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« Papa, maman, suis-je hutu ou tutsi ? », voici comment répondre

Nourri par les récits entendus dans des cadres de socialisation comme l’école ou les réseaux amicaux, l’enfant peut être amené à demander à ses parents son identité ethnique. Au vu de l’influence que ces derniers exercent sur l’enfant, il faut y répondre de manière à ne pas façonner un extrémiste en puissance. Le point avec Alexis Ndayizigiye, psychothérapeute.

Comment transmettre son identité à ses enfants par rapport au conflit ethnique ?

Il faut d’abord partir du contexte de l’ethnisme au Burundi, raconter à l’enfant le passé de notre pays et comment les Burundais cohabitaient en harmonie. Par exemple, partir de la racine de l’ethnisme en expliquant que les Burundais entretenaient de bonnes relations dans le passé avant l’avènement des colonisateurs qui sont venus diviser notre peuple. Il faut montrer à l’enfant que ce sont les colonisateurs qui ont renforcé le caractère ethnique dans nos relations pour trouver leur place sinon les bonnes relations entre ethnies ont existé et existent jusqu’aujourd’hui malgré la présence des personnes mal intentionnées au sein de toutes les ethnies. Insister sur le fait qu’il n’y a pas en réalité des différences entre nous, que l’ethnisme est en réalité un outil de division pour d’autres intérêts. Il faut dire à son enfant qu’appartenir à une ethnie est tout à fait normal, l’important étant de vivre en harmonie avec les autres. Sinon commencer à indexer l’autre ethnie, cela revient à transmettre le traumatisme.

Et pour les couples « mixtes » 

La transmission de l’identité est plus difficile pour les couples mixtes car nombre d’enfants ont un côté penchant pour telle ou telle autre ethnie ou à défaut d’identité de base, l’enfant revendique sa place en toute indépendance. Mais si les parents sont clairvoyants, le fait d’être un couple mixte peut s’avérer un avantage pour l’avenir de leurs enfants s’ils mettent l’accent d’abord sur leur union malgré la différence d’ethnie, ensuite sur leur amour. Il faut montrer à l’enfant que l’utilisation de la corde ethnique est à bannir et que les personnes de mauvaise ou bonne foi existent dans toutes les ethnies. L’enfant doit être informé que vous êtes au-dessus de la mêlée et que seule l’identité burundaise a prévalu dans votre union conjugale.

Peut-on parler à son enfant des réalités conflictuelles ethniques liées au passé ?

Oui, c’est normal de parler des réalités conflictuelles ethniques liées au passé à son enfant parce que même si vous ne le faites pas, il l’apprendra un jour soit par l’environnement ou par d’autres moyens. Et comme à chaque fois qu’il se sent inquiet ou lorsqu’il entend quelque chose, l’enfant demande à sa figure de protection, d’identification. Le rôle du parent est d’expliciter tout en se gardant d’accuser telle ou telle autre ethnie. Il faut juste montrer ce qui s’est passé dans notre pays comme une histoire sans partie pris. Expliquer à l’enfant qu’il y a des personnes mal intentionnées dans toutes les ethnies, susceptibles de commettre des délits ou des crimes.

A partir de quel âge, faut-il le faire ?

Tout dépend du niveau de compréhension de l’enfant et du message à transmettre. Face à une question aussi importante, le parent doit s’informer du niveau de compréhension de son enfant et du message qu’il veut délivrer. Si l’enfant est déjà informé par rapport à notre histoire ou aux conflits interethniques, il faut cadrer ces informations, faire preuve d’une certaine neutralité, sinon l’enfant va hériter du traumatisme de ses parents, ce qui peut le pousser à la méfiance et l’entraîner dans la psychose de la peur.

 

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Les commentaires récents (7)

  1. l faut plutôt des mariages mixtes. Chers Bahutu/Batutsi, voire Batwa, ne soyez pas complexé(e)s de vous marier à ceux/celles qui sont e l’autre catégorie. Ainsi, les générations futures ne vont plus s’identifier comme Hutu ou Tutsi, plutôt comme des Barundi.

  2. Article utile ,malheureusement la plus part de nos parents ne connaissent vraiment l’histoire ou peut être ils penchent chacun sur côté en essayant de culpabiliser l’autre

  3. L’article est très utiles pour ceux qui ont un esprit humain!Cependant jusqu’aujourd’hui il y a des personnes qui,au lieu d’expliquer à leur descendants ce qui s’est passé,ils les déroutent en leur montrant les défauts de telle ou telle autre ethnie!C’est domage,des quartiers destinés à une ethnie donnée…,comment enseigner la cohabitation à un enfant né dans de tels quartiers…?

  4. Merci de votre contribution. Mais cher psychothérapeute, je trouve que vous argumente comme tout politicien au pouvoir. Lors des régimes dits « tutsis « , ces derniers expliquaient les choses de la sorte. Maintenant que c’est le régime dit » hutu », les explications sont les mêmes que le Burundi s’est déchiré à cause du colonisateur: avant la colonisation, les burundais cohabitaient pacifiquement et les ethnies n’étaient que les classes sociales. Je trouve ces explications comme fuite de responsabilité de l’histoire qui perdure jusqu’à présent. Et si l’enfant te pose la question sur les messages de haine ethnique qui sont véhiculés aujourd’hui, comment expliquer à ton enfant après plus de 60 ans du départ du colonisateur que la société burundaise pointe toujours le doigt au colon comme la cause?

  5. Il faut expliquer à l’enfant que:
    il n’ya pas de différence entre les deux parties c’est coe on pouvait appeller les hutus »Tutsis »et vice versa

    Que même pendant ces moments de conflits,certaines personnes de bonne foi(qui comprennent l’indifférence)se protegeaient mutuellement.

  6. Disons que les colons sont à la base de la mauvaise cohabitation entre les burundais sinon les ethnies existaient bel et bien même avant la colonisation. Quant au fondement de ces divisions ethniques, c’est une questions très complexe que beaucoup de gens interprètent différemment.