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Expatriation des jeunes burundais, un atout pour le Burundi ?

Zambie, Malawi, Mozambique ou encore Sud Soudan, de plus en plus de jeunes burundais élisent domicile dans ces pays où l’herbe est censée être plus verte qu’au pays natal.  Partis pour y faire des affaires, l’aventure est parfois couronnée de succès. Mais voilà, certains parmi eux se plaignent du manque d’intérêt que leur réserve leur pays. Et si l’émergence de ces expatriés constituait un atout pour le développement du Burundi ?

Ils sont connus les kiosques et les shops des Burundais dans le district de Mchinji en Malawi, dans les bidonvilles de Lusaka en Zambie ou dans le district de Tsangano au nord du Mozambique. On aime dire que nul n’est prophète chez soi. Ces jeunes burundais font des « merveilles » là où ils sont partis s’établir et sans l’aide de personne. Lentement mais sûrement, ils sont devenus de vrais hommes d’affaires avec qui il faut compter. 

Le pays natal, théâtre d’une aventure ambiguë 

Japhet, 32 ans, est l’un d’eux. « Avec les taxes qui vont crescendo au Burundi, le climat des affaires m’était devenu défavorable. J’ai dû délocaliser mes affaires en Zambie où aujourd’hui je suis devenu un patron qui donne de l’emploi aux autres ».

Armel de Kayanza, âgé de 21 ans, tient presque les mêmes propos. Grossiste au Malawi, il est devenu un grand commerçant transfrontalier exerçant entre le Malawi et le Mozambique. « Après mes études, j’ai déposé mon dossier plus d’une quinzaine de fois pour un emploi sans succès. Je suis parti au Malawi où aujourd’hui je prospère », confie-t-il, avant de regretter que ce soient les pays hôtes qui profitent de son labeur et non sa mère-patrie.

“Where there is bread, there is one’s father land” (Là où il y a du pain, il y a une patrie, ndlr). Cette citation de John de Crevecoeur traduit ce que vivent certains Burundais. Et pour causes ! Comment ces jeunes en sont-ils arrivés à faire le choix de l’expatriation économique ? Comment les inciter à rapatrier leurs revenus au Burundi ? Qu’est-ce qui manque pour que le Burundi soit aussi un pays d’expatriation où ce sont les jeunes zimbabwéens, botswanais, namibiens, qui apportent leurs capitaux ?

Inverser la tendance,oui…

Il ne faut pas non plus être trop naïf. Si ces questions sont simples à formuler, les réponses sont difficiles à trouver. D’après l’étude de la fuite des capitaux de l’éminent professeur Léonce Ndikumana, le Burundi devrait renforcer des liens avec la communauté des Burundais de l’étranger. Il faudra bien plus que la dernière rencontre du président Ndayishimiye avec les Burundais vivant aux USA. Pour Japhet, le gouvernement devrait commencer par  l’amélioration de l’offre de services des missions diplomatiques et consulaires. « En 2016 par exemple, nous avons beaucoup perdu avec les pillages xénophobes en Zambie suivis du silence assourdissant du gouvernement burundais », déplore-t-il.

…mais comment ?

Une chose est primordiale : le rapatriement des revenus au Burundi. Pour y arriver, le pays devra libéraliser le marché des devises, réduire le coût moyen du transfert des fonds de l’étranger au pays, sans oublier d’améliorer le climat des affaires et la sécurité. Si le départ de ces capitaux a été motivé par des raisons économiques et/ou politiques, un changement de contexte favoriserait logiquement un mouvement inverse.

Enfin, l’effort doit porter sur l’attraction des talents et d’investissements étrangers. Si s’interroger sur les causes de l’expatriation des talents et des capitaux est légitime, il convient aussi d’interroger  la capacité du Burundi à attirer les talents et les investissements étrangers.

 

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