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Conflits au sein des églises : le citoyen lambda en paie les frais

Les conflits de leadership se multiplient dans les églises au Burundi. Le dernier en date est celui qui secoue l’Eglise Adventiste du 7ème jour qui dure plus de deux ans et bat le record de longévité. Dans le sillage de cette mésentente, l’organisation Adventist Development and Relief Agency (ADRA) sous la tutelle de cette église a suspendu ses activités en juin 2019, au grand dam des bénéficiaires.

« Qui va payer mon minerval vu qu’ADRA n’est plus ?», s’interroge avec amertume Claudette Niyoyankunze du lycée Kivoga, avant de nous raconter que ADRA Burundi procédait chaque année à la distribution de l’aide en matériel scolaire et minerval à 255 élèves les plus vulnérables provenant des 23 établissements secondaires répartis à travers le pays. Orientée vers la réduction de la pauvreté, l’action d’ADRA Burundi visait l’amélioration des services sociaux, l’éducation, l’autonomisation économique, les soins de santé primaires, la nutrition, l’eau, l’assainissement, la sécurité alimentaire et la gestion des ressources naturelles.

À Muruta de la province Kayanza, c’est aussi le désarroi. Carine Ndayishimiye se remémore les bons souvenirs du projet d’alphabétisation qu’avait initié ADRA. « Au nom du développement communautaire durable, c’était  magnifique de voir des vieillards et les batwa adultes en train d’apprendre à lire, écrire et compter ». Aujourd’hui, Carine confie que même les batwa avaient atteint un autre niveau de sensibilisation. Leurs enfants, qui avaient déjà rejoint l’école, font aujourd’hui marche en arrière.

À quand le dénouement ?

L’épilogue n’est pas pour demain. Les querelles minent encore pas mal de confessions religieuses au Burundi. De l’Eglise adventiste du 7ème jour, à l’Eglise El-Shaddai en passant par la communauté des musulmans, ces conflits sont devenus récurrents. À l’origine, et souvent, c’est la question de leadership qui divise. Et comme résultats directs, ce jeu de pingpong accouche des échauffourées entre fidèles et des bagarres à l’autel entre pasteurs. Mais indirectement, ce sont beaucoup de Burundais qui en souffrent.

De l’avis des différents responsables des églises dont certains ont requis l’anonymat, le nœud du conflit est à chercher ailleurs. « D’un côté, le représentant de l’Eglise n’est pas accepté par le ministère, ou bien celui qui est accepté par le ministère n’est pas le bienvenue à l’Eglise », confie un responsable de l’Eglise El-Shaddai, qui a même engagé un procès contre le gouvernement. 

Si l’église ne prêche pas par l’exemple, qui d’autre le fera ?

Pour le professeur Nicodème Bugwabari, historien et sociologue des religions, il explique dans les colonnes du journal Iwacu, qu’il est normal qu’au sein des confessions religieuses, il y ait des conflits qui s’intensifient dans des églises où le degré d’institutionnalisation est beaucoup plus faible. Selon ce spécialiste, ces églises devraient activer la socialisation et le compromis, au grand bonheur des millions de Burundais qui souffrent de leurs conflits. Si l’église ne prêche pas par l’exemple, qui d’autre le fera ?

 

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