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Rumonge : broder pour aller à l’école

Depuis le mois de mars dernier, avec la montée des eaux du lac Tanganyika, une trentaine de familles est devenue sans abri. Malgré les conditions de vie très compliquées, ces familles n’ont pas baissé les bras. Dans l’optique de donner un coup de main à leurs parents, un groupe de jeunes filles a décidé de mettre la main à la pâte ou plutôt à l’aiguille. 

« Le travail anoblit l’homme ». Cet adage, les jeunes filles issues des familles touchées par les inondations de Rumonge l’ont pris au pied de la lettre. C’est au centre dit Semina. Nous nous sommes rendus sur les lieux à une semaine de la rentrée scolaire. L’accueil a plutôt été convivial. La vulnérabilité laisse petit à petit la place à un sourire, du moins pour les deux jeunes femmes qui font la lessive à la seule borne fontaine du centre. L’endroit est spacieux, mais pas assez pour une trentaine de familles qui y loge. De petits enfants s’affairent à côté de leurs mamans qui cuisinent. Malgré cette agitation, quatre jeunes filles, très calmes, sont concentrées à manier le fil et l’aiguille. Elles brodent les draps. Ce sont leurs parents qui leur ont appris ce métier depuis qu’elles sont arrivées au centre Semina. 

La broderie à la rescousse de la scolarité 

Jeanne Riziki n’a que 12 ans. Elle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. Elle entre en 7ème année. Voyant que sa mère ne peut plus subvenir à la fois aux besoins familiaux et à la scolarité des enfants, elle décide d’apprendre la broderie. « Pendant les vacances, j’ai brodé les draps pour donner un coup de main à ma mère », confie-t-elle d’un air décontracté. Elle a sur elle une paire de draps qu’elle doit livrer dans trois jours : « Sur chaque drap brodé, je gagne 6.000 Fbu que je donne à ma mère, soit pour la ration, soir pour l’achat des vêtements. Elle épargne aussi pour l’achat du matériel scolaire », poursuit la jeune Riziki. A côté d’elle, sa petite-sœur fait la même chose, histoire de gagner un plus pour leur petite famille. « Même si elle ne fait pas mieux que moi, elle s’en sort pas mal et petit à petit elle va s’y habituer », indique la grande sœur. Christelle Muhimpundu, une autre fille de 14 ans, affirme que la broderie est venue comme une solution au manque de nourriture pour sa famille. « Mon père essaie tant bien que mal de trouver de l’argent, mais cela ne suffit pas. Quand j’ai eu la chance d’apprendre à broder, j’ai commencé à économiser. Il ne faut pas être un fardeau pour sa famille ».

Une fierté pour les familles de Semina

La broderie étant un métier prisé à Rumonge, les parents apprennent ce métier à leurs enfants et leur cherchent des marchés d’écoulement. Aïcha Minani, un nourrisson dans les bras, admire ces brodeuses en herbe. Elle est aussi une des mères de ces enfants qui veulent faire de la broderie leur métier. Elle admire le courage et l’abnégation de ces jeunes filles qui, malgré ce travail fatiguant, ne lâchent rien. « Nous les avons aidées à faire les premiers pas en broderie, maintenant c’est elles qui ont pris les choses en main. Nous cherchons les vendeurs qui veulent faire broder des draps et les enfants s’occupent de la suite », témoigne-t-elle. Et d’ajouter que les recettes issues de leur labeur servent à leur acheter du matériel scolaire. Elles ont compris que « Akimuhana kaza imvura ihise ».

Même si le soutien des bienfaiteurs tarde à venir, les parents de ces jeunes filles restent optimistes. Les fruits de leur labeur vont les aider à regagner l’école avec un minimum de matériel nécessaire. Comme quoi, l’effort fourni finit toujours par payer.

 

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