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Le chemin de croix d’une commerçante de Ruziba stigmatisée

 Elle n’a pas eu d’enfants pendant dix ans. Son mari l’a délaissée. Pour subvenir à ses besoins, elle fait le commerce de la pâte de manioc pilée (uburobe ou ubuswage). A cause des paroles blessantes de sa belle-famille et de ses collègues, elle se dit traumatisée, ce qui handicape aussi son petit business. Elle, c’est Goreth qui subit son sort silencieusement. Voici son triste histoire.   

On est midi, un soleil de plomb transforme la localité de Ruziba en sauna à ciel ouvert. A côté du marché rénové de Ruziba se trouvant sur la  RN3 reliant Bujumbura et Rumonge, une dizaine de femmes étalent leurs marchandises : des arachides grillées, des frites des patates douces,  de la canne à sucre (imisigati) et la pâte de manioc (ubuswage). Certaines de ces femmes ont amené leurs enfants âgés de 3 à 5 ans.

Traumatisée par ses collègues

L’une d’entre elles,  Goreth, vendeuse de pâte de manioc pilée, s’est installée quelques mètres plus loin, elle semble vouloir s’isoler. Un vieux foulard sur sa tête, l’air découragé. Après quelques minutes de conversation, on découvre que cette commerçante se sent rejetée parce qu’elle n’a pas d’enfants. « Mes voisines me traitent de femme stérile. Je suis vraiment traumatisée », raconte-t-elle.  

A cause de ce problème, elle ne peut pas se concentrer sur le développement de son business. Elle a même peur de rameuter les clients à haute voix. Ce n’est pas tout. Si par exemple Goreth écoule tout le stock avant ses concurrentes, elle reçoit des moqueries du genre : « Même si tu gagnes beaucoup d’argent, tu ne parviendras pas à t’acheter un enfant. Laisse-nous écouler nos marchandises, nous avons les enfants à prendre en charge. Tu es seule, tu ne mourras pas de faim, etc. »

La genèse du calvaire

Goreth est âgée de 40 ans. Elle s’est mariée avec Thomas en 2009. Son calvaire a commencé tôt. « Après 4 ans de mariage, j’ai réalisé que l’on ne se marie pas pour partager les joies et les peines avec son époux mais pour avoir des enfants.»

Selon elle, quand le bébé que le foyer attendait avec impatience n’est pas venu, elle a été tenue pour responsable par son mari. Son prince charmant, qui était doux et tendre est devenu  son bourreau. Il  a adopté ensuite des attitudes qu’elle ne lui connaissait pas: il découchait, il ne communiquait plus avec elle et dans les cas extrêmes, il la battait pour tout et n’importe quoi. 

Face à cette tension, la belle-famille qui, au début de l’union, était clémente envers la bru est devenue l’ennemie de la jeune femme. En plus de la maltraiter, la belle-famille faisait des mains et des pieds pour séparer le couple et trouver une autre femme au fils, celle qui pourra lui faire des enfants. «Ce conflit a créé une tension entre Jean et sa famille parce qu’il refusait de divorcer », raconte Goreth. Mais son époux était naturellement très attaché à sa famille. Il a fini  par se plier à la demande de ses parents et a épousé illégalement une autre femme.

Goreth s’est battue pour empêcher son mari de prendre une autre femme pendant une année. Acculée par sa propre famille et sa belle-famille, elle a préféré laisser tomber l’affaire pour ne pas se brouiller avec sa propre famille. Voilà comment la belle-famille a fini par devenir le pire cauchemar de Goreth.

Stérile et délaissée par son époux

Actuellement, Goreth vit encore chez sa belle-famille. Son mari travaille en province Makamba. Il rend visite à sa première femme une fois les six mois.«  Je comptais sur lui pour survivre mais il ne donne presque plus rien », déplore-t-elle. Si  Goreth vend de la pâte de manioc, c’est pour se faire soigner, s’acheter des habits et de la nourriture. «Je suis une femme stérile délaissée. Tout mon entourage et les membres de la famille me stigmatise.», lâche-t-elle avec tristesse.

Le calvaire de femme délaissée et discriminée n’est malheureusement pas un cas isolé. Au-delà de la pression de la société, les femmes qui n’ont pas d’enfants sont stigmatisées par d’autres femmes. Elles n’entendent que des phrases blessantes du genre : «Vous êtes mères si vous avez donné la vie ». Elles sont les premières qui sont pointées du doigt quand le couple ne parvient à avoir un enfant. Or, il arrive que ce soit l’homme qui a un problème. Mais toujours est-il que c’est souvent sur la femme que retombent les conséquences. 

Cet article s’inscrit dans le cadre du projet EEYP – Economic Empowerment of Youth towards Peacebuilding and Crisis  Prevention in Burundi  soutenu  par  IFA et exécuté par WAR CHILD  et  AJEBUDI-YAGA

 

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