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Dis-moi qui tu écoutes et je te dirai quel patriote tu es ! Vraiment ?

Une certaine rengaine du moment voudrait nous faire croire que plus on écoute les artistes étrangers moins on est patriote. Un jugement qui, malheureusement, fait abstraction du fait que les préférences musicales peuvent aussi dépendre de la qualité de l’offre locale… 

« Écoutons notre musique pour soutenir nos artistes locaux », s’évertuent à clamer les journalistes culturels et autres promoteurs de la musique burundaise. Tout ce qu’il y a de plus normal. Certains sont payés ou soudoyés (l’affaire des imicoro) pour assurer la promotion d’un tel ou tel autre artiste. D’autres sont tout simplement mus par une saine volonté de voir la scène musicale burundaise, et l’image du pays par ricochet, s’exporter à l’international, boosté par un soutien endogène.

Jusque-là rien d’anormal. Là où cela devient un peu…, disons gênant, c’est quand cela devient une injonction à peine cachée. Plus grave encore, c’est quand le patriotisme s’en mêle. Quand la musique devient la mesure de l’amour que vous portez à votre pays, l’on intente un mauvais procès au consommateur. Le pauvre n’est soumis qu’à la loi des goûts et des couleurs. 

Les Burundais n’aiment pas vraiment leur musique ? Et si la question était plus complexe qu’un tel raccourci rapide ? Prenons le cas du football (tout en posant le postulat que tout le monde n’est pas obligé d’être un mordu du ballon rond). Les jours des matchs de la Primus League, il arrive que le stade Intwari sonne creux. Doit-on en déduire que c’est un signe de manque de patriotisme pour autant, sachant que les salles de retransmissions des championnats européens sont toujours pleins comme des œufs ?

Et le consommateur dans tout ça ?

Et si la question était plus sur le terrain de l’appréciation que sur celui du patriotisme ? Doit-on jeter en pâture une personne qui trouve qu’un tel artiste étranger est mieux qu’un local à l’inquisition des « vrais » patriotes ? 

Nous sommes à l’heure de la mondialisation. Nous sommes bombardés de produits dont la musique. Le vieil adage burundais qui veut que l’on ne refuse pas le sein de sa mère quel que soit son état en prend un coup.

La question, selon moi, ne devrait pas seulement rester centrée sur les consommateurs de la musique. Osons, oui, osons questionner aussi nos artistes. Le mythe du Burundais qui snoberait systématiquement toute œuvre de son compatriote, il ne tient pas la route. Si Untel tapi dans la campagne de Cendajuru écoute à longueur de journées du Diamond, est-ce par attachement extrême au pays de Nyerere ? 

 

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