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« The girl next door »: chronique d’un amour impossible

L’amour, malgré la pudeur des Burundais, donne des ailes, qu’il soit durable ou éphémère. C’est l’histoire qui a connu monts et merveilles pour finir en une buée d’émotions entre deux adultes qui étaient pourtant de vrais tourtereaux. La saga naît sur une avenue poussiéreuse d’un quartier du nord de Bujumbura pour prendre fin à la même avenue deux ans plus tard.  La faute au fameux #BujaWeShare ?

Avril 2019. La fête de Pâques s’annonce chez les chrétiens. Jeff vient d’emménager dans un quartier du nord de Bujumbura. Il se crée des amitiés. Il est en CDD* dans le domaine du développement communautaire. A 27 ans, son avenir lui semble radieux. A cet âge, les soucis de la vie n’ont pas encore atteint leur paroxysme, la personnalité se forge encore, « on mange la vie »

Nous nous sommes connus avec Jeff au coin de la rue du quartier, nous sommes tous des locataires, les nouveaux du quartier. Un soir, alors que nous délibérons pour prendre un dernier verre, Jeff se met à parler aux jeunes filles qui viennent à la boutique pour faire des achats. Léa, une des interlocutrices, accroche immédiatement le regard de Jeff. Il s’emballe. Il ne peut pas s’empêcher de me dire qu’il vient de ressentir quelque chose. Je lui dis que l’alcool n’est pas de l’eau. Nous rigolons jusque tard dans la nuit.

La main dans la main

Jeff ne s’est pas contenté du simple regard de Léa. Il a mené sa petite enquête pour dénicher ses coordonnées. Lui qui est un beau parleur, a vite obtenu les contacts de la fille. Quelques jours plus tard, ils entament une relation amoureuse. Ils fêtent Pâques ensemble. Ils sont heureux. Et voilà que je me mets à envier une relation comme celle de Jeff et Léa. Chaque jour, quand ils passent auprès de notre clique, ils sont main dans la main et ils nous souhaitent de vivre un amour comme le leur, chose qui n’est pas dans les priorités de notre bande de buveurs. Les jours passent, le couple Jeff-Léa est connu de tout le quartier. Même les seniors et les parents du voisinage sont convaincus que ces jeunes gens leur concoctent un beau mariage. Jeff est aux anges, Léa est sa princesse.

Les fiançailles oui, mais le mariage non

La nage dans le bonheur continue pour Jeff et Léa. Mais, comme Jeff est parmi les personnes les moins directes, il passe par des blagues lorsqu’il veut demander à Léa quand ils vont fonder un foyer. « Chérie, penses-tu que, toi et moi, un jour, vivrons sous un même toit ? », lâche-t-il de temps en temps. Léa, elle, ne passe pas par ces détours, elle pense que « ce n’est pas le moment de penser à ça. Il faut vivre la jeunesse d’abord avant de s’engager dans des histoires d’adultes. Le mariage peut attendre, que vivent les fiançailles ». Jeff  opine. Léa a 21 ans.

Le début de la fin

Les jours passent, les mois aussi. Jeff se donne à fonds dans la préparation de l’anniversaire de Léa. Nous sommes déjà en 2021. Rien ne semble arrêter les cœurs qui battent à l’unisson. Mais, la situation ne tarde pas à prendre une tournure inattendue. Léa commence à tisser des relations qui font douter Jeff. Elle se crée de « nouveaux amis » et ils ont des profils étranges. Ce sont des chefs de familles, des beaux gosses, des « gentils » mais pas gentil comme Jeff. Pendant ce temps, je suggère à Jeff d’avaler son ego et de continuer le chemin vers le mariage. Jeff accepte. Un jour, notre bande de copains prépare une randonnée vers les hauteurs de Bujumbura. Nous sommes tous joyeux. L’année touche à sa fin. Tout bonnement, Jeff se fait interpeller par l’un des nôtres. Léa est avec ses nouveaux amis, ils s’enlacent. Jeff est déboussolé. Mais, comme l’alcool n’est pas de l’eau, la pilule passe. 

Pas d’amour qui vaille devant les « com-from »  et leurs billets verts

Janvier 2022. Jeff décide de parler à Léa sur la même avenue où ils se sont rencontrés le premier jour. Il est désarçonné par les paroles de sa chérie : « Cher Jeff, nous avons connu de bons moments ensemble, tout comme les pires. En ce moment, j’ai envie de faire le vide dans ma vie. Tu mérite mieux que moi. Je ne suis plus dans le mood. Je garderai un meilleur souvenir de toi ». Jeff n’en croit pas ses oreilles. Il est encore en train de digérer ces paroles lorsque Léa s’en va. 

C’est avec les propos de Léa que Jef réalise la vraie signification du #Bujaweshare. Le terme a été introduit par les Burundais vivant à l’étranger venant passer leurs vacances à Bujumbura. La pratique se décline comme suit : les come-from débarquent les poches pleines de billets verts et offrent une semaine féérique à quelques jeunes filles branchées. Des sorties dans des endroits « chers », des cadeaux « ponctuels », de bonnes vacances. S’il y en a qui sont en couple avec des gars locaux moins fortunés, la relation se dégrade et finit en queue de poisson. 

Puisque nous sommes dans la modernité, le blâme ne peut être jeté à personne. Quant à Jeff, il pense désormais qu’« il faudra toujours prévoir une marge de manœuvre à chaque fois que deux personnes veulent s’engager dans une relation amoureuse ». Tout peut arriver.

NB : [Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite]

CDD* : Contrat à durée déterminée

 

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Les commentaires récents (4)

  1. Bujumbura ntihakunda uwubishaka, hakunda uwubishoboye. Uwugusumvya ibijumbu agutwara imbwa. Ainsi, je trouve toutes les meufs de Buja inserieuses devant la tentation dollar

  2. Ce bujaweshare c’est du n’importe quoi. C’est du vagabondage sexuelle. Les com from viennent vous consomment et puis vous laissent là comme de vielles chaussettes. A un moment donné il faudra utiliser vos cervelle avant de vous faire démonter par ses prédateurs sexuels qui ne pensent qu’à cela.