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Pluies torrentielles : avons-nous tiré des leçons du passé ?

A quelques semaines du début de la saison pluvieuse, on déplore déjà deux morts à Bururi suite aux pluies torrentielles du 18 septembre 2021. Cela allonge la liste des victimes des catastrophes naturelles depuis les inondations de Gatunguru. Mais, qu’avons-nous déjà fait pour éviter ces tragédies?

Un rappel de quelques faits. La nuit du 9 janvier 2014 a été fatidique pour les habitants du nord de Bujumbura. Les inondations dites de Gatunguru ont causé plus de 70 morts, 182 blessés, quatre personnes portées disparues. 1100 maisons ont été détruites totalement tandis 900 l’ont été partiellement. Cela a fait près de 1200 ménages sinistrés et 20 mille sans abris. En tout, 220 mille personnes ont été touchées par les inondations. 

Juste après, des travaux de protection ont été initiés avec l’appui de la Banque mondiale : canalisation des rivières Gasenyi et Nyabagere et construction d’un bassin d’écrêtement à Gahahe pour protéger Carama.  Des travaux exécutés dans le cadre du Projet d’Urgence pour la Résilience des Infrastructures (PURI). Le bassin, lui, s’étend sur 267 m pour une superficie de 500 m2 et une capacité de 18 mille m 3.

Uwinterekwa, zone Gihosha, commune Ntahangwa. Le débordement des rivières Cari et Nyabagere, dans la nuit du 20 au 21 décembre 2019 fait 14 décès, 33 blessés, 47 maisons totalement détruites et 40 partiellement. 132 maisons sont inondées et 219 ménages affectés. La même localité sera frappée aussi par d’autres inondations en mars 2020. 

Quelle est la situation actuelle ? 

Pitoyable. A Gatunguru ou Gahahe, des nouvelles et belles constructions poussent comme des champignons. Mais, l’aménagement reste un sérieux problème : pas de viabilisation digne de ce nom, pas de caniveaux, etc. Chacun tente d’appliquer le proverbe Rundi « Uwuguruye iwe agira ngoburakeye ». Pire encore, sur la rivière Gasenyi, tous les travaux  réalisés ont été anéantis.  Aujourd’hui, elle souffre comme toutes les autres rivières traversant la capitale économique : extraction abusive du matériel de construction (sable, moellon, etc), destruction de ses bordures, jet de toutes sortes de déchets ménagers, etc. Ceux qui devraient veiller à cette infrastructure vitale sont ceux-là qui enlèvent des gabions au vu et au su des administratifs à la base.

Idem à Uwinterekwa, les gens n’ont tiré aucune leçon du passé. Toujours les mêmes constructions anarchiques et des briqueteries qui grouillent partout. Or, cela fragilise de plus en plus le sol. Les propriétaires de ces usines artisanales dommageables n’hésitent même pas à boucher des caniveaux, à chercher de l’argile dans le lit de la Nyabagere transformée en dépotoir public dans certains endroits.

Rappelons qu’en 2019, le ministère de la sécurité publique avait recommandé à 35 familles de vider les lieux. Une mesure salutaire qui ne sera malheureusement pas exécutée.  Beaucoup de ces familles sont encore là.

Et Bujumbura dans son ensemble ?

Que ça soit à Buterere, à Kinama, Carama, Kanyosha… les victimes des inondations semblent avoir oublié ces nuits blanches, ces bruits des grosses pierres déboulant des hauteurs de la ville, des courants d’eau, ces alertes nocturnes. Les mêmes pratiques qui ne respectent pas l’environnement se poursuivent : constructions anarchiques, bouchage les caniveaux, non-respect des zones tampon, constructions dans des zones à risques, etc.

Ce qui rend encore plus vulnérable Bujumbura est sa situation : les Mirwa à l’Est. Aujourd’hui, beaucoup de personnes ont tendance à construire en hauteur. Ainsi, le couvert végétal cède de plus en plus la place aux maisons, aux champs agricoles. Or, explique un expert environnemental, cela accentue l’érosion et rend fragile le sol, ce qui crée des éboulements récurrents pouvant causer des dégâts humains et matériels. 

Faut-il encore rappeler que dans la nuit du 18 au 19 janvier 2020, à Kukamabuye, zone Muyira, commune Kanyosha, une famille de six personnes a été balayée par un éboulement d’un talus à cause des fortes pluies. 

 En cas de fortes pluies, toutes les alluvions sédimentaires viennent causer des dégâts en aval. Ce qui accentue aussi la pollution du lac Tanganyika qui fournit à la ville plus de 90 % de l’eau.

 

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