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Bachelier en médecine : le Burundi perd plus qu’il ne gagne

Au Burundi, l’imbroglio persiste sur quel diplôme donner aux lauréats des facultés de médecine. Un imbroglio qui risque de mettre en péril la santé des Burundais selon ce blogueur. Analyse.

Le sujet fait polémique. Le diplôme de « bachelier en médecine » que le Burundi veut donner à ses lauréats, au lieu de celui de « Docteur en médecine générale », est au cœur de tous les débats. Que ce soit du côté des étudiants en médecin, ou même celui des syndicats des professionnels de santé,tous montrent l’utilité de garder l’ancienne appellation. Le hic, l’université du Burundi vient de rejeter la demande de redressement de ce diplôme de baccalauréat et le ministre vient de mettre en place une commission pour statuer sur le sujet.

Pourtant, face à cet imbroglio, et sans prendre parti, les conséquences pour la santé publique ne sauraient manquer.

Carence de médecins spécialistes

Sur le plan international, est qualifié de médecin celui qui est titulaire d’un diplôme de docteur en médecine. Le diplôme de bachelier en médecine n’est reconnu qu’après le premier cycle constitué par les trois années précliniques (180 crédits). Donc à mi-parcours du cursus. Il en est de même dans certains pays anglophones, où un diplôme de MBBS (Bachelor of Medicine, Bachelor of Surgery) est donné après cinq ans d’études car, leur système débouche sur la spécialisation médicale (Diplôme d’Etude Supérieur).

En délivrant alors ce diplôme de bachelier à la fin du cursus médical (360 crédits) que font les médecins burundais, cela va constituer une barrière à la possibilité d’exercer ou de faire les études de spécialisation médicale au niveau régional et international. « Si un Burundais qui a ce diplôme va à l’étranger pour se spécialiser, il sera considéré comme celui ayant la 3e année de médecine, et aura à reprendre les 3 ans pour avoir un diplôme de docteur en médecine, octroyé aux finalistes de la 6e année de la faculté de médecine », explique Dr Nzeyimana Sylvain Pierre, président de l’Ordre des médecins du Burundi.

Diminution du nombre de médecins par population

Selon le décret-loi n°1/16 du 17 mai 1982 portant code de la santé publique, article 91, l’autorisation d’exercer la médecine sur le territoire du Burundi est accordée « aux personnes titulaires d’un diplôme de Docteur en médecine reconnu par la commission d’équivalence des diplômes ». Cette loi étant toujours en vigueur, l’ordre des médecins ne peut pas inscrire ces bacheliers, car ils n’ont pas de grade requis par la loi. Ces bacheliers n’auront donc pas le droit de pratiquer l’art de guérir, que ce soit au Burundi, et même partout ailleurs dans le monde.

Or, sans ce droit, même si un étudiant a terminé la médecine, il ne peut pas soigner. Cela va impacter négativement la santé de la population. Surtout que le contexte burundais affiche 1 médecin pour 37 000 habitants, alors que l’OMS recommande 1 médecin pour 10 000 habitants. En plus, le tableau de l’ordre des médecins du Burundi ne compte que 2720 médecins inscrits, y compris ceux qui ne travaillent plus dans le pays et ceux qui sont morts ou en retraite. Trop peu pour une population de 12 millions d’habitants.

Manque d’engouement pour les étudiants

Avec cette mesure, peu d’étudiants burundais vont intégrer la faculté de médecine. « Comment étudier 6 ans d’université pour enfin avoir un grade que les autres ont eu dans trois ans ? », confie Jean-Claude du Lycée Musinzira. « Avec la prochaine harmonisation de salaire, pourquoi abattre 6 ans d’études pour revenir avoir un même salaire que celui qui a fait trois ans d’Université ? », ajoute Fabiola, une étudiante en médecine qui compte changer de faculté.

Accentuer l’exode des médecins burundais

« Comment accepter d’avoir un salaire au grade de bachelier, alors qu’ailleurs, un médecin est bien traité à son grade de Docteur en médecine ? », se demande Dr Twagirayezu, un médecin qui a obtenu son diplôme de Docteur en médecine générale dans l’ancien système. Pour lui, la solution est simple : l’exode. En effet, en 2017, on comptait plus de 100 médecins spécialistes burundais exerçant en France. Voilà ce qui risque d’arriver avec cette décision.

Alors que prévenir vaut mieux que guérir, l’article 25 du règlement académique de l’Université du Burundi qui stipule que « les études de médecine et, si besoin, d’autres études spécialisées, sont organisées en cycles qui tiennent comptent de leur spécificité et en cohérence avec les normes internationales en vigueur», devrait être tenu en compte pour le bien de la santé des Burundais.

 

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Les commentaires récents (4)

  1. Juste un mot de remerciement,vous avez tout bien expliqué.Pour moi,j’imagine pour ce commission alors que la loi qui dit qu’on va donner le diplome de docteur en medecine à ces lauréats est là? Je vous remercie encore plus

  2. Mais sincèrement depuis quand peut on être médecin et exercer après un baccalauréat ? Où même après 6 ans d études ??? En Europe un généraliste fait entre 9 et 12 ans d études (et le niveau et les moyens sont autrement supérieur), même un infirmier spécialisé fait 5 ou 6 ans d études dans ses pays là !!! Après on s étonne du niveau médiocre de nos médecins, des erreurs de diagnostics à n’ en plus finir!!! Mon dieu revenons sur terre de grâce

  3. La confusion réside dans le fait de calquer les pays de l’EAC qui ont un système éducatif anglais sans tenir compte de l’appelation tenue dans le système éducatif français ou belge dans lequel nous avons évolue. Est médecin celui qui a suivi des études médicales et qui les a terminées par des épreuves cliniques et une thèse médicale sanctionnée par un diplôme de docteur en médecine. Pouquoi cela devient un problème aujourd’hui? Sauf rendre l’accès à la spécialisation difficile, je ne vois pas l’avantage de cette mesure. Respectons tout d’abord le décret en vigueur jusqu’à cette date et tenons compte des conséquences possible de celui qui le contredirait