article comment count is: 0

Un coup d’État au Burundi ? Neva !

« Des puissants » penseraient à renverser le président de la République par un coup d’État selon les dires de l’intéressé lui-même. Supposons que cela soit vrai : y a-t-il encore quelqu’un qui, en 2022, se sent prêt à faire tomber des institutions de la République par la force des armes ? 

« Qui peut menacer de coup d’Etat un Général? Qui est-il ? Qu’il vienne m’affronter. Au nom de Dieu, je le vaincrai ! ». Tels sont les mots que le président a prononcés dans son discours lors de l’ouverture de l’année judiciaire 2022-2023 en province Gitega. Un discours très commenté. Il faut le dire, dans un pays comme le Burundi, la seule invocation du mot « coup d’État » donne des frissons, rappelle de mauvais souvenirs et met en état d’alerte surtout s’il sort de la bouche du président de la République.

Le pays aux onze coups d’État 

Le Burundi fêtait ses soixante ans d’indépendance, il y a de cela deux mois. Durant ses soixante années, le pays aura vécu une dizaine de coups d’État. Celui de 1993 a marqué les mémoires : des massacres s’en sont suivi, des voisins ont égorgé leurs voisins, des élèves se sont rués sur leurs condisciples et les ont jetés dans les latrines, des morts ont jonché les rues et les rivières, des barrières ont été érigés, des sites de déplacés sont sortis des sols aux quatre coins du pays et des centaines de milliers de personnes ont fui le pays. 

Il y a sept ans, le 13 mai 2015, le Burundi faisait encore face à une tentative de coup d’État. On a encore en mémoire ces moments d’incompréhension où le flou et la désinformation régnaient. « Est-ce que les putschistes ont déjà pris la RTNB ? Qui est ce Godefroid ? Où est Nkurunziza en ce moment ? ». Invoquer 2015, aujourd’hui au Burundi, donne la chair de poule à certains : combien de familles ont pris la route de l’exil ? Combien de personnes ne sont pas encore rentrées ou ne rentreront jamais ? Que dire de ces médias qui ont été forcés de fermer, ou de ces nombreux journalistes exilés qui ne verront pas sitôt les plages au sable blanc du Tanganyika, et ne goûteront probablement plus le Mukeke avec uburobe ou un plat d’Isombe.

Cet individu que le président de la République accuse de se croire « intouchable », s’il nourrit réellement l’idée d’un coup d’État, rien ne devrait nous surprendre : le Burundi pendant soixante ans a regorgé de telles personnes. Mais, hélas, ces temps-ci, nous ne devrions pas nous perdre dans les complots politiques. Nous sommes au bord du gouffre économiquement parlant.

Le Cœur d’Afrique est déjà malade 

Le Burundi fait face à une crise économique importante. Il a du mal à importer les produits de base. Une profonde pénurie de devises sévit depuis de nombreuses années. Les investisseurs étrangers pensent à peine à ce pays (pourtant au potentiel immense). Le secteur du tourisme, n’en parlons même pas. La population vit dans une misère extrême : selon l’Isteebu, plus de 67% de celle-ci utilise encore la lampe à pile (la torche).  En 2022 ? Oui.

Le président burundais a déjà du pain sur la planche. Si le Burundi venait à subir une crise politique majeure durant cette période à l’instar d’un coup d’État, il tomberait si bas que même le nouveau Raïs qui se serait installé par la force, aurait du mal à gouverner. La population ne survivra pas non plus. Si réellement le nouveau Prince devait s’installer par la force, à la tête de la Cité, qu’il sache que le peuple souffre déjà et que ce n’est pas la venue d’un nouveau tyran dont il a besoin. Le peuple a besoin de la paix et du pain.

Nous ne pouvons pas affirmer à cent pour cent que le « Maconco » que le président a invoqué dans son discours existe, en fin de compte la politique reste un art que seuls les plus brillants maîtrisent. Le petit peuple a du mal à suivre les intrigues qui se déroulent à la cour. Mais ce même peuple, s’il a vécu dans la tourmente, la peur et l’instabilité pendant longtemps, il lui sera difficile de calmer son âme s’il sait que peut-être bientôt une crise politique est en vue. Le Burundais est fatigué, il a d’autres soucis (se nourrir quotidiennement, cultiver son champ avec l’engrais chimique,…). Les hommes politiques devraient se concentrer à améliorer les vies des millions de Burundais plutôt que de jouer à Game of Thrones. 

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion