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Stabulation permanente : les éleveurs entre le marteau et l’enclume

A moins de deux mois de l’entrée en vigueur de la loi sur la stabulation permanente du bétail, les éleveurs font tout pour se débarrasser de leur cheptel. Une course contre la montre qui fait chuter la valeur marchande des vaches, au grand dam des éleveurs. 

Profitant de mon séjour en commune Mukike, j’ai fait un tour au marché de Kavovo, un centre de négoce nouvellement réhabilité. C’est un vendredi, et comme à l’accoutumée, c’est le jour du marché. Il est 10 heures. Normalement l’avant-midi, il n’y a pas beaucoup d’affluence, sauf du côté sud du marché où à cette heure-là, la place réservée à la vente des vaches grouille déjà de monde. Les vendeurs, spécialement venus de la commune Mugamba sont plus nombreux. Génisses, taureaux, vaches laitières et veaux s’entremêlent. « Nous attendons les clients venant des communes proches de l’Imbo, car eux ils ont depuis longtemps commencé à élever les bovins dans les étables. Ici, on n’en peut plus avec la nouvelle loi sur l’élevage », lance Michel Bazikamwe, un quadragénaire venu vendre ses deux vaches. A côté de lui, un autre homme, un joint de tabac entre les doigts, regarde son taureau d’un air inquiet. « Dans une situation normale, j’aurais facilement empoché plus d’un million de FBu. Mais comme c’est tout le monde qui veut vendre à tout prix, les clients nous donnent des miettes », se désole-t-il. 

Au fil des heures, c’est plus d’une cinquantaine de vaches qui affluent vers le petit marché. Un phénomène que Bosco, tenancier d’un kiosque au marché de Kavovo, remarque depuis trois semaines. « Les vendeurs de vaches sont devenus plus nombreux qu’avant. Ils craignent de ne pas pouvoir nourrir leurs bétails dans les étables parce qu’ils étaient habitués à les laisser brouter sur les collines », fait-il savoir. Et d’ajouter que cela a influé sur le prix des bovins, car il y a eu une chute de plus de 200.000 Fbu sur le prix habituel.

Dans presque tous les marchés de vaches, même scénario

Cap sur le marché de Rutegama en province Gitega. Les éleveurs, incapables de nourrir leurs troupeaux, sont contraints de vendre même à vil prix. « Une génisse qui se vendait normalement à 1.500.000 Fbu peut facilement être acheté à 800.000 Fbu voire même moins », témoigne une source sur place. La raison principale reste la mesure de garder et nourrir le cheptel à l’étable et la peur de payer une lourde amende une fois l’échéance dépassée.

Pourquoi ce brusque phénomène ?

Selon un éleveur de la zone Mayuyu, ils sont obligés de diminuer leurs troupeaux à cause de l’exiguïté des terres. « Il nous est difficile de céder une partie des terres cultivables pour faire pousser des cultures fourragères. On préfère laisser l’élevage ». Pour lui, se débarrasser rapidement des vaches va mettre les ménages en difficulté, car à part le lait, les vaches leur donnaient aussi du fumier pour l’agriculture.

 D’après lui, il est pratiquement impossible d’élever en stabulation pour plus de dix vaches. Les cultures fourragères, dont le tripssacum, plantées sur des haies antiérosives ne peuvent pas suffire. Ces cultures servent, dit-il, de complément le soir quand les vaches ont trouvé suffisamment à manger dans la nature. 

« Les éleveurs ne doivent pas s’inquiéter »

Le ministère ayant l’élevage dans ses attributions tranquillise les éleveurs. Dans une réunion tenue à l’intention des cadres et vétérinaires communaux le 03 août, le ministre Deo Guide Rurema a prôné l’apaisement. « Il est prévu de créer des unités de fabrication des aliments de bétail afin d’arriver à l’augmentation de la production. Et cela se fera à travers les coopératives collinaires », a-t-il indiqué.

Malgré les promesses du ministère, les éleveurs restent sceptiques. Aucune action concrète n’a encore été entreprise en ce qui concerne les mesures d’accompagnement de la mise en place de la stabulation permanente alors que l’échéance pointe à l’horizon. 

 

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