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Le budget alloué au genre, une inégalité non justifiée

Le Burundi ne réserve que 1 % de son budget à la promotion des droits des femmes. En 2017, le ministère ayant le genre dans ses attributions ne gérait que 7 milliards de Fbu, soit 5 % du budget de l’Etat. À la lecture de la récente loi des finances, on constate que les décideurs et les élus du peuple n’y voient pas clair sur l’égalité homme-femme. Analyse.

Chaque année, Gitega s’associe avec la femme pour célébrer la journée internationale dédiée aux droits de la femme. Les hautes personnalités encouragent et remercient la femme pour ce combat. Elles vantent son talent et admirent son abnégation. D’ailleurs, dans les discours, certaines exposent les programmes et politiques initiés par l’Etat pour promouvoir les droits des femmes.

Cependant, depuis une décennie, une question revient presque toujours sur la table. « L’égalité financière homme-femme, serait-elle une priorité au gouvernement ? » Les questions relatives au genre sont gérées par le Ministère de la Solidarité Nationale, des Affaires Sociales, des Droits de la Personne Humaine et du Genre. Cette appellation en dit long sur les attributions de ce ministre. Bref, on pourrait le classer parmi les grands ministères. D’ailleurs, il est composé de quatre ministères.

1 % du budget finance la promotion des droits des femmes

Depuis le 1er juillet 2021, le gouvernement utilise l’argent arrêté dans la loi des Finances publiques 2020-2021. À la lecture de la dite loi, les dépenses publiques sont estimées à plus 1 713,8 milliards de Fbu. Une maigre partie est consacrée au ministère du genre, près de 18 milliards, soit 1 % du budget national. Il y a cinq ans, ce ministère ne gérait que sept milliards de Fbu représentant 5 % du budget de l’Etat.
Ces chiffres parlent d’eux. Durant ces cinq dernières années, le budget national a augmenté de 29 %. Néanmoins, la part des dépenses publiques allouée au ministère de la femme a régressé de 1 % chaque année. Sans oublier que ce budget n’est pas exclusivement destiné à la promotion des droits des femmes.
Un budget non-favorable à l’égalité des sexes.

Face à cet état de lieu, personne ne peut conclure que le Burundi a suffisamment investi dans la promotion des droits de femmes. Cependant, contrairement à ce que certains pensent, la promotion de la femme ne doit pas être comprise comme l’accroissement des dépenses publiques ou par la création d’un nouveau budget distinct pour les femmes. Par ailleurs, l’Exécutif peut intégrer dans son budget de nouvelles priorités liées au principe d’égalité entre les femmes et les hommes. Pour lutter contre les inégalités des sexes, certains Etats peuvent mettre en place un budget sensible au genre.

En effet, cette approche vise une répartition des dépenses publiques plus équitable, en faveur de l’égalité entre les sexes. Concrètement, il s’agit d’inclure l’approche genre dans la planification, l’exécution et le contrôle du budget de l’Etat. Cela revient à cibler les inégalités entre les sexes dans tel ou tel secteur, à allouer les ressources nécessaires et à définir les objectifs et indicateurs sensibles au genre. In fine, l’analyse des dépenses publiques sous l’angle du genre permet d’évaluer leur impact sur la situation des femmes et des hommes et sur l’égalité genre.

Chaussez les lunettes de l’égalité.

Et pour y parvenir, la première étape, c’est de mettre en place des indicateurs, de former les décideurs et les élus du peuple à chausser les lunettes de l’égalité. Actuellement, à la lecture de la loi des finances récente, on constate que le Burundi n’a pas encore adopté le budget sensible au genre. Cette approche de gestion de deniers publics n’est pas neuve. Elle est née en 1984, en Australie. La plupart des grandes organisations internationales (comme CDE, FMI, BAD…) exhortent les Etats à adopter cette vision de la dépense publique.

Pour rappel, en 2011, à travers son étude « profil genre du Burundi », la Banque Africaine de Développement (BAD) a exhorté le Burundi d’élaborer un document sur la planification et la budgétisation selon le genre et former les responsables et agents du ministère des Finances en planification et budgétisation selon le genre.
Par exemple, pour le moment, cela pourrait commencer par l’analyse des subventions versées aux communes et aux coopératives collinaires par l’Etat. Ces dépenses favoriseraient l’égalité femme-homme ou plutôt conforter les stéréotypes de genre.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Le budget sensible au genre serait une opportunité aux hommes et aux femmes de jouir des avantages offerts par le programme de décentralisation des subventions données aux communes pour relancer l’économie surtout au niveau de l’agriculture à travers l’approche coopérative et la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes. Commencer par l’analyse genre des contextes vécus par les femmes et les hommes afin de cerner les différents enjeux genre qui freinent le développement socioéconomique des uns et des autres . Les résultats orienteraient l’octroi de ces subventions à de manière équitable, ce qui influeraient positivement et significativement sur les inégalités sociales liées au genre au niveau socioéconomique.