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Fara et la doxocratie à la burundaise

Les dernières sorties de l’athlète ont soulevé un tollé sur la toile burundaise. Au-delà de l’aspect purement sportif, les réactions des internautes ont fait montre des limites de nos jugements hâtifs derrière les écrans. Ces « procureurs 2.0 » se sont arrogé le droit de condamner alors qu’ils n’ont pas toutes les cartes en mains. Cela semble avoir irrité ce blogueur qui nous fait part de son courroux.  

Doxocratie! Mais qu’est-ce que c’est ce put*** de gros mot ? Calmos. Il n’a rien de gros, le petit mot. C’est un vilain mot formé à partir de deux termes grecs, doxa qui veut dire opinion et kratos, pouvoir, autorité. 

Nous ne serions pas en train de fatiguer nos méninges avec ça si Jacques Julliard, journaliste directeur délégué de la rédaction du Nouvel observateur n’avait pas eu la malencontreuse idée de le forger en 2007 dans son article « De la doxocratie : l’histoire dans la rue. »

Faut-il revenir sur le contexte dans lequel il l’a créée ou c’est un brin barbant ? Je prends ce pari. Je vais filer, comme Fara. C’était par rapport au référendum européen dont nous allons laisser de côté les tenants et les aboutissants. Jacques Julliard se demandait dans son article si « pour qu’une loi soit mise en application, elle a besoin non seulement d’un vote du Parlement, mais de l’opinion publique, voire de la « rue » »

Et Fara et (surtout) nous dans tout ça ?

La gazelle du Buyogoma est en furie. Elle ne le cache pas et ne lésine pas sur sa connexion pour assener quelques piques au Comité national olympique (CNO) à coup de tweets et posts Facebook. La désormais athlète de course de fond après qu’il lui ait été interdit de concourir sur les 800 mètres se donne à fond pour rappeler les manquements de le CNO. Par médias interposés, elle mène une guéguerre communicationnelle avec l’institution aux cinq anneaux.

Dans ces joutes, un invité surprise. Pas tellement, d’ailleurs. À l’ère des réseaux sociaux, le commentateur est partout. Il paraitrait que c’est pour cela que ces canaux de communication seraient sociaux. 

Que montrent nos commentaires ? L’écrasante majorité cloue au pilori le CNO. Je me demande même si les principaux concernés les lisent ou ont assez de hauteur pour relativiser. L’émotion a pris le devant dans le jugement. Et cela n’est pas un cas isolé, malheureusement. 

Le droit à la parole Vs le droit d’être procureur 2.0

« L’homme m’a toujours étonné, il se prononce même avant d’avoir toutes les données », assène Lefa dans son titre « Fils d’Adam » dans lequel il brosse un tableau pessimiste de l’Homme. Loin d’une punchline gratuite, le vers nous rappelle à quel point l’éventualité de juger derrière les écrans sans la totalité des indices nous pend au nez.  

Mais que faire ? La dialectique est des plus compliquées. Les réseaux sociaux sont désormais partout et nous bombardent d’informations, la fameuse infobésité, qui devrait nous inciter à plus de prudence, d’autant plus que l’audience et la course au scoop sont les divinités de certaines rédactions. 

Parmi les gens qui taguent le Président de la République pour lui demander de destituer illico presto tous les membres de le CNO, qui ont des preuves factuels de leurs tares ? Qui ont idée de la mission de ce comité ? Le monde, ce n’est pas que du 2.0, hélas, chers procureurs 2.0. 

Ne sachant qui des deux parties est fautive, à défaut de cracher sur une, je ne peux que m’émerveiller devant les lumières de la doxocratie à la burundaise. Une chose est sûre, on en a encore à voir dans ce que Me Rachel Chagnon appelle « l’imprévisible tribunal populaire des réseaux sociaux. »

 

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