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Crédit collectif : la belle et la bête

Le principe du crédit collectif, basé sur la responsabilité conjointe des emprunteurs, apparaît comme une innovation financière intéressante pour les banques, mais elle n’en demeure pas moins un couteau à double tranchant pour certains emprunteurs. Jacqueline, une aide-infirmière qui y a fait recours témoigne.

« C’était en 2020. Avec mon maigre salaire, j’étais incapable de contracter un crédit bancaire suffisant. Mon mari qui devait m’avaliser avait déjà contracté un crédit pour s’acheter une voiture.C’est là que j’ai appris l’existence d’un crédit collectif en demandant conseil à un collègue du boulot. Pas d’hypothèques, pas d’avaliseur. En plus, ce crédit est accordé à un taux d’intérêt très minime par rapport aux autres types de crédits. Génial non ? Du coup, c’était la meilleure solution à prendre. Nous nous sommes associées à cinq pour ce deal ».

Le calvaire

Des avantages ? Oui, il y en a. Mais là où le bât blesse, c’est que la garantie requise pour ce genre de crédit repose sur la coresponsabilité des membres du groupement, cela pour s’assurer mutuellement du remboursement du prêt. Il va sans dire que ce mécanisme réduit le risque de non-remboursement. « Au bout de neuf mois, un parmi nous a été licencié. Plus de salaire pour lui donc. Un autre a changé de banque de perception de salaire à notre insu. Du coup, avec mon maigre salaire, je me suis retrouvée avec deux autres collègues, à rembourser non seulement mon crédit, mais également celui de nos deux collègues. Un calvaire ! La vie est devenue compliquée du jour au lendemain. Difficile de joindre les deux bouts du mois. La pilule a été dure à avaler pour mon mari qui a d’ailleurs commencé à me violenter, me rendant responsable de la vie de galère que nous étions en train de mener », confie Jacqueline, avec amertume.

Que des questions

En y repensant, Jacqueline identifie aujourd’hui plusieurs facteurs qui diluent les avantages du crédit collectif. Pour elle, les différents membres du groupement obtiennent des montants presque similaires alors qu’ils n’ont pas forcément les mêmes besoins, ce qui aboutit aux financements inadaptés. En plus, plusieurs groupes d’emprunteurs ne comportent en réalité qu’un ou deux emprunteurs en leur sein. Les autres membres ne sont que de prête-noms. Ce sont ces derniers qui tombent dans le piège du défaut de remboursement quand les vrais emprunteurs déguerpissent. Un autre hic : un emprunteur peut quitter un groupe sans avoir remboursé pour aller contracter un autre crédit ailleurs. Jacqueline regrette le fait qu’il n’existe pas de centralisation de ce genre de crédit permettant d’identifier les clients défaillants.

Les banques s’expliquent

Claude*, responsable clientèle d’une microfinance à Gitega s’exprime. Prêter de l’argent devient de plus en plus risqué au Burundi. En effet, l’activité économique et commerciale a ralenti depuis quelques temps, augmentant ainsi le risque de non-remboursement des crédits bancaires, d’après lui. Dans ces conditions, le crédit collectif est le plus indiqué, d’ailleurs le taux de non-remboursement est presque nul. Pour lui, la caution solidaire adossée comme garantie à ce type de prêt vient comme une solution innovante pour la banque, mais un handicap pour les clients si cette garantie solidaire est brisée.

Un homme averti en vaut deux. Avant de prendre un crédit collectif, choisissez bien avec qui vous allez vous associer !

N.B : * : le nom a été changé pour question d’anonymat.

 

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Les commentaires récents (3)

  1. D’accord avec Jacqueline. On comprend bien l’origine de ce chagrin. Mais la responsabilité revient toujours aux responsables des ressources humaines des différentes institutions.la banque accorde un crédit avec l’accord de l’employeur via les domiciliations de salaires. Pourquoi alors signer d’autres engagements sans être informé de la situation du premier crédit ?

    1. Une très bonne question. les employeurs devraient venir nous répondre car moi aussi cette question je me la pose il y a longueur.