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Prêt-bourse égale indépendance financière ? Mon œil

Depuis 2018, le Gouvernement burundais accorde un prêt-bourse de 60.000fbu par mois à chaque étudiant de l’université du Burundi. Face au retard souvent observé dans la perception de cette somme, les étudiants vivent dans le désarroi. Surtout les nouveaux. Parcours de désillusion.

J’ai terminé l’école secondaire en 2018. J’ai réussi avec distinction l’examen d’Etat. J’ai passé toute une année à la maison à attendre la rentrée de l’année académique 2020-2021. Je suis de la campagne, fils de paysan. Je pensais qu’étudier à l’université, c’est du gâteau. J’espérais que ma vie de poilissime (étudiant de l’université du Burundi) allait être facile, grâce au prêt-bourse octroyé à chaque étudiant.  

Le 20/1/2020, je posai mon pied pour la première fois au campus Mutanga de l’université du Burundi. A partir de ce moment, j’ai commencé à compter les jours. Je m’attendais à ce qu’au 20 février de la même année, je toucherais enfin mon premier prêt- bourse. 

La désillusion était de taille

Les premiers jours de l’université, tous les nouveaux étudiants, les « puants » (Dans le jargon de l’Université du Burundi) subissent l’intégration à la vie universitaire par les honorables poillissimes. Je n’y ai pas échappé non plus. L’intégration consiste, tel un rituel d’initiation, en une série de pratiques que les anciens font subir aux nouveaux, afin de les accoutumer au style de vie qu’offre le milieu estudiantin. 

C’est un parcours qui m’a fait beaucoup gagner, entre autres de nouveaux amis. Avec ma nouvelle bande, nous nous rejoignions toujours après les séances des cours en classe et d’intégration. Nous faisions le tour des bars de la capitale à siroter chacun la bière de son gout. Petit à petit, l’argent de poche que j’avais ramené de la maison s’est épuisé. Un mois, deux, le prêt-bourse n’étant toujours pas là, ma vie universitaire changea subitement son cours : des fréquentations des auditoires de 8heures à 18heures avec une pause de 12 à 14 heures. Plus de temps pour faire la fête. D’ailleurs, plus d’argent non plus.

Avec un retard de trois mois, l’université nous a fait signer enfin le contrat pour percevoir le prêt-bourse. Nous devrions encore attendre le mois de mai pour toucher nos premiers billets jaunes. Pendant tout ce temps, j’étais à sec, mes poches vides, au sens littéral du mot. Moi qui m’étais inscrit à l’Université espérant mener une vie d’indépendance financière, satisfaire les besoins essentiels était un casse-tête : manger, payer le loyer mensuel…c’est à peine si j’y arrivais. Quant aux déplacements, « kuharya irege » (se déplacer à pied Ndlr) restait la seule issue. Puis, je me suis résolu à appeler au secours mes parents. Leur réponse : « Tuzobiraba » (nous verrons quoi faire, ndlr). En attendant, l’étau se resserrait sur moi. 

Puis l’ange Gabriel me parla…

Comme l’adage Kirundi qui dit: « Umugabo arinda akaje » (un homme doit tenir devant toute situation Ndlr), j’ai commencé à nourrir mon esprit de quelques idées pour m’en sortir. Un petit matin, l’instinct de survie se déclencha. Tel un ange qui me parlait, une petite idée de voie de sortie me traversa l’esprit : « Jeune homme, approche  ces big boss du quartier, propose leur de donner des cours du soir à leurs enfants et ils te paieront ». Je me suis vite mis à la pêche et, Dieu merci, j’ai gagné la confiance d’un de ces messieurs.

J’ai ainsi compris qu’habiter en ville étant étudiant, comptant uniquement sur le prêt-bourse, c’est le pire calvaire. Cinq mois plus tard, j’ai perçu finalement le prêt-bourse. Je serais peut-être déjà mort de fin, qui sait ? N’eut-été la petite idée de génie. La désillusion était de taille. 

Chers nouveaux étudiants à l’UB, vous êtes avertis. 

 

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