il est entouré de traités écrits en français. Idem pour l’ingénieur, le physicien ou le médecin. Nous sommes condamnés à maîtriser ce canal, ou bonjour la médiocrité.

À l’ère du tout entrepreneuriat, la langue n’est pas non plus le parent pauvre de cette nouvelle donne. Un entrepreneur doit toujours trouver les mots pour convaincre. Elon Musk, un des grands entrepreneurs de l’époque contemporaine lui-même reconnaît que sa success story a ses racines dans son goût pour la lecture. Et pour lire, faudrait-il comprendre ce que disent les mots.

Ces lignes n’étaient pas pour défendre bec et ongles la langue française en l’essentialisant comme canal des savoirs par excellence. Toquez à l’enseigne Eric Zemmour pour ça. Cela étant, aussi longtemps qu’elle restera la langue d’apprentissage, et qu’elle continuera à manquer de considération dans le volume horaire, nous ferons fausse route. Les décideurs qui siégeront dans les prochains états généraux de l’éducation, si vous nous lisez…

 

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