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Le quotidien des Burundais : un couteau suisse déforestatif

Derrière le pain matinal, le repas de chaque jour, le sauna de relaxation, la construction des maisons…, se cache une déforestation qui saigne notre environnement. Un mode de vie qui s’articule autour de l’arbre et qui détruit le couvert forestier. Les conséquences pourraient devenir très graves, si rien n’est fait. Coup de projecteur.

Il est 9h. Nous sommes dans la ville de Ngozi. La brume matinale rappelle que cette région est en pleine saison pluvieuse. Oublier un tricot est un péché qui se paie cher. Malgré le froid, un petit tour dans la ville et ses alentours et un constat s’impose : l’utilisation abusive du bois ne faiblit pas, au contraire.

Devant la boulangerie Goshen, un gros camion de marque Fuso décharge des stères de bois. « Pour satisfaire la demande grandissante du pain dans la ville, par jour, notre four de la boulangerie exige deux mètres cubes de bois », confie Bazikamwe, ouvrier de la boulangerie. Et, ce ne sont pas les boulangeries qui manquent à Ngozi, donc autant de mètres cubes de bois consommés.

Sur la route qui mène à Gashikanwa, des vélos avec de gros sacs de charbon alimentent la ville. «1 kg de charbon équivaut à 10 kg de bois. Nous sommes conscients que notre métier est destructeur mais c’est un mal nécessaire car sans charbon de bois, comment allez-vous cuisiner vos repas ? », demande Augustin, un des vendeurs de Makara avec qui nous avons eu une conversation rapide au bord de la route. 

Le soir, nous logeons à l’hôtel Winner de Ngozi. Dans le prix de la chambre, on y inclut un sauna. Curieuse que je suis, je veux savoir comment fonctionne un sauna. Ma grande déception est que la chaleur du sauna est obtenue à partir d’un stère de bois par jour qu’un ouvrier brûle tout le long de la journée.

Une situation alarmante …

Ce qui se fait dans la ville de Ngozi n’est pas un cas isolé. Là, c’est sans parler de tonnes de bois qui sont coupés pour soutenir la dalle, les échafaudages pour  la construction des maisons ou des immeubles étages, sans oublier ceux qui sont brulés dans les briqueteries. Selon une enquête, les villes du Burundi dévastent en moyenne chaque jour 100 ha de boisement. Par exemple, la consommation annuelle en tonnes de charbon de bois entraîne une perte annuelle de 5236 à 6980 ha de couvert forestier. A ce rythme, le couvert forestier du Burundi, estimé à 171 625 ha, pourrait disparaître dans 25 ou 33 ans. D’ailleurs, les forêts naturelles qui couvraient 30 à 50% du territoire dans le passé ont diminué de telle sorte qu’il n’en reste actuellement qu’environ 6,6 %.

Qui remet à demain trouvera malheur en chemin

Même si le Burundi fait partie des pays à faible émission des gaz à effet de serre (0,01 %), le déboisement entraîne l’érosion des terres arables, et par ricochet, augmente l’acidité du sol. Selon les statistiques, le Burundi perd chaque année 38 millions de tonnes de son sol à cause de la dégradation de ses terres. A ce sujet, 1716 points d’échantillon de 14 communes de 6 provinces se sont révélés acides. Il y a aussi le tarissement des sources d’eau qui est aussi une autre conséquence de la déforestation. Des 24 787 sources d’eau dont disposent le Burundi, 2 508 ont déjà tari et 4418 en cours de tarissement.

En tout cas, si rien n’est fait, quand le couvert forestier sera totalement anéanti, et on a vu que cette éventualité n’est pas très lointaine, les Burundais auront de graves problèmes. Ne remettons pas à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui. 

 

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