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Le français, langue de travail de l’EAC : quels avantages pour le  Burundi ?

A l’issue de son dernier sommet ordinaire, l’EAC a arrêté un certain nombre de décisions. Comme on peut le lire dans un communiqué, le français a été érigé langue de travail, au même titre que l’anglais et le swahili. Une nouvelle qui devrait faire des heureux au Burundi.

Il y a de quoi s’étonner. La sortie du communiqué dans lequel on pouvait lire cette officialisation de la langue de Molière, n’a pas été trop médiatisée. En tout cas, pas comme il fallait dans un pays comme le Burundi, unique pays francophone de toute la communauté est-africaine. Ceci alors que les avantages de cette adoption du français ne manquent pas. Cela est d’autant  plus vrai qu’ils sont beaucoup de Burundais à penser que leur pays ne profite pas assez des fruits de l’intégration régionale. 

Pour eux, face à la super puissante langue de Shakespeare, le français est inexistant dans cet ensemble régional. Résultat, ce sont des ressortissants burundais qui voient leur chance d’arracher un poste à Arusha diminuer. Pas étonnant donc que certains de nos compatriotes ne se sentent pas parfaitement intégrés, du moins ceux qui ne maitrisent pas l’anglais. Cela va-t-il changer, maintenant que le français n’est plus ignoré ? La question mérite d’être posée.

La langue, facteur d’intégration

Cette question, nous l’avons adressée à ceux qui peuvent nous éclairer. Au ministère ayant les affaires de la communauté dans ses attributions et à un spécialiste de l’intégration régionale. Sans succès pour le premier qui préférera nous envoyer chercher d’autres sources, la présidence en l’occurrence. 

Pour Xavier Mureha, économiste avec une expertise en l’intégration régionale, il faut d’abord préciser que dans la littérature économique, la langue est considérée comme un facteur d’intégration au même titre que la proximité géographique et les infrastructures. Selon lui, en facilitant la communication entre les peuples, la langue réduit la distance et favorise la proximité entre ces derniers.

En même temps, poursuit-il, il faut reconnaître que la diversité linguistique est une source de richesse au sein d’une communauté économique régionale, la langue véhiculant les valeurs et la culture. Et de nuancer : « La tendance est souvent de privilégier la langue la plus parlée et la plus partagée par la majorité des pays membres ». Ce n’est donc pas étonnant que l’EAC privilégiait l’anglais et  le swahili jusque-là.

Egalité et reconnaissance mutuelle

Il est vrai que la langue la plus parlée se taille la part du lion dans ce genre de situation, mais le fait est que dans une communauté fondée sur le principe d’égalité et de reconnaissance mutuelle, aucun pays n’accepterait que sa langue soit sacrifiée au profit d’une autre. Et c’est chose faite pour le Burundi qui vient de voir sa langue officielle reconnue dans la communauté dont il est membre. 

De ce point de vue, il y a de quoi se sentir comme un acteur effectif de la communauté. Cela devra occasionner plus d’opportunités d’emplois et de prestations, étant donné que les appels d’offres, les concours, les tests de recrutement et les interviews à l’EAC se faisaient jusqu’ici exclusivement en anglais. Il va sans dire que cela offrira des opportunités supplémentaires aux Burundais qui seront recrutés pour enseigner le français chez nos voisins anglophones, par exemple.

Des préalables tout de même 

Cependant, il ne faut pas se leurrer et jubiler trop tôt, estime Xavier Mureha. La reconnaissance effective du français par l’EAC passera par une politique linguistique volontariste basée sur le bilinguisme (anglais- français) ou trilingue (anglais- français- swahili) qui obligera les universités des pays anglophones d’intégrer le français dans leurs programmes de formation. Cela contribuera alors à une intégration effective et inclusive.

Pour ce faire, conclut le spécialiste, il faut désormais encourager les Burundais  à postuler aux postes et emplois en jeu dans l’EAC. Il faudrait également que Gitega surfe sur ce courant et mutualise avec la RDC pour demander une politique linguistique qui intègre le français en vue d’en profiter pleinement. Si cela n’est pas le cas, les effets de l’adoption du français comme langue officielle resteront limités.

 

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