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La serbiamania et ses racines diplomatiques

Le Burundi vient en troisième place en termes du nombre de migrants en Serbie. Partir vers ce pays est devenu une aventure que de plus en plus de jeunes burundais sont décidés à vivre à tout prix. Derrière cet engouement, des facilités issues de la position du Burundi dans le sempiternel conflit opposant les Serbes à des Albanais du Kosovo qui ne lâchent pas leurs velléités indépendantistes.

Le 3 avril 2018, le ministre des affaires étrangères du Burundi Aimé Nyamitwe était en visite à Belgrade, la capitale serbe. Il était porteur d’un message important : « Le Burundi vient de révoquer sa reconnaissance de l’indépendance du Kosovo. »

Cette visite était organisée en guise de confirmation de la décision officialisée quelques mois plus tôt, le 17 février de la même année. 17 février qui se trouve être la date anniversaire de la déclaration d’indépendance du Kosovo! La veille, aux côtés  son homologue serbe en visite à Bujumbura, Aimé Nyamitwe qualifiait de « nuages dans les relations burundo-serbes » la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo.

Dans une entrevue avec le président Serbe Aleksandar Vucic, le ministre burundais réitérera « le soutien du Burundi à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de la Serbie ».

Dans le jeu de la diplomatie internationale, l’annonce est synonyme de victoire de la Serbie. La reconnaissance de l’indépendance de l’Etat du Kosovo est la dernière chose dont veulent entendre parler les autorités de Belgrade.

Le Burundi revenait ainsi sur une décision qu’il avait prise moins de dix ans plus tôt. En reconnaissance, le président de cet État des Balkans promettra au Burundi « un soutien indéfectible dans les instances internationales » et invitera son homologue burundais à une visite officielle en Serbie.

Désormais, fruit de ce réchauffement diplomatique – et pas des moindres -, la Serbie est devenue le seul pays européen qui n’impose pas de visas aux ressortissants du Burundi. Un passe-droit providentiel pour les candidats à l’immigration.

 Un peu d’Histoire…

Avant son éclatement en 1992, la fédération de l’ex Yougoslavie comptait six républiques à savoir la Slovénie, la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. En 1974, deux provinces autonomes sont créées au sein de la Serbie. Ces dernières disposent d’un parlement et d’un gouvernement. Il s’agit de la Voïvodine et du Kosovo.

Le Kosovo, d’une superficie de 11.000 km2 est largement composé par une population d’origine albanaise. Celle-ci n’a rien à voir avec les Serbes qui, eux, sont d’ascendance slavisante. Les deux composantes se regardent en chiens de faïence, chacune revendiquant une certaine « pureté ethnique » originelle, donc légitime à occuper ses terres en maître.

En minorité démographique sur le plan fédéral, les Kosovars accusent le pouvoir central de les snober. Cela n’est pas du goût du chef de l’Etat, Slobodan Milosevic. En riposte, le parlement et le gouvernement kosovars sont suspendus. En 1998, l’armée serbe envahit le Kosovo et botte les Albanais vers des États comme la Macédoine et l’Albanie.

Face à cette situation, les Albanais du Kosovo rendent la pareille. A leurs côtés, l’OTAN entre dans la danse et intervient sans l’aval de l’ONU. Le rapport de force penche ensuite en faveur des troupes kosovares. Le 9 septembre 1999, les accords de cessez-le-feu sont signés et le Kosovo est placé sous protection internationale.

Les velléités indépendantistes ne quittent pas pour autant les kosovars. Le 17 février 2008, le Kosovo proclame unilatéralement son indépendance. La Serbie qui avait promis d’annuler cet acte répond fermement. Les ambassadeurs accrédités dans les pays qui ont reconnu cette indépendance sont rappelés.

La position actuelle du Burundi cadre avec l’offensive tous azimuts de la Serbie  qui vise à annihiler l’indépendance du Kosovo. D’où ce climat doux, ce ciel sans nuages qui, comme dirait peut-être le ministre Nyamitwe, favorise ceux qui sont tentés par le rêve serbe.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Ma questions demeure: qui part? Pourquoi le Burundi accepterait-il se se seigner? De se vider de sa jeunesse? Qui profite de la mort de ces burundais. Pourtant le pouvoir en place a signé d’autres conventions avec d’autres pays, notamment les Pays Arabes comme l’Arabie Saoudite pour “protéger les Burundais qui vont travailler dans les maisons et dans d’autres secteurs.
    Le Burundi fait enregistre ceux qui partes, ils signes des documents,… le Burundi perçoit perçoit une partie des salaires et en retours assure la sécurité de ces burundais.
    Pourquoi pas ceux qui vont en Serbie?
    Trop de questions.