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Le business des fripes derrière l’ex-marché central est de retour

Depuis le début de l’année, derrière l’ex marché central de Bujumbura, des commerçants vendent des articles d’habillement de seconde main. Pourtant en 2013, la Mairie de Bujumbura avait interdit les activités commerciales à cet endroit.  En même temps, les commerçantes des fruits qui travaillent tout près sont pourchassées par les agents de police.  Deux poids, deux mesures ?  Reportage. 

Jeudi, 18 h00, au centre-ville de Bujumbura. Dans un charivari caractéristique des marchés et   les perpétuels klaxons de voitures, c’est l’effervescence sur la petite avenue longeant l’ex marché. En face du restaurant Plaza, dans les décombres de l’ex marché central. Au milieu de ce capharnaüm, des petits futés se font discrètement du pognon. Des habits, chaussures, sacs à dos, chainettes plaquées or ou argent, etc.  Tout se vend et à la hâte. 

Des cris ici et là, plus d’une dizaine de jeunes commerçants hèlent les passants : « Venez acheter de beaux habits, des sacs, des chaussures, on vous fait un prix ». Certains passants essaient, qui une chemise, qui une chaussure. D’autres négocient âprement le prix. De jeunes femmes accourent carrément quand il y a un nouveau lot qui arrive. Il faut acheter vite. Il commence à se faire tard. 

Les commerçants se frottent les mains

L’air fatigué, couvert de sueur, mais quand même souriant, Jona, bon Burundais qu’il est, fait savoir que son business lui rapporte « un peu d’argent ». « Je ne me plains pas. Depuis le mois de janvier, j’encaisse un profit variant entre 20 et 30 mille BIF par jour ». Il reconnait tout de même que s’installer à cet endroit est risqué, car, il est interdit d’y exercer toute activité commerciale. Mais, il n’a pas de choix, nous dit-il : « Faute de moyens, je ne peux pas louer un stand dans un marché ou une galerie.» 

À maintes reprises, la police a confisqué ses marchandises. Il confie aussi avoir été arrêté plusieurs fois, mais il revient toujours « parce qu’il y a beaucoup des clients au centre-ville ». Avant de venir s’y installer en début de l’année, il vendait ses habits au marché de Kamenge. Mais l’incendie a calciné tout son fond de commerce. « Comme je n’avais pas assez d’argent pour retourner à Kamenge, je me suis installé ici », fait-il savoir.

Des clients satisfaits

Jeanne (nom d’emprunt) vient acheter une robe blanche. Elle ne cache pas sa satisfaction. « Ce petit marché m’arrange bien. Les articles y sont moins chers. Il est proche de mon lieu de travail et de l’arrêt bus », déclare-t-elle, sourire aux lèvres. 

Les damnées du Plazza

De l’autre côté, les mamans vendeuses de fruits forment une ligne le long de la clôture de la BCB. Et elles n’ont pas le sourire aux lèvres. Aux aguets, Rose n’est pas sereine. « Je m’attends à tout moment à voir la police débarquer. Je me tiens prête à fuir ». Les policiers peuvent les surprendre à n’importe quel moment puis les embarquer dans les terribles pick up. C’est pourquoi elles ont quitté Plazza où la police leur tombait dessus à l’improviste. Rose se demande pourquoi, de l’autre côté, les commerçants de fripes travaillent tranquillement, alors que les femmes vendeuses des fruits passent leurs temps à fuir la police. Elle soupçonne les hommes de corrompre les policiers.

Depuis 2013, la Mairie de Bujumbura a interdit le commerce ambulant autour de l’ex marché central. Mais, les commerçants n’ont pratiquement jamais quitté les alentours de l’ex marché. Quand la pression policière devient forte, les commerçantes reculent pour mieux revenir. Mais une question se pose : si on tolère les commerçants de fripes, pourquoi s’acharne-t-on sur les vendeuses de fruits ? Est-ce parce que ce sont des femmes ? Si elles reviennent demain en pantalons, peut-être les laissera-t-on tranquilles !

 

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