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La production des chansons : au-delà des views et des likes

« Quel clip vidéo naze! » « Quelle queen video nulle! », marmonne-t-on souvent quand on regarde un clip sur YouTube. Est-ce qu’un jour vous vous êtes déjà demandé combien coûte la production d’une chanson ? Mais encore, ceux qui utilisent indument les chansons des artistes savent-ils combien ils suent pour produire ces œuvres ? Eh bien, on y revient dans ce texte. 

Tout d’abord, il faut savoir qu’une chanson n’est pas l’œuvre d’une seule personne. Derrière chaque son, chaque gamme et chaque mélodie, il y a toute une équipe qui travaille dans l’ombre. C’est notamment les producteurs, compositeurs, arrangeurs, ingénieurs du son, musiciens, etc. 

Vouloir sortir une chanson c’est comme vouloir s’acheter une voiture. Une Ractis n’a pas le même prix qu’une Allion. Le budget peut varier selon plusieurs paramètres : temps d’exécution du clip, difficulté du projet, figurants, lieux de tournage, etc.

L’enregistrement, l’entrée

C’est à prendre avec des pincettes. Globalement une session d’enregistrement en studio coûte environ 100 000Fbu. Etant donné que le studio est numérique, c’est dire que tout se fait à la machine. Mais le tarif monte si le son est enregistré en live. Dans ce cas, il faut des instruments de musique, notamment la batterie, la guitare, le piano, etc. Les enchères peuvent monter jusque dans les 300 mille et plus. 

Dans les deux cas, il faut une salle isolée, insonorisée et équipée de matériels professionnels maniés par des experts en la matière. Normalement, tout est mis en œuvre pour sortir un enregistrement de meilleure qualité possible.

Bien sûr, la touche du producteur influence également le prix. Vous vous doutez sûrement que One way ne facture pas de la même façon que le producteur qui travaille chez lui, dans un petit studio de Nyakabiga (c’est sans rancune).  Quoi qu’il en soit, l’expérience et la notoriété du producteur dans le game influence fortement la facture.

Le clip-vidéo, le plat de résistance

Ici, il faut peut-être prendre vos calculettes parce que c’est tout un budget. Plus il y a de personnes impliquées (maquilleurs, figurants), plus la note va être salée. Plus les lieux de tournage sont éloignés, plus il va falloir sortir des billets pour la restauration, l’hébergement et j’en passe !

Pour un clip classique, commençons avec celle qui fait qu’on regarde le clip, la « queen video ». Elle peut coûter entre 100 et 250 000Fbu. Cet écart s’explique par l’expérience, la notoriété et la beauté (cette fois, je m’abstiens de toute comparaison). Ensuite, viennent les danseurs, souvent en groupe. Qu’ils aient deux pieds gauches ou pas, ils sont payés entre 100 et 150 000Fbu chacun. 

Un autre facteur indissociable des tournages des clips, c’est le décor. Plus il y a changement de décor, plus le budget devient colossal. Si on compte le staff, plus le carburant, les costumes, les imprévus, un artiste peut dépenser facilement entre 1 et 3 millions de Fbu, voire plus selon les moyens de l’artiste.

Une thune partie en fumée ?

Les chanteurs récupèrent-ils leurs investissements ? Très souvent non, mais comme le dit un chanteur local : « Ni ku bw’urukundo nkunda game shaa, tuya recupera sangapi ? Uba uriko urubaka izina tuu (on le fait par passion, pour se construire une réputation. Ndrl) » 

Heureusement avec les plateformes de streaming comme Spotify, ils peuvent se faire quelques sous. Mais ces applications sont majoritairement utilisées par une petite communauté, souvent la diaspora (entre nous, qui utilise Spotify, hein ? A peine on utilise YouTube, sacrés Burundais!).

Pour une œuvre aussi chèrement acquise, il faudrait que ces artistes aient un retour sur leur investissement. Si les droits d’auteurs étaient appliqués, l’artiste pourrait jouir pleinement de ses œuvres et vivre de son travail. Ceux qui utilisent illégalement les œuvres des artistes devraient savoir qu’ils contribuent à la précarisation des artistes qui travaillent à perte. Certes, il y a une loi qui les protègent et un bureau (OBDA) qui est chargé de la mise en application de ces droits. Mais, aussi longtemps que les artistes ne se lèveront pas comme un seul homme pour réclamer haut et fort leurs droits, ces textes ne seront que des mots qui décorent un bouquin. Ces œuvres méritent plus que des critiques et valent plus que quelques views et likes.

 

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