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Tradition ou modernité ? Les jeunes de Ruziba s’interrogent

La culture n’est pas figée dans le temps. Elle s’alimente sans cesse d’échanges et de la créativité des personnes qui  pensent ou agissent autrement. Au nom de quoi la femme n’aurait pas le droit de pêcher comme l’homme ? Doit-on se ruiner à faire des noces juste pour imiter les autres ? Voyons voir ce que les jeunes de Ruziba pensent de ces pratiques anachroniques qui peuvent entraver le développement des familles. 

Au Burundi, la culture traditionnelle et populaire ne cesse d’évoluer. Avec ce caractère évolutif, la jeunesse se retrouve à la croisée des chemins. Les jeunes de Ruziba ont récemment échangé sur l’influence de la culture sur le développement (l’inverse n’étant pas impossible) dans la cadre d’un débat plutôt animé et dans une ambiance bon enfant. 

Soulignant cet aspect évolutif de la tradition, Cédric Nduwimana (26 ans) y est allé sans détour : « Autrefois, le fils devait embrasser le métier de son père. La fille restait à la maison pour se spécialiser dans les travaux ménagers. Mais, les choses ont changé. L’école est là pour tout le monde et on peut user de ses talents et compétences pour vivre ». Eliane Iradukunda, 24 ans soutient les propos de Cédric: « Aujourd’hui, les femmes ont su trouver la place dans des métiers qui étaient jadis réservés aux hommes comme par exemple la maçonnerie ».

La pêche et la femme, incompatibles ?

La pêche est l’une des activités qui font vivre une bonne partie de la population de Ruziba, la zone longeant le lac Tanganyika. En ce qui concerne la pêche donc, il y a des pratiques et des croyances remontant à la nuit des temps qui sont ancrées dans la culture populaire.

Eloge Mugisha est un jeune pêcheur de 22 ans. Il est parmi les premiers à avoir pris la parole. « Ntamugore aroba, caremewe abagabo » (la pêche est la chasse gardée de la gent masculine). Mais pourquoi ? Le jeune explique avec un sourire gêné : « La règle  est là depuis longtemps. L’on dit que si la femme ne respecte pas cet interdit, le bateau risque de couler. En plus il est interdit à la femme de toucher le filet de pêche. Sinon il risque de ne rien ramener ». 

Ces croyances sont-elles fondées ? «  Un jour, j’ai vu une femme et son mari dans une barque en train de pêcher tranquillement. A ce moment, le doute m’a pris à propos des interdits », reconnaît Phenias Nduwimana, 21 ans.

Le débat est devenu de plus en plus animé après ces précédents propos. Yvan Habonimana tente de donner son point de vue dans une salle où tout le monde veut parler : « Pour la pêche, il faudra peut-être revoir l’intérêt et le fondement de certaines pratiques anciennes. La plupart d’elles sont du ressort de la simple superstition. Les mentalités doivent changer pour que la femme puisse avoir sa place ».

Festoyer ? Oui, mais…

Les Burundais sont des fêtards invétérés, un comportement qui a pignon sur rue même à Ruziba. Les évènements festifs ont toujours occupé une grande place dans notre patrimoine culturel. Ce sont de forts moments de cohésion sociale. Mais on sait que les fêtes exigent des moyens financiers conséquents. Comme on aime le dire, après la fête la vie continue. A ce sujet aussi, les jeunes de Ruziba ont entamé une discussion intéressante concernant la bonne façon de s’y prendre. Car pour eux, c’est une pratique qui doit également changé car il menace le développement des familles. 

« Un individu  peut s’entêter à  faire un mariage qui est au-dessus de ses moyens. Après les festivités, il se retrouve sans le sou, endetté jusqu’au cou », indique Aristide Nahayo, 20 ans.

Esperance Sibomana (25 ans) a tenu à dire qu’elle partage l’idée d’Aristide. « Ce n’est pas que les noces. Dans d’autres fêtes, on fait souvent des consommations futiles, juste pour imiter les autres alors qu’on n’a pas les mêmes moyens. Cela aura ultérieurement un impact négatif sur l’économie familiale », déplore la jeune femme.

«  Il est vrai qu’il y a des fêtes dont il est difficile de se passer dans la société. Mais autant faire les choses d’une manière raisonnable », conclut Anniella Irambona, 22 ans.

Cet article s’inscrit dans le cadre du projet EEYP – Economic Empowerment of Youth towards Peacebuilding and Crisis  Prevention in Burundi  soutenu  par  IFA  & GFFO et exécuté par WAR CHILD  et  AJEBUDI-YAGA

 

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