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A quoi ressemble la vie des Burundais en Serbie ?

Les Burundais qui s’envolent vers cette république des Balkans connaissent des fortunes différentes. Pour certains, le séjour ne dure pas longtemps, d’autres envisagent d’y rester pour un peu plus de temps, si tout va bien. Il y en d’autres pour qui la Serbie n’est qu’une étape, la destination finale étant le vieux continent. Des calculs qui sont souvent conditionnés par le portefeuille de chacun. Coup de projecteur sur ce qu’ils y endurent au pays de Slobodan Milosevic. 

Une fois en Serbie, il faut croiser les doigts ou plutôt tenir le sein gauche, comme disent les Burundais, pour que les choses aillent bien. « Il est vrai nous voyageons sans visa pour la Serbie mais ils sont très regardants. C’est là où s’opère le gros des refoulements. Il y a un groupe de Burundais qui y a été retenu pendant cinq jours dans un conteneur. Ils avaient refusé de signer les documents qui justifiaient leur refoulement. C’était en hiver. Ils ont passé ces jours en ne se nourrissant qu’avec du pain et des saucisses. Heureusement pour eux, la police serbe a lâché du lest », raconte Fiston*, jeune Burundais vivant à Belgrade. 

La sortie de l’aéroport est synonyme de délivrance. Un grand pan du travail est déjà abattu. Les membres de différents réseaux et autres amis qui téléguident le voyage à travers des groupes Whatsapp s’activent pour l’accueil, mais aussi et surtout, ils arrangent la suite du voyage ou aident les nouveaux arrivants en ce qui concernent l’intégration en Serbie. Tout dépend du plan de départ.

« I want asylum in Serbia »

Mais pour certains, c’est à l’aéroport même que tout se joue. En cas d’une éventuelle irrégularité constatée, pas question de retourner au Burundi. « Dans ce genre de situation, je connais plusieurs personnes qui ont cherché des bouts de cartons sur lesquels ils écrivent en caractères bien lisibles : « I want asylum in Serbia » [Je demande l’asile à la Serbie], explique Roméo*, Burundais se trouvant actuellement en Slovénie mais qui est passé par la Serbie. Ceux-là, continue-t-il, c’est vers le camp des réfugiés de Presevo, à l’intérieur du pays, qu’ils sont envoyés par les services de l’immigration serbes ».

Ceux qui sont en règle passent sans accrocs. Roméo continue : « Ils vont s’installer dans les hôtels pour les quelques jours qu’ils ont réservés et après, ils vont se faire inscrire auprès du HCR en tant que réfugiés pour jouir de tous les droits que ce statut confère. C’est là qu’ils sont alors redirigés dans un camp du HCR ».

 2500 Euros pour passer en Autriche, 1500 pour l’Italie

Choisir de rester à Belgrade ou d’aller dans les camps se trouvant dans les provinces comme celui de Presevo peut découler d’un calcul réfléchi en amont. « Ceux qui restent à Belgrade ont plus de chances de s’intégrer dans la société. Il existe aussi une chance d’avoir une dérogation permettant de chercher un boulot en attendant les neuf mois requis pour avoir le permis de travail, bien que les patrons profitent de notre situation en minorant nos salaires »,regrette Amine, un demandeur d’asile. « Cet argent va aider à assurer la suite du périple », reprend-t-il.

La vie est en revanche différente dans les camps de Presevo et Bukovac, des localités situées en province où sont également redirigés les demandeurs d’asile Burundais. « Ici, nous sommes très contrôlés, des appels incessants. Il y a aussi des cours de langues de deux heures que nous suivons. A part ça, c’est à nous de trouver de quoi tuer le temps », révèle Abou*, Burundais vivant à Presevo.

Les camps de l’intérieur du pays, comme on dit au Burundi, sont également ceux où les « games » tournent à plein régime pour ceux qui sont partis avec l’argent nécessaire. « On fait recours à des passeurs pour traverser la frontière serbe. Les tarifs varient. Par exemple, regagner l’Autriche en passant par la Hongrie, c’est 2500 Euros, l’Italie c’est 1500 », révèle Inès, une autre Burundaise de Presevo.

 « Quand nous dormons, nous rêvons de l’autre côté de la frontière »  

Le chemin emprunté est risqué. Il faut suivre des sentiers connus des seuls passeurs avant de franchir la frontière « Si vous êtes arrêtés par la police, les agents vous ramènent au camp. Toute tentative de résistance est violemment réprimée », fait encore savoir Inès qui précise néanmoins que « les Burundais n’opposent pas de résistance, contrairement aux autres migrants des pays arabes qui ne se laissent pas faire aussi facilement ».

Les nouveaux arrivants sont bien informés sur tous les détails avant de s’engager. La force du rêve est plus forte que la peur que pourraient inspirer les sacrifices à consentir. L’asile n’est pas facilement accordé. Et pour certains, ce n’est même pas grave. La phrase d’Inès résume bien l’état d’esprit de ces migrants : « Quand nous dormons, nous rêvons de l’autre côté de la frontière ».

*Par souci d’anonymat, les noms ont été changés

 

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