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Scolarisation des Batwa : bousculer le statu quo

Les Batwa sont minoritaires dans les effectifs scolaires. Contrebalancer le poids des traditions et contourner les barrières dues à la pauvreté sont les pistes à explorer pour changer cette donne qui freine l’émancipation de cette composante. 

Des trois composantes formant la société burundaise, celle des Batwa est celle qui a longtemps été la plus stigmatisée. Dans l’occupation de l’espace, les Batwa ont longtemps vécu en communautés regroupées à part, nourrissant toutes formes de discriminations et préjugés. Ils ont eux-mêmes intériorisé cette vision qu’ils disent « abarundi » (les Burundais) pour parler d’autres composantes, un peu comme s’ils ne se sentaient plus assez Burundais eux. 

La conscience collective a confiné les Batwa à la poterie. L’école, ça n’a été que sur le tard. Il en a fallu quelques initiatives incitatives pour pousser les familles à envoyer leurs enfants à l’école. Ce n’était pas non plus facile.

 Emmanuel, un étudiant qui est passé par un centre accueillant les jeunes Batwa au quartier Nyabututsi de Gitega se souvient de la réticence des siens. « On me demandait si j’étais le messie qui allait changer la condition des Batwa en allant à l’école ». Comme si cela ne suffisait pas, pendant les vacances, on faisait défiler devant lui des jeunes filles, de potentielles futures épouses s’il choisissait de quitter l’école. Emmanuel n’a pas mordu à l’hameçon.

La précarité, un mauvais catalyseur

Dans sa thèse de doctorat intitulée « La scolarisation des Batwa au Burundi : stéréotypes et politiques publiques », Gilbert Ndayikengurukiye retrace la tendance de la scolarisation chez les Batwa. Pour le paraphraser, l’école a été un outil de reproduction sociale. Ceux qui avaient des privilèges ou statut social non négligeable dans la société ont profité de l’école comme ascenseur social. Il va sans dire que les Batwa n’étaient finalement pas favorisés.

Malgré les avancées de notre société, certaines réalités socio-économiques persistent dans la composante des Batwa. Leur autarcie n’a pas favorisé un brassage effectif avec les réalités du reste de la population. À titre illustratif, sur la colline Rwamvura de la commune Kigamba à Cankuzo, seuls 5 enfants vont à l’école sur une communauté de 300 âmes. Une tendance qui confirme les chiffres qui montrent que les Batwa restent minoritaires dans les salles de classe.

Pour booster l’envie de l’étudier minée par la pauvreté et le poids des mentalités, l’Uniproba (Unissons-nous pour la promotion des Batwa) essaye d’intéresser les membres de cette composante. Emmanuel Nengo qui est à la tête de cette organisation fait savoir que « l’Uniproba passe par la mobilisation et les sensibilisations sans oublier la distribution de kits scolaires », une approche holiste qui, à coup sûr, pourra porter ses fruits et influer sur l’attractivité de l’école chez les Batwa.

 

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