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Exode rural : l’herbe est-elle vraiment plus verte à Bujumbura ?

La capitale économique du Burundi attire énormément de monde, surtout les jeunes. Certains réussissent d’autres peinent à réaliser le rêve bujumburois. Mais qu’en est-il de la perception des jeunes de Bujumbura sur leur ville et son aura de succès qui attire les jeunes de l’intérieur du pays ?  

Le morceau « Nzoduga » de Double J fait un tabac depuis sa sortie. L’artiste se met dans la peau d’un jeune homme venu à Bujumbura avec l’espoir de se faire beaucoup de sous. Désillusionné, dans une discussion avec sa mère, il n’écarte pas la possibilité de retourner dans sa douce campagne, « nzoduga », je reviendrai.

L’art  a la faculté de dire à sa manière le vécu de plusieurs personnes. Le « je » du narrateur de la chanson du désormais sociétaire de Bilimani Boys n’a rien d’isolé. Ils sont nombreux, les jeunes qui croient que l’herbe est plus verte à Bujumbura, la grande ville.

« Nuance, nuance », tempère Chadrack Munezero, la vingtaine. Pour ce jeune citadin de Kanyosha en commune Muha de la mairie de Bujumbura, il n’y a pas lieu de se hasarder sur le terrain des évidences. « Ce qui est important, c’est que chacun puisse se trouver un projet adéquat qui répond aux besoins de son milieu. Peu importe que ce soit à Bujumbura où à l’intérieur du pays ».

L’engouement pour la ville et ses prétendus atouts, Christian Ndayisaba, fraichement lauréat du secondaire ne semble pas non plus très emballé. « Ici à Bujumbura, il y’a des activités qui y sont presque impossibles à cause de l’exigüité des terres par exemple des activités liées à l’élevage et l’agriculture. La ville n’est pas une aubaine pour  toute sorte d’affaires ».

Repenser le bujumburian way of life

Ernest Nahimana est consultant indépendant sur la question des compétences des jeunes. Son expérience lui a permis de cerner certaines entraves à l’autonomisation des jeunes. Pour les jeunes de Bujumbura, il souligne le poids de toute une batterie de constructions sociales sur ce qu’est un jeune towner. « Il y’a des jeunes qui ont reçu une éducation de tout recevoir de la part de leurs parents. En grandissant ainsi, le sens de se prendre en charge peut en pâtir. »

Les mentalités, c’est aussi du coté des jeunes filles. Teint clair, cheveux joliment tressés sans oublier un petit coup d’eyeliner, Belyse n’a rien d’une vendeuse classique de mangues au détail. Pourtant, elle a pu se défaire de tous les préjugés qui pèsent sur les filles/femmes qui font le petit commerce. « Une amie et moi avons commencé avec un capital de 10.000BIF. Nous nous approvisionnons à Ruziba. Certains jours, nous y allions à pied, certaines personnes se moquaient de nous. »

Cette guerre contre les mentalités rétrogrades est une des voies obligées pour rendre l’herbe de Bujumbura plus verte. « C’est déjà le cas », constate Louis, habitant de Ruziba. Il prend pour exemple les jobs qui sont investis par des jeunes universitaires alors qu’ils étaient considérés comme étant l’apanage des « ratés ». « Actuellement, un lauréat de l’université postule pour un poste de vigile sans complexe. En ville, ce sont eux qui vendent les cartes de recharges pour téléphones. Il y a quelques années, cela ne se faisait pas, impensable presque », continue-t-il. 

Comme dirait le rappeur Youssoupha, Bujumbura n’est ni une zone de guerre ni une carte postale. Il n’y a pas lieu de l’idéaliser ni de le percevoir comme là où les rêves des jeunes tombent à l’eau. Dompter ses réalités et les faire tourner à son avantage est la carte gagnante.

Cet article s’inscrit dans le cadre du projet EEYP – Economic Empowerment of Youth towards Peacebuilding and Crisis  Prevention in Burundi  soutenu  par  IFA et exécuté par WAR CHILD  et  AJEBUDI-YAGA

 

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