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Jean Baptiste Bagaza : l’homme au double visage ?

Après avoir pris le pouvoir et aboli la monarchie  en 1966, le président Michel Micombero dirige le Burundi  d’une main de fer. À la tête de la première République pendant 10 ans, il est renversé par son chef d’état-major général adjoint, le colonel Jean-Baptiste Bagaza. Ce dernier, très critique du régime précédent, s’engage à favoriser une réconciliation nationale et à faire des réformes. Mais tout ne sera pas comme annoncé.

Petit rappel.  En 1972, les tensions ethniques dégénèrent en massacres qui font des centaines de milliers de morts et d’exilés. Le mécontentement gronde à l’endroit du président d’alors, Michel Micombero.  A la suite de rumeurs d’un coup d’État, celui qui est à l’époque chef d’état-major général adjoint, le colonel Jean-Baptiste Bagaza, ou plutôt le Conseil suprême révolutionnaire formé de 30 membres,  passe à l’action. Nous sommes le 1er novembre 1976. Micombero est renversé, la  constitution est suspendue. 

Le 09 novembre 1976, le Conseil  désigne  Bagaza  président de la République du Burundi. Reste donc au nouvel homme fort de  prendre les rênes du pouvoir. Non sans annoncer dans  un  discours à la nation que  la nouvelle République vient “corriger”  les travers de Micombero notamment le régionalisme et le clanisme.  

L’homme et son œuvre

Au moins sur un point, le bilan de Bagaza fait presque l’unanimité: l’ingénierie économique et sociale. Pour  preuve, ils sont beaucoup à  reconnaitre que ses dix ans passés à la tête du pays n’ont pas été sans impacter la société et l’économie burundaise.

Illustration.  Sous son « règne », le pays connaitra la construction d’infrastructures diverses. Le pays connaîtra aussi une industrialisation à faire pâlir d’envie plusieurs pays de la région et du continent.

L’homme, c’est aussi les infrastructures routières pour, dira-t-il,  permettre l’écoulement des marchandises. De même que la construction de barrages pour que la population ait accès à l’eau et à l’électricité. Celui qui s’approchera des Allemands, des Chinois et des Français n’oubliera pas  le domaine de la santé. Sous son ère, beaucoup d’hôpitaux ont été construits.

C’est sans oublier sa politique agricole consistant à implanter ce qu’il appellera  « Sociétés Régionales de Développement », SRD  en toutes  lettres.  Des sociétés qui contribueront à  l’augmentation de la production agricole.  A  titre illustratif, à la suite d’un vaste programme de replantation des caféiers, la production passera de 11 à 40 mille tonnes. De quoi faire renflouer les caisses de l’Etat des suites des exportations de cette culture industrielle.

Le revers de la médaille

A la suite des massacres de 1972, l’armée est presque restée monoethnique, beaucoup de militaires hutus ayant été emportés. Aussi, les jeunes hutus ne s’enrôlaient plus  dans l’armée. La raison : de l’analyse des historiens et politologues, cela étaient  dû  à la peur de subir le même sort que leur frères en 1972. Le président Bagaza le reconnaîtra lui-même.  Un échec donc pour celui qui s’était engagé à  en  finir avec l’ethnisme.

Le revers de la médaille, c’est aussi au niveau de l’éducation. Beaucoup de voix se font toujours entendre pour dénoncer   un système de discrimination qui aurait été institué pour écarter les hutu. Le  système I et U, sûrement que vous en avez déjà entendu parler. Des acteurs collaborateurs de Bagaza l’ont attesté  tandis que ce dernier affirmait qu’il n’était au courant de rien. Vrai ou faux, le fait est que cela est comptabilisé parmi les échecs du fils de Rutovu.

Plus emblématique encore, peut-être décisif pour la fin de son pouvoir. Bagaza n’a pas eu de tendres relations avec l’église catholique. A l’époque, l’homme fort de Bujumbura  digérait mal la place importante occupée par l’église, socialement et économiquement. Il ne comprenait pas par exemple comment elle ne payait  pas l’impôt alors qu’elle faisait du commerce comme les autres entreprises. En cause aussi, les rencontres dites Sahwanya qui inquiètent  Bagaza. Il s’empressera de les arrêter. Pour  le politologue Elias Sentamba, derrière ce conflit Eglise-Etat, se trouvait l’idée que l’église servait de cadre d’expression pour les hutu touchés par la crise de 1972. 

Pour finir, et ce n’est pas exhaustif, le fait est que ce  conflit est peut-être celui qui  précipitera sa chute. Bagaza lui-même, de  son  vivant, ne le contestait pas. 

 

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Les commentaires récents (4)

  1. Son bilan est largement positif.Des leaders desinsteressé au seul service de la nation.Qui ne sont pas là pour se servir,il n’y a en pas beaucoup.

  2. Tout est apparemment vrai mais la photo est partiale. Vous auriez dû peut être dessiner là où il regardait l’illustration de ses oeuvres qui ne peuvent en aucun cas être noyées puisqu’on ne garde presque que ça seulement depuis le renversement de son pouvoir, il y a de cela 33ans. Regardez par exemple nos hôpitaux, l’état dans lequel ils sont maintenant. C’est déplorable.

  3. Malgré qu’il avait eu un esprit de développer son pays,il s’est rendu une piège lui même en cherchant à exclure une partie de la population.En effet,si cette exclusion que vous parlez dans cette article serait une réalité,il a réduit son bilan au négatif sans le vouloir,pour le simple fait de vouloir s’acrocher au pouvoir.