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La réconciliation au Burundi : le chemin est encore long

Parmi les missions de la Commission vérité réconciliation(CVR), il y a l’exhumation des restes ensevelis dans les fosses communes, une étape essentielle pour le processus de justice transitionnelle dans le contexte post-conflit. Comment est considérée cette exhumation surtout du côté des gens qui ont perdu les leurs ? Claude, un jeune orphelin de la guerre, nous raconte son ressenti.

C’était un mardi, gris et froid. Me voici sur ma colline natale. Quand j’entends parler de ces gens qui sont là pour retourner la terre à la recherche des restes humains, un frisson d’horreur me parcours. Du haut de mes 25 ans, j’ai déjà vu quelques morts certes, mais jamais vu des restes  humains. Bien plus, ces histoires de massacres, je ne les ai pas vécues personnellement, mais avec l’exhumation, c’est comme si, tellement j’en ai entendu parler autour de moi, dans ma famille et partout. Et dans ma famille, je sais justement que l’on a perdu beaucoup de monde, dont mon père, mon grand-père, et mes oncles que je n’ai pas connus. Je tiens absolument à y être, surtout pour soutenir ma famille.

On m’a raconté que mon grand-père aurait été assassiné par des voisins, d’ethnie différente, en 1972 sur notre colline. Cependant, on n’a jamais retrouvé son corps. Ma grand-mère ne s’en est jamais remise, ni ses enfants d’ailleurs. Quand on a su que les gens de la CVR allaient venir, je me souviens avoir vu ma mère verser une petite larme, en cachette. Ma mère, c’était la petite dernière de la famille et la préférée de son père. Elle n’a jamais pu se résoudre à abandonner l’idée d’enterrer dignement son papa un jour. 

En plein cauchemar…

Des gens en bleu et beaucoup de voitures. Tous ont la mine grave et s’affairent un peu partout. Dès que j’arrive sur place, un attroupement attire mon regard. Je me dirige vers ces gens agglutinés autour de quelque chose. Je décide de m’approcher et là je vois un grand trou dans lequel se trouve un homme en bleu qui déterre quelque chose. Mon cœur se serre. Est-ce un crâne humain qu’ils viennent de trouver ? La première question qui me vient à l’esprit est « Et si c’était mon grand-père ? ». Je passe le reste de l’après-midi sur ce lieu où je crois voir en chaque ossement humain, le corps de ce grand-père dont l’image est gravée dans ma tête grâce à cette ultime photographie accrochée dans notre salon.

Hélas, ma question n’a pas encore trouvé de réponse. 

Plusieurs versions pour les mêmes horreurs

Je retourne chez moi, le cœur en miettes après ce que je viens de voir. Aucun être humain ne devrait jamais assister à un tel spectacle. Mais qu’est-ce que je raconte ? Ce sont des humains qui ont commis ces horreurs ! Si j’étais confus avant d’arriver à cet endroit, mon niveau de confusion a atteint son paroxysme après. Ce que je viens d’entendre dans ce lieu de malheur, n’a rien à voir avec le peu qu’on m’a raconté dans ma famille, sur les présumés coupables de ces massacres. Qui croire maintenant ? Personne ne parle vraiment de ce qui s’est passé sur cette colline. Même quand ils en parlent, il y a plusieurs versions. Quelle vérité prendre ? Comment avancer et dépasser toutes ces horreurs que nous rappelle l’exhumation de nos chers disparus et leur supplice?

 

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