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Politique de gratuité des soins de santé: quel bilan ?

Depuis 2006, les femmes enceintes et les enfants âgés de moins de cinq ans bénéficient d’une prise en charge gratuite pour les coûts liés aux soins de santé. Quinze ans après, quel bilan ? Des défis à relever ? Quelles perspectives ?

Pour mieux comprendre, empruntons d’abord la machine à remonter le temps. Nous sommes en 2004. Le Burundi mène une politique de recouvrement. A cette époque, tous les patients devaient payer l’intégralité des coûts des soins médicaux, à moins d’avoir une couverture des soins de santé. Selon les résultats de trois enquêtes épidémiologiques réalisées en 2004, le taux de mortalité des moins de cinq ans dépassait le seuil alerte de 2‰ par jour, et 81.5% des malades étaient obligés de s’endetter ou de vendre un bien pour payer les soins de santé. Pour un simple cultivateur, à cette époque-là, une seule consultation dans un centre de santé équivalait à 12 jours de travail.

En 2006, initiée sous feu président Pierre Nkurunziza, la politique de gratuité des soins voit le jour pour les enfants de moins de 5 ans et pour les femmes enceintes. La situation change car les fruits de cette politique ne se sont pas fait attendre. Selon les chiffres, le quotient de mortalité infantile est passé de 59‰ en 2010 et à 21‰ en 2019. Ce sont 84% des naissances qui se déroulent dans un établissement de santé. Les accouchements assistés dans les structures sanitaires sont passés de 34% en 2005 à 67% en 2012. Quant à la mortalité maternelle, elle est passée de 785 décès maternels en 2006 à 334 pour 100 000 naissances.

« Nous sommes tranquillisés sur le plan déontologique et  moral »

Pour les prestataires, c’est une satisfaction totale. « Avec cette politique, nous sommes tranquillisés sur le plan déontologique et  moral, car nous n’avons plus à refouler les patients  incapables de payer leurs soins ou de prendre en otage les patients insolvables », confie Dr Ndorukwigira, médecin directeur des soins à l’hôpital de Mutaho.

Du côté des bénéficiaires, même son de cloche. « Vu que mon enfant est drépanocytaire et qu’il est hospitalisé au moins une fois par mois à cause de cette maladie chronique, avec notre PIB, cet enfant ne serait plus en vie s’il n’y avait pas eu cette politique de gratuité de soins », explique une maman rencontrée à l’hôpital de Gitega.

Tout n’est pas rose

On serait tenté de dire que tout vas bien, sauf qu’il y a un bémol. « Je n’ai pas fait la circoncision de mon enfant de 2 ans, car un médecin m’a expliqué que le prix que le gouvernement paie pour la gratuité des soins d’un enfant est inférieur par rapport au prix du matériel et des médicaments utilisés pour cet opération, d’où il fallait d’abord payer », a raconté une autre mère à l’hôpital de Gitega. Même son de cloche pour Anne-Marie, une femme enceinte qui se demande pourquoi l’échographie obstétricale est payante dans nombreuses structures de soins alors que ça devrait figurer dans la liste des soins gratuits pour femmes enceintes.

Ces plaintes ont été confirmées par l’étude du ministère de la Santé sur l’effectivité de la gratuité des soins au Burundi réalisée en 2019, où on découvre que seulement 76,4% des enfants traités ont bénéficié des médicaments gratuitement aux pharmacies des CDS. Ce n’est pas tout. 61% des femmes enceintes n’ont pas bénéficié des soins entièrement gratuits au niveau des hôpitaux, d’après cette étude. 

Des défis certes, mais des perspectives aussi

En plus, les fréquentes ruptures de stock des médicaments et divers équipements médicaux constituent un défi majeur de cette politique. Selon toujours cette même étude du ministère de la Santé, la disponibilité des médicaments essentiels pour enfants a été estimée à 68% alors qu’elle devrait être à 100 %. L’autre préoccupation concerne la promiscuité dans les salles d’hospitalisation des patients en pédiatrie et en maternité. Tout cela, couplé à une insuffisance du personnel de soins, aboutit à la dégradation de la qualité des soins.

Mais tous ces défis évoqués n’empêchent pas le gouvernement d’élargir les horizons de cette bonne initiative. Les perspectives, selon cette étude, sont d’élargir cette politique aux personnes âgées, aux personnes souffrant de pathologies chroniques, aux enfants de plus de 5 ans, à des populations marginalisées comme les Batwa et à toute pathologie touchant les femmes enceinte.

 

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