article comment count is: 0

Réhabilitation de l’aéroport Melchior Ndadaye : lettre au ministre Shingiro

Samedi 26 février 2022, un accord sur la réhabilitation, la modernisation et l’expansion de l’aéroport international Melchior Ndadaye a été signé entre la Chine et le Burundi. Même si à cheval donné, on ne regarde pas la bride, un blogueur exhorte le ministre Albert Shingiro d’être très vigilant avec les clauses de cet accord, au risque d’être une tunique de Nessus.

Sieur le ministre, au cours du point de presse tenu en marge de la cérémonie y relative, vous avez bien précisé que cet accord concerne la rénovation des pistes et autres stationnements, la réhabilitation de la tour de contrôle et les bâtiments administratifs, ainsi que la fourniture des équipements de contrôle aérien, de communication et de météorologie. Une bonne chose, vu la vétusté de notre cher et unique aéroport.

Cet unique aéroport est un élément stratégique de notre pays. L’objectif de cette petite missive est de vous faire un clin d’œil à partir de quelques exemples. Analysez bien les clauses de cet accord au risque de l’hypothéquer un jour sans le savoir. Souvenez-vous que des pièges pareils dans des contrats et accords ont fait ruiner l’économie nationale. Je sais que la majorité des contrats chinois contiennent des clauses de non-divulgation alors soyez notre œil.

Comprenez mes peurs et doutes

Monsieur le ministre, partons de quelques exemples. En Ouganda, le pays devra verser toutes les recettes de l’aéroport d’Entebbe sur un compte détenu conjointement avec la Chine. A l’origine, des « failles » dans le contrat signé avec la Chine en 2015 pour les travaux de modernisation de l’aéroport d’Entebbe. Des failles que le ministre des Finances Ougandais a reconnues devant le parlement, et qui avait suscitées des polémiques comme quoi la Chine s’apprêtait à saisir l’aéroport d’Entebbe pour non-remboursement de dette.

Les largesses de la Chine ont également permis au Sri Lanka de se doter de nombreuses infrastructures. Fin 2017, après avoir emprunté 1,4 milliards USD auprès de Pékin pour aménager un port d’Hambantota en eau profonde, il s’est vu contraint, en raison de son incapacité à rembourser, de céder le contrôle complet de l’infrastructure à la Chine, et pour 99 ans. Un piège que je ne souhaiterais en aucun cas au Burundi.

En outre, au Kenya, en juin 2020, la Cour d’appel de Nairobi a rendu un jugement contre l’accord conclu entre le gouvernement du Kenya et la Chine, qualifiant le contrat d’illégal, avant que les parlementaires ne demandent la renégociation du contrat de la construction du chemin de fer à voie standard. Encore une faille à éviter pour éviter les suspicions qui ont suivi et qui faisaient craindre une saisie du port de Mombasa par la Chine.

Prudence

Même si la Chine a toujours clamé haut et fort qu’il ne piège pas l’Afrique dans la dette et les dons, ces trois exemples me poussent à vous faire ce clin d’œil. Selon professeur Pascal Niyonizigiye, les Chinois ne font jamais un travail de « bon samaritain ». Aucun Etat ne le fait par ailleurs. Vous le savez plus que moi. Ils escomptent en retour beaucoup de choses. Et le Burundi en regorge.

Monsieur le ministre, face à une Chine, prête à remuer ciel et terre pour ses très politico-économiques routes de la soie et, en guerre commerciale contre l’occident, comprenez mes doutes, et analysez bien les clauses de cet accord, en tant que vrai patriote que vous êtes, pour éviter des « si j’avais su ».

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion